Halte au Poutine bashing ! Le témoignage d’un écrivain franco-russe


TÉMOIGNAGE – Après le rattachement de la Crimée à la , a été sévèrement critiqué par une grande partie de la communauté internationale. Mais pour l'écrivain franco-russe Édouard Moradpour, le président russe n'est pas un dictateur.

Né à Téhéran d'une mère russe ayant immigré après la révolution soviétique, Édouard Moradpour, après vingt ans d'une carrière brillante en , s'installe en juste avant la chute du Mur et il y sera rapidement considéré comme le «père de la publicité». Il est également écrivain. Son dernier roman Le Mausolée est paru aux éditions Michalon.

 


Pour avoir été un français expatrié en pendant ces 20 dernières années ( 1989 à 2010 ), je voudrais réagir au «Poutine bashing» et au véritable «racisme» anti-russe ambiant, suite aux évènements en et a «l' annexion» de la Crimée par la Russie.

La Russie est elle une «démocratie» et Poutine est il un «dictateur «?

De mère russe et parlant russe depuis mon enfance, j'ai commencé a travailler a Moscou en novembre 1989, au moment de la chute du mur de Berlin.

Mon témoignage est celui de quel qu'un qui a vécu le changement radical de la Russie depuis la chute du Communisme, vu de l' intérieur et intimement lié aux citoyens de ce pays et parlant leur langue.

La Russie est-elle une «démocratie» ?

Comme tout le monde je ne peux donc pas m' empêcher de me poser la question qui court dans tous les médias depuis quelques années et en ce moment, plus que jamais: La Russie est-elle une «démocratie»?

Mon opinion va certainement agacer pas mal de gens ou en surprendre d'autres.

Mais avant d'aborder cette question il est bon de se rappeler du contexte de la Russie et des évènements marquants survenus depuis l' ère Gorbatchev jusqu'à l'élection de , comme Président de La Fédération de Russie, en 2000. Puis ses deux mandats suivis de quatre années en tant que Premier Ministre de Medvedev et sa réélection au poste de Président en 2012.

L'élection de Mikhail Gorbatchev, le 11 mars 1985, au poste de secrétaire général du PCUS, ouvre la dernière phase de la période soviétique de l'histoire russe, une phase de six ans au cours de laquelle de réforme en réforme, d'emballement en emballement, le projet gorbatchevien originel, qui n'avait pour but que de rendre plus efficient le système soviétique existant, débouche sur l implosion de l URSS.

L' assainissement du climat international contraste, notamment a partir de l'été 1990, avec l' accumulation de problèmes intérieurs non résolus: la question du pluralisme , celle de l' économie de marché, la révision du pacte fédéral. Étroitement lié à l' introduction de l'économie de marché, ce dernier est censé élargir les droits des Républiques. Sur toutes ces questions, les évènements vont, en l'espace d' un an, prendre de vitesse législateurs, économistes et politiques.

L' élection de Boris Eltsine a la présidence de Russie ( 29 mai 1990 ) cristallise le conflit entre ce champion des partisans d'une poursuite résolue des réformes et Mikhail Gorbatchev, soucieux de sauvegarder les intérêts du centre face aux exigences croissantes d autonomie, voire d' indépendance des Républiques.

Durant l' hiver 1990-1991, la tension monte entre Moscou et les pays Baltes, qui désirent proclamer leur indépendance.

Et le 25 décembre 1991, Mikhail Gorbatchev démissionna de la présidence de l'URSS

L'élection au suffrage universel de Boris Eltsine a la présidence de la Fédération de Russie ( 12 juin 1991 ) lui donne une nouvelle légitimité face a Gorbatchev. Face a l' accélération des évènements qui semblent conduire a l'éclatement de l URSS, divisée en pouvoirs concurrents, les éléments les plus conservateurs du Parti communiste fomentent un coup d'État, qui échoue au bout de trois jours ( 19-21 août 1991 ) face a la détermination et a la résistance de Boris Eltine, soutenu par la population et la majeure partie de l armée.

L' échec du putsch accélère brutalement la désagrégation de l'Union: huit Républiques proclament leur indépendance dans les jours qui suivent, dont l' . Les activités du PCUS sont suspendues, puis interdites. Le Comité Central est dissous.

Et le 25 décembre 1991, Mikhail Gorbatchev démissionna de la présidence de l'URSS, tendis que le Congrès votait la transformation de la République socialiste fédérative soviétique de Russie ( RSFSR ) en Fédération de Russie.

Boris Eltsine, premier Président de la RSFSR élu au suffrage universel en juin 1991 et leader des réformateurs, assuma le pouvoir et entreprit des le début de l'année 1992 de lancer les réformes nécessaires à la transformation économique du pays.

Il ne tarda pas a se heurter a l'opposition des conservateurs, regroupes autour d'Alexandre Routskoi, Vice-President, et de Rouslan Khasboulatov, President du Parlement; les députés refusèrent de confirmer dans ses fonctions de Premier Ministre Egor Gaidar, l'artisan des réformes les plus libérales, et lui préférèrent Viktor Tchernomerdine, juge plus modéré.

Pour sortir le pays de l' impasse , Eltsine provoqua en avril 1993 le tenue d'un Référendum qui fut pour lui un large succès. Une Assemblée Constituante commença alors à travailler a l' élaboration d' une nouvelle Constitution destinée à remplacer celle de 1977, désormais inadaptée.

Les relations entre le Président et le Parlement continuèrent pourtant a se dégrader et les luttes de pouvoir atteignirent leur paroxysme en octobre 1993, lorsqu une centaine de députés conservateurs et leurs partisans armés se retranchèrent dans la Maison Blanche, siège du Parlement. L'assaut donne par les troupes loyalistes permit à Eltsine de triompher: à la fin de l' année 1993, il fit adopter par Référendum une nouvelle Constitution augmentant considérablement les pouvoirs présidentiels.

Le Président est élu par le suffrage universel. Comme en .

Mais les élections législatives qui se tinrent dans le même temps virent triompher de façon inattendue les conservateurs et le ultra-nationalistes: les forces démocratiques et réformatrices se trouvaient menacées par une coalition «rouge-bruns». La démission de Eltsine et l'élection de Poutine en 2000 se situent dans ce contexte politique et dans le cadre de cette même Constitution.

Où en sommes nous en 2014 ? En quoi la Russie n' est-elle pas une démocratie ?

Le Président est élu par le suffrage universel. Comme en . Le Président de La Fédération de Russie a des pouvoirs accrus par la constitution. Comme en , sous la Ve République.

Il y a un Parlement et des Partis Politiques. Comme en France. Il y a d' énormes fossés entre les riches et les pauvres. Comme en France. Il y a des affaires de . Comme en France.

La presse est plutôt contrôlée par l'État, il est vrai. Mais il existe une presse d' opposition. Par ailleurs a changé complètement la donne et les russes n'hésitent pas a critiquer ouvertement le Pouvoir et à manifester très souvent dans la rue. Les gens n' ont pas peur. Surtout les jeunes. Comme en France. Tout le monde circule, voyage et travaille en toute liberté. Comme en France. Les Russes peuvent entreprendre librement et facilement. Réussir et s' enrichir sans les barrières administratives et fiscales. Pas vraiment comme en France en ce moment, il est vrai. Je m‘arrête dans ma liste, pour constater qu' en réalité la Russie n'est pas moins démocratique que la France.

Où est vraiment cette différence dont parle constamment le Gauche bien pensante ? Les philosophes et le théoriciens «bienveillants, généreux et tolérants» sont-ils capables de penser autrement qu' avec des idées reçues et des clichés ? Ces gens qui critiquent si brillamment le régime politique russe ont ils, seulement, vécu quelques semaines en Russie ? Ont-il parlé avec les gens dans leur langue maternelle ?

Gérard Depardieu et Brigitte Bardot aiment la Russie ? Et alors ? Ou est le mal ? Pour avoir vécu avec les russes pendant vingt ans, j'avoue que je les comprends.

Il ne s agit ni d' encenser Poutine ni de lui jeter la pierre. Tout ne vas pas bien dans ce pays, mais tout ne va pas si mal non plus. Comme chez nous. La Crimée a toujours été russe, avant le «cadeau» de Krouchev à l' en 1954, et elle ne fait que «revenir a la maison». Gérard Depardieu et Brigitte Bardot aiment la Russie ? Et alors ? Ou est le mal ? Pour avoir vécu avec les russes pendant vingt ans, j'avoue que je les comprends. Mais je suis d'accord avec certains: la Russie restera quand même un mystère et une énigme. Ame russe oblige!

Par contre je suis sur d'une chose: la Russie n'est, ni plus ni moins «démocratique» que la France et Poutine n' est pas davantage un «dictateur» qu' Obama. Cependant, quel que soit notre opinion, cette «crise de confiance» apparaît comme le révélateur des relations des trente dernières années entre la Russie et le reste du monde occidental, et en particulier la France, l' UE et les USA. Disons que la Russie est une démocratie énigmatique… Et que Poutine un chef d'état autoritaire qui dérange. Cette crise s‘inscrit, en fait, dans un «racisme» anti-russe, qui a pris le relais de l' «anticommunisme» de la guerre froide, et Poutine en est devenu le symbole cristallisateur.

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Source(s) : Le Figaro / Par Édouard Moradpour, le 27.03.2014 / Relayé par Meta TV

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