Aluminium

Vaccins et aluminium : la recherche interdite – Reporterre   Mis à jour


Comme Reporterre a commencé à le raconter, le professeur Gherardi et son équipe ont découvert dans les années 1990 le lien entre une maladie grave et l’utilisation de l’aluminium comme adjuvant des vaccins. Suite de notre enquête : qui raconte comment les autorités de ont décidé de… stopper toute recherche sur la question.

Cet article est le deuxième d’un récit en trois volets. Il suit « Vaccins et aluminium : ce danger que l’État refuse de voir ».


Un autre rendez-vous important attend Gherardi après sa visite à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en septembre 1999. On ne l’a pas oublié, et mieux, on le prend au sérieux. Les CDC [Centers for Disease Control, les centres fédéraux pour le contrôle des maladies aux États-Unis] déjà cités invitent notre professeur à Porto-Rico en mai 2000. Le service états-unien en charge de la — le NVPO — organise le 10 de ce mois une internationale au titre limpide : Aluminium In Vaccines. Les CDC, qui y sont associés, ont estimé à juste titre que Gherardi a toute sa place dans pareil événement scientifique.

Il est l’un des rares étrangers présents, un peu perdu au milieu de centaines de spécialistes américains des vaccins. Pourquoi ce choix exotique de Porto-Rico ? Gherardi pensera des années plus tard avoir trouvé une réponse qui s’appelle le Big Pharma, ou grande industrie du médicament. Porto-Rico, État associé aux États-Unis, bénéficie d’une fiscalité si intéressante que de très nombreux groupes industriels y ont installé des centres de production. Et parmi eux, Novartis, Pfizer, Merck, géants de la pharmacie, dont les enseignes et affiches pullulent dans la ville. Mais quel rapport avec un colloque scientifique ?

L’adjuvant aluminique ne sert à rien dans les injections de rappel 

Eh bien, voyons toujours. La réunion est dominée par la personnalité d’un chercheur états-unien, Stanley L. Hem [1]. Hem est le coauteur d’une contribution importante sur les adjuvants aluminiques, parue en 1997, qui assure qu’ils disparaissent très vite par les voies urinaires. Au rendez-vous de Porto-Rico, il préside une session consacrée à la pharmacologie des sels d’aluminium. Dès le premier jour, Gherardi apprend une chose qui a son importance : l’adjuvant aluminique, s’il permet en effet, dans un premier temps, de renforcer l’effet du vaccin, ne sert à rien dans les injections de rappel. Mais en ce cas, pourquoi ne pas au moins les supprimer dans ces dernières ? La réponse est limpide : un médicament pour les humains doit être testé dans sa totalité. Si l’on modifie sa composition, fût-ce en enlevant les sels d’aluminium, il faut repartir pour un processus coûteux — pour l’industriel — d’homologation.

Ce n’est encore qu’un modeste élément du dossier. Et voilà que Hem entre en scène. Du haut de la tribune, il tonne, d’après une expérience menée sur des lapins, que l’aluminium ne saurait rester dans le corps, et qu’il est rapidement éliminé. Pourquoi pas ? Mais Gherardi constate que si certains sels d’aluminium semblent en effet disparaître, c’est loin d’être le cas pour l’hydroxyde d’aluminium, celui incriminé dans la survenue des myofasciites. Le pire est à venir, car Gherardi fait à son tour une communication qu’on ne peut décrire en détail. Cela chauffe. Hem, qui règne en vedette sur la salle, accule Gherardi qui, sans perdre son sang-froid, vacille sous les coups.

C’est d’autant plus injuste que Hem a travaillé — ce n’est pas une critique —, en chimiste qu’il est, négligeant, à la différence du biologiste Gherardi, le rôle des cellules dans un organisme humain. Bien plus embêtant pour lui : son étude de 1997 repose sur deux — 2 ! — lapins, et n’a pas été poursuivie au-delà de 28 jours. Elle prouverait néanmoins que l’aluminium ne peut subsister dans le corps.

Un terrible communiqué de l’Agence française de sécurité sanitaire

Du côté de l’OMS, le climat s’est soudain alourdi. Après le rendez-vous de 1999, deux réunions ont eu lieu à Genève. La première, en mai 2000, semble prometteuse, car l’OMS affirme vouloir financer des études complémentaires. Mais au cours de la troisième, en décembre 2000, sans la présence de Gherardi, il se passe quelque chose. Et en janvier 2001, l’OMS envoie un courrier indiquant que le financement d’études sur les adjuvants aluminiques est finalement refusé. Selon Gherardi, qui n’a pas de preuve, l’un des médecins importants aurait basculé dans une hostilité de combat contre ses travaux après avoir obtenu une chaire prestigieuse financée par Mérieux, l’un des leaders de la .

Quoi qu’il en soit, le vent a cette fois tourné, et après quelques méandres, l’affaire de l’aluminium ajouté aux vaccins se termine par un terrible communiqué de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de , cette Afssaps ancêtre de l’Agence du médicament. Le 6 mai 2004, le conseil scientifique de l’Afssaps écrit qu’aucun « syndrome clinique spécifique n’est retrouvé associé à la avec des vaccins contenant un adjuvant aluminique », et en bonne logique estime qu’aucune étude complémentaire ne doit être menée. Sans mettre en cause à ce stade l’Afssaps, il faut tout de même ajouter un éclairage : une forte majorité des experts sollicités par l’Agence sont ou ont été en lien avec l’industrie, et l’Agence a été lourdement mise en cause dans le grand Mediator des laboratoires Servier.

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Communiqué de l’Afssaps du 6 mai 2004.

Détaillons l’arrière-plan du communiqué. La veille, le 5 mai, le conseil scientifique de l’Afssaps se réunit pour évaluer le travail d’une épidémiologiste, Annie Fourrier. Elle-même et quelques collègues ont réalisé une étude dite de cas-témoins sur la fameuse myofasciite, de haute qualité, selon l’avis de Gherardi. Mais elle est passée à la moulinette, au cours de ce que Gherardi décrit comme un « passage à  », symbolique s’entend. Et par qui ? Par des « experts épidémiologistes » appelés en renfort. Les trois rapporteurs de la sévère mise en cause du travail d’Annie Fourrier ont tous eu des liens financiers avec l’industrie pharmaceutique, ce qui n’invalide pas leurs propos, mais peut les éclairer.

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Synthèse des débats de la séance extraordinaire du Conseil scientifique de l’Afssaps du 5 mai 2004.

La ministre de la , Mme Bachelot, ex-employée d’une firme pharmaceutique, sourde à l’alerte du docteur Gherardi

Le communiqué du 6 mai 2004 a une conséquence immédiate : les 250 malades diagnostiqués auparavant n’existent plus en tant que tels, même si leurs symptômes renvoient sans discussion au syndrome de fatigue chronique, reconnu comme maladie neurologique grave par… l’OMS ! Les travaux de Gherardi, privés de tout financement public, s’achèvent en même temps. Le silence de mort va durer dix ans. Les chercheurs du CHU Henri-Mondor de Créteil entrent dans une sorte de clandestinité, ou du moins, selon le mot de Gherardi lui-même, la « marginalité ».

Que se passe-t-il quand même ? L’équipe de Gherardi continue à comptabiliser par centaines ces malades qui n’existent pas, et recommence pas à pas à valider chacune de ses découvertes. De leur côté, les malades atteints de myofasciite ont créé en 2001 une très combative association, E3M (l’association d’entraide aux malades de ), aujourd’hui présidée par Didier Lambert. Le 4 décembre 2007, à force d’obstination, E3M obtient une réunion au ministère de la Santé pour parler enfin de la myofasciite. Gherardi est de la partie, qui détaille les résultats d’examens cliniques méticuleux menés à Créteil. C’est simplement affreux : la mémoire visuelle et la mémoire de travail sont gravement atteintes chez les malades, et dans 92 % des cas, un test au moins évoque ce que les neuropathologistes appellent la démence, c’est-à-dire de profondes altérations cognitives.

En face, les deux conseillers de la ministre en place, l’ancienne pharmacienne Roselyne Bachelot, cachent à peine leur ennui. Écoutent-ils seulement Gherardi citer une étude prouvant que l’aluminium vaccinal peut migrer jusque dans le cerveau, passant donc la barrière hémato-encéphalique ? Comme ce travail reste modeste, il faudrait, avance Gherardi, que le ministère finance d’autres études. Mais les deux conseillers abrègent, et disparaissent à jamais du tableau.

Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, se faisant vacciner contre la grippe A-H1N1.

En 2009, la mobilisation controversée contre le grippal H1N1 aura coûté, notamment pour les vaccins, entre 1 et 2 milliards d’euros. Déléguée médicale du laboratoire ICI Pharma — devenu AstraZeneca — entre 1969 et 1976, Roselyne Bachelot sera chargée des relations publiques de Soguipharm — un autre labo pharmaceutique — entre 1984 et 1989. AstraZeneca a été au cœur de la fabrication de vaccins contre le H1N1, ce qui ne prouve rien, mais mérite d’être rappelé.

  • La recherche sur le rôle des adjuvants aluminiques restera-t-elle interdite ? La suite de notre enquête est à lire ici

Source : Reporterre 4 janvier 2018

Le sérieux du travail du professeur Gherardi et de son équipe sur la maladie provoquée par les adjuvants aluminiques des vaccins est reconnu. Mais la recherche approfondie est empêchée, tandis qu’une ministre proche des firmes pharmaceutiques impose l’obligation de onze vaccins. 3e volet de notre enquête.

Cet article est le troisième et dernier de notre récit. Il suit « Vaccins et aluminium : ce danger que l’État refuse de voir » et « Vaccins et aluminium : la recherche interdite ».


En décembre 2012, les malades de l’association E3M commencent une grève de la faim. Ils réclament des choses évidentes. Un, la reconnaissance de leur maladie. Deux, de l’argent pour des recherches. Trois, la remise sur le marché d’un vaccin DT-polio — obligatoire — sans aluminium. Car en effet, et c’est toujours le cas, on ne trouve pas en France, en cette fin 2012, de vaccin obligatoire sans sels d’aluminium. Alors même qu’il existe au moins un adjuvant parfaitement inoffensif, le phosphate de calcium, qui n’est pas utilisé.

Donc, une grève de la faim de gens affaiblis, malheureux et méprisés. Gherardi continue de son côté à tendre sa sébile dans l’espoir d’éclairer la « migration systémique et cérébrale » de l’aluminium vaccinal. La grève de la faim semble, dans un premier temps, débloquer la situation. Le ministère accepte le principe de nouvelles études, pilotées par l’Agence du médicament (ANSM, selon son acronyme), qui a pris la suite de l’Afssaps. On offre la somme de 150.000 euros, qui ne seront obtenus qu’en avril 2014, mais on exclut du travail l’équipe de Gherardi, seule à travailler sur la question depuis plus de quinze années. Le professeur est finalement réintégré grâce à de puissants coups de gueule de quelques élus, dont Laurence Cohen, présidente de la Commission des affaires sociales du Sénat.

Pendant trois ans, Gherardi travaille avec l’aumône qui lui a été octroyée. Aumône ? Comment réaliser un travail scientifique d’importance avec 150.000 euros ? Le chiffre d’affaires mondial des vaccins était de 27,5 milliards d’euros en 2014 et pourrait atteindre 68 milliards en 2025. Gherardi travaille néanmoins sur les prédispositions génétiques qui permettraient d’expliquer pourquoi si peu de vaccinés, qui sont des millions, développent une myofasciite. Et voilà qu’en mars 2017, l’Agence du médicament (ANSM) réapparaît. Un débat a lieu dans le cadre de son conseil scientifique, et l’on s’écharpe à propos des résultats de Gherardi. Les experts réunis sont divisés, mais reconnaissent le sérieux du travail, et demandent dans un avis consultatif la poursuite des travaux et donc des financements.

« Cent vingt nouveaux vaccins, en majorité aluminiques, dans les “pipelines” de l’OMS » 

Mais cet avis reste délicatement déposé sur une étagère jusqu’en septembre, quand le journal Le Parisien met les pieds dans le plat et accuse l’Agence d’avoir caché un débat essentiel. Au cœur de la polémique, une question qui porte sur la toxicologie. Depuis Paracelse il y a 400 ans, la plupart des spécialistes pensent, après lui, que la dose fait le poison. Plus on en reçoit, plus on réagit. Or une révolution, celle des « effets non linéaires », est en cours. Il apparaît désormais certain que des doses plus faibles peuvent, dans certains cas, avoir des effets plus importants. Le peu d’aluminium contenu dans une dose vaccinale — ce n’est qu’une hypothèse — pourrait être la cause d’un grand désordre général. On peut, malgré l’ampleur de l’expression, parler de rupture paradigmatique. Un avant, et surtout, un après.

À ce stade, Gherardi ne réclame qu’un financement ridicule de 550.000 euros — qui montera à 670.000 euros — pour continuer un travail dont personne ne conteste le caractère scientifique. Mais l’Agence du médicament refuse son crédit, arguant qu’il lui faut s’adresser, ce qui peut se défendre, à l’Agence nationale de la recherche (ANR). Laquelle constate, dans un document en notre possession, l’excellence scientifique du projet, qui recueille 42 points sur un total possible de 45. Avant de pourtant refuser le financement, et de placer le tout dans une waiting list qui a l’apparence d’une impasse !

Il n’est que temps de rassurer ceux qui pourraient croire ici à une croisade contre la vaccination. Dans un texte récent qu’il nous a adressé, le professeur Gherardi insiste pour la centième fois sur les bienfaits de la vaccination, mais met en garde justement sur la crise de confiance. « Il faut mesurer les effets à long terme des adjuvants aluminiques car une expansion massive des approches vaccinales est programmée par l’OMS, qui annonce plus de 120 nouveaux vaccins, en majorité aluminiques, dans les “pipelines”, pour une croissance annuelle de 20 % du marché des vaccins, le chiffre d’affaires étant passé de 5 à 43 milliards de dollars de 2000 à 2016 et devant atteindre 100 milliards en 2025. Le plus satisfaisant serait bien entendu que la suppression des adjuvants aluminiques soit envisagée à terme. »

« Les faits sont têtus : les malades sont là » 

Optimiste envers et malgré tout, après vingt années de mépris glacial, Gherardi nous écrit par ailleurs : « Les faits sont têtus : les malades sont là et on identifie deux nouveaux cas par mois dans le seul hôpital Henri-Mondor. La piste d’une susceptibilité génétique chez ces patients sentinelles est très forte, leur maladie existe chez le mouton et peut être reproduite avec l’administration des adjuvants seuls, les consciences s’éveillent chez nos collègues partout dans le monde et même chez nos adversaires qui, à la lecture de notre analyse critique des articles de référence, admettent (en privé) que tout doit être repris à zéro. »

L’hôpital Henri-Mondor, à Créteil (Val-de-Marne), où travaillent le professeur Gherardi et son équipe.

Que vient faire le mouton dans cette histoire ? Eh bien, un chercheur espagnol de l’université de Saragosse, Lluís Luján, a réalisé une étude édifiante sur ces animaux, en leur injectant des vaccins contenant de l’aluminium. Une faible partie des vaccinés — autour de 0,5 % — développent un syndrome passant par « un épisode neurologique aigu » et des changements neurodégénératifs, proches des symptômes observés avec la myofasciite.

C’est dans ce contexte plutôt lourd que madame Agnès Buzyn, ministre de la Santé du gouvernement d’, annonce fin août que 11 vaccins infantiles deviendront obligatoires dès le 1er janvier 2018, contre 3 aujourd’hui, qui sont ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). Les huit autres concernent la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l’hépatite B, la bactérie Haemophilus influenzae, le pneumocoque, le méningocoque C. La ministre a alors précisé que « [s]on objectif n’est pas de sanctionner » les récalcitrants, car il s’agit pour elle « de rendre la confiance dans les vaccins ». La tâche paraît tout sauf évidente.

« La nature des adjuvants utilisés dans la fabrication des vaccins doit faire l’objet d’une attention particulière » 

Au printemps 2012, la députée Marisol Touraine n’est pas encore ministre de la Santé du gouvernement Jean-Marc Ayrault. Responsable « du pôle social de la campagne de  », elle écrit une lettre instructive à l’association des malades de myofasciite, E3M, et notamment ces mots : « Dans le contexte de perte de confiance de nos concitoyens envers les institutions sanitaires, en particulier depuis la gestion catastrophique de l’épidémie de grippe A et la dénonciation de graves conflits d’intérêts ayant provoqué de trop nombreux scandales sanitaires, il faut donner les meilleures assurances de sécurité pour effectuer les vaccinations obligatoires dans l’intérêt de la santé de notre population. La nature des adjuvants utilisés dans leur fabrication doit faire l’objet d’une attention particulière et doit être communiquée aux familles afin qu’elles soient pleinement informées. Elles doivent également avoir le choix de faire procéder aux vaccinations obligatoires par des vaccins sans sel d’aluminium, d’autant plus que c’était le cas jusqu’en 2008. »

La première réaction à ces mots ne peut être qu’un sourire crispé, car madame Touraine aura, tout de long des cinq années passées ensuite au ministère de la Santé, tout oublié des promesses préélectorales de son candidat. Mais il faut aller au-delà, et constater avec l’ancienne ministre qu’au plus haut niveau de l’État, la question des adjuvants aluminiques des vaccins est bel et bien posée. Où en est-on aujourd’hui alors que les nouvelles obligations vaccinales sont effectives depuis le 1er janvier 2018 ?

Le 8 février 2017, répondant à une demande de 2.300 personnes, le Conseil d’État rend une décision très attendue : le ministère de la Santé — celui tenu encore par madame Touraine — dispose de six mois pour rendre enfin disponibles dans les pharmacies des vaccins, dits trivalents, contre le fameux trio diphtérie-tétanos-polio. Aussi surprenant que cela paraisse, à cette date, les parents n’ont pas le choix. Ils sont obligés d’acheter des vaccins hexavalents, qui outre les trois premiers, protègent aussi contre la coqueluche, l’Haemophilus influenza et l’hépatite B. Six mois plus tard, au 8 août donc, la décision du Conseil d’État n’est toujours pas respectée, entraînant une requête réclamant la condamnation de l’État.

Rien n’a bougé depuis, mais il y a pis : les vaccins DTP vendus en France contiennent de toute façon des sels d’aluminium. Et plusieurs des vaccins obligatoires à venir — ceux contre l’hépatite B, la coqueluche, la Haemophilus influenzae — en contiennent eux aussi, ce qui ne peut qu’augmenter les risques. Combien cette décision coûtera-t-elle au budget national, qui contient aussi la cassette de la Sécurité sociale ? Nul ne sait exactement, mais il faudra au moins compter en centaines de millions d’euros d’un argent public qui ne sera pas dépensé ailleurs. On doute que les laboratoires pharmaceutiques s’en plaignent.

Comment ne pas employer le mot de sidération 

Et justement. Il ne s’agit évidemment pas d’accuser madame Buzyn d’avoir favorisé ces mêmes labos, mais une vraie question se pose néanmoins. Est-il sain qu’une ministre de la Santé ait eu tant de liens, y compris financiers, avec l’industrie pharmaceutique ? Membre du conseil d’administration de l’Institut national du (Inca) entre 2009 et 2011, madame Buzyn faisait partie en même temps du board de deux puissants labos, Novartis et Bristol-Meyers Squibb. Elle a en outre été rémunérée pour différents travaux par le laboratoire Genzyme, aujourd’hui filiale de Sanofi, entre 1998 et 2011. Comme Roselyne Bachelot en son temps. Pareillement.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé.

Et pendant ce temps, Gherardi attend toujours une aumône pour enfin aller au fond des choses. Ayant tout supporté depuis plus de vingt ans, il envisage de faire appel à nous, au vaste public qui souhaite enfin des réponses précises à une authentique question de santé publique. Cela pourrait prendre la forme d’un vaste crowdfunding, ce qui serait une première en France dans le domaine si ravagé de la recherche médicale. Pourquoi pas ?

Pour le reste, comment ne pas employer le mot de sidération ? Une ministre qui a été en partie payée, pendant des années, par des labos pharmaceutiques, décide sans argument majeur le passage à onze vaccins obligatoires, dont plusieurs contiennent de l’aluminium, sans que les parents aient le moindre choix. Pas de malentendu : nul n’accuse ici madame Buzyn de servir des amis. Mais la notion de conflit d’intérêts existe précisément pour couvrir la zone grise dans laquelle tant de mauvaises décisions sont prises. Or, il n’y a aucune urgence. Or, les questions posées par Gherardi sont non seulement légitimes, mais scientifiques. Comment écarter le doute avec tant de désinvolture après tant de scandales de santé publique ? Oui, le seul mot qui convient est celui de sidération.

Source : Reporterre 4 janvier 2018


Cette série doit beaucoup au livre extraordinaire que Romain Gherardi a publié chez Actes Sud en octobre 2016

Toxic Story Romain Gherardi

Toxic Story

 

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