Christophe Régnard (USM) : “Taubira ? Nous faisons avec”


Après six ans de présidence de l’Union syndicale des magistrats (USM), Christophe Régnard, 45 ans, jette l’éponge. Et confie à L’Express ce qu’il pense de Taubira, de Dati, de Sarkozy, de la réforme pénale, de la du XXIe siècle et de la rupture de l’USM avec le SM. 
  Le 10 octobre, vous prononcerez votre 6ème discours de président face à un garde des Sceaux lors du congrès annuel de l’USM, à Bordeaux. Vous représentez-vous ?  

Non. Membre du bureau depuis plus de huit années, je préside l’USM depuis six ans, un record que je détiens avec un de mes prédécesseurs dans les années 80. J’ai renoncé à me représenter pour des raisons familiales et parce qu’une institution trop incarnée par son président est en danger.  

Que ferez-vous dans la magistrature et qui vous remplacera à la tête de l’USM ?  

J’exercerai mes nouvelles fonctions de conseiller à la Cour d’appel de Paris et je suis candidat aux fonctions de membre de la formation siège du Conseil supérieur de la Magistrature. Pour me succéder à la présidence de l’USM, la secrétaire générale actuelle Virginie Duval, 38 ans, vice-présidente application des peines au TGI de Versailles, est Pour l’instant la seule candidate. Mais d’autres collègues peuvent se présenter d’ici au 10 octobre à 17 heures.  

Si Virginie Duval vous succède, ce sera la première femme à présider l’USM depuis sa naissance il y a 40 ans. Un brin de machisme ?  

Pas du tout. Le simple hasard. La situation ne s’était tout bonnement jamais présentée. Mais, cette fois, il n’est pas impossible que l’on ait à la fois une présidente, une vice-présidente et une secrétaire générale.  

Vous avez présidé l’USM avec quatre gardes des Sceaux : Dati, Mam, Mercier et Taubira. Avec lequel était-ce le plus facile ? 

Michel Mercier, sans hésiter. Pour la qualité des contacts, la fréquence des rencontres, l’aisance des discussions. Pour autant, nous n’avons pas approuvé sa . Ce qui d’ailleurs fut le cas avec chaque ministre de la , avant lui… comme après lui.  

Et notamment avec , avec laquelle vos relations sont tendues…  

Nous avons soutenu sa réforme pénale, qui après les hérésies du Sénat, est revenue au texte initial, celui du compromis obtenu par l’Élysée et le ministère de l’Intérieur, en grande partie sur la base de nos propositions. Quant à la future réforme dite de la “Justice du XXIème Siècle”, nous sommes opposés à la création d’un Conseil de juridiction (avec les professions judiciaires, des associations, des politiques). Ce Conseil serait une grand-messe dangereuse, qui permettra aux politiques de peser sur le fonctionnement des tribunaux, par exemple en revendiquant un nombre d’audiences accru ou en cherchant à écarter tel ou tel juge. Tous les collègues y sont hostiles… sauf ceux qui sont proches du pouvoir.  

Quel est votre souvenir le plus marquant comme président de l’USM ?  

Le tout début de ma prise de fonction, en 2008, après le congrès de Clermont-Ferrand que avait volontairement boycotté. J’avais très vite été reçu par : c’était une première qu’un président de l’USM soit invité par le président de la République. Son conseiller Patrick Ouart cherchait l’apaisement après la calamiteuse affaire de Sarreguemines (une substitute interrogée nuitamment par l’IGSJ). La volonté d’humilier avait sans doute aussi motivé cette invitation. 

Comment expliquez-vous que les juges d’instruction aient été épargnés ?  

En 2009, lorsque nous avons engagé le combat pour sauver les juges d’instruction que Nicolas Sarkozy voulait éliminer, on ne donnait pas cher de leur peau. Et nous avons gagné, malgré l’affaire d’Outreau. Il faut dire que Philippe Courroye, le procureur de Nanterre, nous a rendu un fier service, en gérant l’affaire Bettencourt comme il l’a fait, en laissant à penser que l’affaire se gérait aussi à l’Élysée.  

La mobilisation interprofessionnelle après l’affaire de Pornic n’a-t-telle pas été surréaliste ?  

est allé trop loin. Il a très mal choisi son dossier. Sa diatribe contre les magistrats et les policiers lui est revenue en boomerang. Il a provoqué la première grande mobilisation unitaire des magistrats, policiers, avocats et personnels pénitentiaires.  

Et votre bilan syndical, alors que l’USM fête ses 40 ans ?  

En six ans, le nombre de nos adhérents a progressé de 1700 à 2200 sur 7800 magistrats en exercice. Aux élections de 2013, nous avons atteint le score record de 68% des voix, soit une progression de 10 points. Reconnaissance de notre travail, mais aussi conséquence des positions extrémistes du Syndicat de la magistrature [SM] et de l’affaire du “Mur des cons”.  

Cette rupture avec le SM depuis trois ans n’est-elle pas préjudiciable pour le corps judiciaire ? 

Après l’affaire de Pornic, le garde des Sceaux a proposé aux syndicats de magistrats de participer à des groupes de travail sur des thèmes très ouverts. Nous avons accepté. Le SM a refusé et nous a accusé de trahison, ce qui a provoqué la rupture. Lorsque nous avons appris que nous figurions sur le Mur des cons, nous avons attendu des excuses. En vain. Depuis notre Conseil national a décidé que l’USM ne signerait plus aucune action commune avec le SM, dont nous ne partageons aucune des valeurs. 

Comment l’USM prévoit-elle de travailler avec  

En avril dernier, alors que nous savions que le cabinet de faisait ses cartons, nous avons été surpris qu’elle reste au gouvernement. Elle est partie pour battre des records de longévité à la Chancellerie. Nous faisons avec. Comme avec ses prédécesseurs. Elle a beaucoup de qualités : l’humanité, la culture, l’éloquence et une grande force de travail. Mais, sur les questions de fonds, elle mène les discussions avec rudesse, alors que ses options ne sont pas les nôtres. Ce qui nous choque, aussi, c’est que pour certains postes, elle promeut des magistrats qui n’ont pas l’ancienneté habituellement requise… mais qui sont bien à gauche. Cela ne donne pas une bonne image du corps judiciaire. 

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Source : L’Express / Par François Koch, le 27.09.2014 / Relayé par

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