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De « Spook Air » au « Lolita Express » : la genèse et l’évolution de la relation Jeffrey Epstein/Bill Clinton

Par Whitney Webb, le 23 août 2019

Loin de n’être l’œuvre que d’un seul parti , agence de renseignements ou pays, la structure de pouvoir révélée par le réseau lié à Epstein est rien de moins qu’une entreprise criminelle prête à user et abuser d’enfants pour l’acquisition d’encore et toujours plus de pouvoir, d’argent et de contrôle.

Le 10 août [2019], et pendant plusieurs jours de suite, la spéculation fit florès après l’annonce que Jeffrey Epstein avait été découvert mort dans sa cellule. La cause de sa mort fut finalement classée comme suicide par pendaison.

Epstein, le milliardaire pédocriminel et trafiquant sexuel doté d’une multitude de connexions aux riches et aux puissants individus des États-Unis et de plusieurs autres pays, avait informé ses proches qu’il craignait pour sa vie précédant son soudain « suicide », a rapporté le Washington Post tandis que ses avocats ont affirmé qu’il avait prévu de coopérer avec les autorités fédérales.

Suite à la conclusion controversée du médecin légiste de la ville de New York, que la mort d’Epstein était due à un suicide – une conclusion contestée par les avocats d’Epstein ainsi que par des pathologistes indépendants, au vu des preuves apparentes suggérant un étranglement – la couverture médiatique mainstream de l’affaire Epstein s’est tarie jusqu’à n’être plus qu’un petit filet, hormis des histoires à sensations sur sa présumée complice Ghislaine Maxwell et de nouveaux détails salaces sur son passé. Les allusions au plus vaste ont disparu des médias mainstream, et tournaient autour de l’aveu qu’Epstein avait « fait partie des services secrets ».

Dans cette série en quatre parties, « Le : trop gros pour couler », MintPress a révélé que les activités d’Epstein – une opération de chantage sexuel impliquant des mineurs et connectée aux agences de renseignements – n’était que l’une de plusieurs opérations de ce type s’étant déroulées depuis des décennies, se développant à partir du nexus forgé entre la , le crime organisé et les services secrets « israéliens » à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale.

Comme la deuxième partie de cette série l’a révélé, ces opérations de chantage sexuel ont proliféré pendant l’affaire Iran-Contra, qui impliquait la même sombre alliance entre les services de renseignements US et « israéliens » avec le crime organisé. Bien que cette série se soit jusqu’ici grandement focalisée sur les liens de responsables du Parti Républicain avec ces opérations et les crimes qui leur sont associés, le dernier épisode de cette série se concentrera sur les politiciens du Parti Démocrate, notamment la famille Clinton, et sur leurs liens avec ce même réseau tout comme avec .

La complicité des Clinton dans l’affaire Iran-Contra portait sur les activités secrètes de l’aéroport de Mena dans l’Arkansas, qui impliquaient la société-écran de la Southern Air Transport et se déroulèrent tandis que Clinton était Gouverneur de l’État. Alors que l’administration Clinton à la Maison Blanche n’avait que quelques années, Leslie Wexner et Jeffrey Epstein allaient jouer un rôle majeur dans le déménagement de Southern Air Transport à Columbus en Ohio, menant certains responsables de l’État d’Ohio à s’inquiéter que non seulement les deux hommes travaillaient avec la , mais que l’entreprise de Wexner, The Limited, cherchait à se servir de la ligne aérienne liée à la pour faire de la contrebande.

À la même époque, Epstein avait déjà forgé des liens étroits avec des responsables importants de la Maison Blanche sous Clinton ainsi qu’avec des donateurs éminents des Clinton tels que Lynn Forester de , et avait fait plusieurs visites personnelles à la résidence présidentielle officielle.

Certains de ces liens semblent en relation avec les activités financières louches d’Epstein, impliquant particulièrement les marchés de devises et les paradis fiscaux – des activités qu’il avait commencé à perfectionner en travaillant pour des figures importantes de l’affaire Iran-Contra au début des années ’80, nombre d’entre eux connectés à la Banque de Crédit et de Commerce International (Bank of Credit and Commerce International, BCCI) liée à la CIA et dotée de liens connus avec les renseignements « israéliens », c’est-à-dire le . La nature du travail d’Epstein au service de ces individus et d’autres preuves suggèrent qu’Epstein a eu lui-même une relation avec la BCCI après avoir quitté la Bear Stearns, et avant la faillite de la banque en 1991.

La relation d’Epstein avec la Fondation Clinton, ainsi que le rôle présumé du fonds spéculatif d’Epstein basé aux Îles Vierges dans des activités de blanchiment d’argent est d’une importance particulière, et fait encore l’objet d’investigations par MintPress.

Dans cette histoire d’intrigue qui révèle combien cette alliance vieille de plusieurs décennies entre le crime organisé, la CIA et les services secrets « israéliens » a corrompu et influencé des politiciens des deux partis politiques [Républicain et Démocrate, NdT], à la fois par l’usage du chantage sexuel comme par d’autres voies de coercition.

Loin de n’être l’œuvre que d’un seul parti , agence de renseignements ou pays, la structure de pouvoir révélée par le réseau lié à Epstein est rien de moins qu’une entreprise criminelle qui transcende les nationalités et qui est prête à user et abuser d’enfants pour l’acquisition d’encore et toujours plus de pouvoir, d’argent et de contrôle. En existence depuis des décennies et capable d’user de tous les moyens nécessaires pour couvrir ses traces, ce racket criminel est devenu tellement intégré aux leviers du pouvoir, aux États-Unis et bien au-delà, qu’il est véritablement trop gros pour couler.

Iran-Contra, l’aéroport de Mena et les Clinton

Quand on repense au désormais célèbre scandale de l’affaire Iran-Contra, des noms comme ceux de Ronald Reagan, Oliver North et Barry Seal viennent à l’esprit, mais l’ancien Président Bill Clinton joua lui aussi un rôle démesuré dans ce scandale – utilisant son état natal de l’Arkansas, où il officiait en tant que Gouverneur, comme une sorte de plaque tournante de la partie étasunienne de l’opération de la CIA en Amérique Centrale.

En fait, au cours du règne de Clinton comme Gouverneur une petite ville du nom de Mena, nichée dans les Monts Ozark à l’ouest de la capitale de l’Arkansas à Little Rock, allait se retrouver projetée sous les projecteurs nationaux comme centre de trafic d’armes et de , ainsi que pour l’entraînement de milices d’extrême-droite appuyées par la CIA.

Sous l’étroite surveillance de la CIA, alors dirigée par William Casey, le Mena Intermountain Regional Airport fut utilisé pour stocker et livrer des armes et des munitions aux Contras du Nicaragua. Les armes étaient parfois échangées pour de la cocaïne provenant de cartels sud-américains, qui serait renvoyée à Mena et utilisée pour financer l’opération secrète de la CIA.

En dépit des efforts entrepris pour diminuer le rôle de Clinton dans ce scandale, son intervention directe dans la tentative des Contras de renverser le gouvernement sandiniste du Nicaragua suggère que Clinton avait quelque forme d’enjeu personnel dans ces efforts, en restant étrangement passif devant l’opération majeure de contrebande en train d’avoir lieu dans son État pendant qu’il en était le Gouverneur. En fait, en tant que Gouverneur, Clinton se démarqua de nombreux autres gouvernements d’états en envoyant un contingent de la Garde Nationale de l’Arkansas entraîner les Contras du Nicaragua à renverser leur gouvernement sandiniste. Clinton allait également discuter de sa connaissance de première main de l’opération avec l’actuel Procureur-Général [Ministre de la aux USA, NdT] de l’administration Trump, William Barr.

Une grande partie de ce trafic d’armes et de fut exécutée par le notoire trafiquant de et agent présumé de la CIA/DEA Barry Seal. Selon le livre Whiteout: the CIA, Drugs and the Press [« voile blanc : la CIA, la drogue et la presse », NdT] d’Alexander Cockburn et Jeffrey St. Clair :

Une enquête fédérale assistée de la Police de l’État d’Arkansas a établi que Barry Seal, un trafiquant de drogues travaillant pour le cartel de Medellín ainsi que pour la CIA et la DEA, avait fait modifier ses avions pour permettre des largages aériens de drogues à Mena, où il entraîna des pilotes et blanchit ses bénéfices partiellement par le biais d’institutions financières de l’Arkansas. Seal était à l’époque en contact étroit avec [Oliver] North, qui a reconnu cette relation dans ses mémoires. C’étaient les années où North construisait ses filières secrètes de soutien aux Contras.

Il est avéré que Seal utilisait des avions appartenant à l’entreprise Southern Air Transport, et qu’il employait des équipes de vol travaillant pour la même entreprise. Southern Air Transport, anciennement Air America, avait naguère appartenu directement à la CIA, et reste dans les mémoires pour avoir été une façade de la CIA pendant l’opération Iran-Contra. La relation de cette ligne aérienne connectée à la CIA avec Leslie Wexner et son associé alors très proche Jeffrey Epstein l’est moins, et elle sera évoquée plus loin dans cet article.

Seal semblait toujours opérer avec beaucoup moins de distance qu’il est convenable avec Clinton, pendant que celui-ci officiait comme Gouverneur. Dans son exposé confessionnel de 1999, Cross-fire: Witness in the Clinton Investigation [« feu croisé : témoin dans l’enquête Clinton », NdT], l’ancien policier de l’Arkansas devenu chauffeur personnel et garde du corps de Clinton, L.D. Brown, se remémore comment Clinton l’avait encouragé à chercher un poste à la CIA. Clinton serait allé jusqu’à modifier l’essai de motivation que Brown avait rédigé pour sa candidature d’embauche. Le thème de l’essai était celui du trafic de drogues en Amérique Centrale. Une fois sa candidature reçue, la CIA mit Brown en contact avec nul autre que Barry Seal. Seal serait abattu plus tard en 1986, alors qu’il purgeait six mois de liberté sur parole pour des accusations de trafic de drogues.

Seal n’était pas le seul affilié d’Oliver North à gérer une opération en lien avec les Contras depuis l’Arkansas. Terry Reed, qui travaillait pour North depuis 1983, affirma avoir été mis en contact avec Seal par North, et établi une base à quelques quinze kilomètres au nord de Mena – à Nella, Arkansas – où « des Contras nicaraguayens et d’autres recrues d’Amérique Latine étaient entraînés à l’exécution de missions de ravitaillement, d’atterrissages de nuit, de parachutages de précision et de manœuvres similaires », selon Cockburn et St. Clair. Reed affirma que l’argent de la drogue était ensuite blanchi par le biais d’institutions financières de l’Arkansas.

Après que le demi-frère de Clinton Roger se soit fait coffrer pour trafic de cocaïne (Clinton le gracierait plus tard en tant que Président), la CIA chercha à sortir les opérations de soutien aux Contras hors de l’Arkansas, dans l’espoir d’étouffer l’opération mal organisée et devenue plus en plus visible dans cet État. Selon Terry Reed dans son livre Compromised: Clinton, Bush and the CIA [« Compromis : Clinton, Bush et la CIA », NdT] écrit avec John Cummings, une réunion discrète fut tenue dans un bunker de Camp Robinson à North Little Rock, en Arkansas. Au cours de cette réunion, William Barr, qui s’était présenté comme l’émissaire du Directeur de la CIA de l’époque William Casey, annonça à Clinton :

L’accord que nous avions conclu était de blanchir l’argent à travers votre combine d’obligations mais ce que nous n’avions pas prévu, c’est que vous et votre n***e que voici alliez commencer à vous prendre au sérieux et rétrécir volontairement notre lessive.

Barr sermonna Clinton pour sa pauvre gestion de l’opération délicate et la chute très publique de son demi-frère. Il dirait plus tard à Clinton, selon Reed,

Bill, vous êtes le petit chouchou de M. Casey… Vous et votre État avez été notre meilleur atout. M. Casey voulait que je vous transmette qu’à moins que vous ne fermiez votre gueule et fassiez une connerie, vous êtes no. 1 sur la courte liste pour pouvoir tenter votre chance de décrocher le boulot dont vous rêvez tant. Vous, et les mecs comme vous, êtes les pères du nouveau gouvernement. Nous sommes la nouvelle alliance.

Les tentatives d’investigation du rôle de Clinton dans les opérations à Mena, et plus largement dans l’affaire Iran-Contra, ont à priori été stoppées par les propres confidents de Clinton qui ont constamment nié qu’il ait joué un rôle dans ce scandale. Selon le Wall Street Journal, l’ancien enquêteur de l’IRS [« Inland Revenue Service », FISC aux USA, NdT] William Duncan s’associa à l’enquêteur de la Police d’État de l’Arkansas Russell Welch dans ce qui devint une bataille longue d’une décennie pour amener les faits à la lumière. En réalité, des neuf enquêtes fédérales ou de l’état entreprises dans cette affaire, aucune n’a abouti.

Duncan dirait plus tard de ces enquêtes, « [elles] ont subi des interférences et des camouflages des faits, et le système judiciaire a été coopté » ; un mémorandum de 1992 de Duncan adressé à l’équipe du Ministre de la note que Duncan avait reçu comme instruction « de retirer tous les dossiers concernant l’enquête sur Mena du bureau du Procureur-Général ». Le Procureur-Général [Ministre de la Justice aux USA, NdT] à l’époque, officiant sous la présidence de George H.W. Bush, était William Barr qui est aujourd’hui encore Procureur-Général sous .

La Banque des Crapules et Criminels Internationaux

Une autre connexion de Clinton à la CIA et à l’affaire Iran-Contra concerne la connexion de la famille [Clinton] au financier de l’Arkansas Jackson Stephens ainsi qu’à la Banque de Crédit et de Commerce International (BCCI) liée à la CIA, que des critiques ont surnommée « Bank of Crooks and Criminals International » [« Banque des Crapules et Criminels Internationaux », NdT]. Stephens était l’une des personnes les plus riches d’Arkansas et aussi un donateur et soutien majeur de Ronald Reagan, George H.W. Bush et Bill Clinton. Il a également joué un rôle crucial dans l’essor de Walmart [chaîne de magasins de grande distribution aux USA, NdT].

Jackson Stephens et d’autres membres de la famille Stephens ont financé la montée de Clinton vers la proéminence politique, contribuant par de grandes sommes d’argent à ses campagnes au poste de Gouverneur puis à celui de Président. De plus, la Worthen Bank, qui appartenait majoritairement à Stephens, alimenta la première campagne présidentielle de Clinton par une ligne de crédit à hauteur de $3,5 millions. Et aussi, les nombreux commerces de Stephens étaient fréquemment représentés par la Rose Law Firm, firme d’avocats où Hillary Clinton était partenaire associée.

Un rapport censuré du FBI datant de 1998 décrit Stephens comme ayant « des liens prolongés et en cours avec l’administration Clinton et associés », discutant également d’allégations d’implication de Stephens dans la « gestion illégale des contributions de campagne au Parti Démocrate National. »

La BCCI avait originellement été fondée par un groupe de banquiers du , bien que Newsweek ait rapporté plus tard que des responsables de la CIA semblent avoir été impliqués dans la fondation de la banque et que le fondateur de la BCCI, Agha Hasan Abedi, avait été encouragé à fonder la banque par la CIA après que « l’agence a[it] réalisé qu’une banque internationale fournissait une couverture de choix pour les opérations des services secrets. » Des documents de la CIA qui ont ultérieurement fait surface pendant des auditions parlementaires sur les activités de la banque et des scandales apparentés affirmaient que la BCCI était directement impliquée dans « le blanchiment d’argent, le financement du narco-trafic, le trafic d’armes et la mise à disposition de vastes sommes d’argent pour des groupes terroristes. »

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Des preuves contre la BCCI présentent de la cocaïne saisie dans un entrepôt et des valises pleines d’argent à blanchir – Photo/Cour de District de FLMD

Bien que les liens de la BCCI avec la CIA étaient connus, Catherine Austin Fitts – ancienne Ministre Adjointe au Logement et Commissaire Fédérale au Logement au HUD [abbréviation de « Department of Housing and Urban Development, Ministère du Logement aux USA, NdT] pendant l’administration de George H.W. Bush, ainsi que banquier d’investissement dans les firmes Hamilton Securities Group et Dillon, Read & Co., pense que ces liens allaient beaucoup plus loin que la CIA. Fitts – qui siégea au conseil d’administration de la filiale de la BCCI, la First American Bank, à la suite de l’effondrement de la BCCI – informa MintPress qu’après lecture de mines de documents sur les activités de la banque avant son implosion, il était évident pour elle qu’il n’y avait « aucun moyen » que ses activités clandestines aient été perpétrées sans la pleine connaissance de la Réserve Fédérale, spécifiquement de la Banque de la Réserve Fédérale de New York, et de la Maison Blanche.

La BCCI a également joué un rôle central dans l’affaire Iran-Contra et des comptes ouverts à la banque étaient utilisés pour envoyer des paiements à des individus connectés à l’opération. Adnan Khashoggi, une figure-clé et intermédiaire dans ce scandale, utilisa un compte à la BCCI pour transférer plus de $20 millions en rapport à des ventes illégales d’armement et la BCCI créa de faux documents, y compris des chèques signés par Oliver North, pour que la vente puisse avoir lieu. Plus tard la banque, lorsque ses activités atteignirent l’attention du Congrès, affirma n’avoir aucun registre de ces transactions.

En outre, la BCCI semble avoir été impliquée dans le trafic sexuel de mineures, y compris des filles n’ayant pas encore atteint l’âge de la puberté. Selon le rapport intitulé « l’affaire de la BCCI« , par les Sénateurs US (à l’époque) John Kerry (D-MA) et Hank Brown (R-CO), des responsables de la BCCI ont été suspectés d’avoir acquis des moyens de levier auprès d’individus puissants comprenant des membres des familles régnantes des Émirats Arabes Unis, en leur fournissant des jeunes vierges.

Le rapport affirme spécifiquement (page 70) :

Selon un enquêteur US possédant une connaissance significative des activités de la BCCI, quelques-uns de ses responsables ont reconnu que certaines des filles fournies à certains membres de la famille Al-Nahyan [l’une des familles régnantes des Émirats] étaient des jeunes filles n’ayant pas encore atteint la puberté et qui, dans certains cas, ont été physiquement blessées par cette expérience. Le responsable a dit que des anciens collègues de la BCCI lui avaient affirmé que la BCCI fournissait également des garçons aux VIPs homosexuels.

La BCCI fut largement introduite au sein de la communauté des affaires aux États-Unis à travers les efforts de Jackson Stephens et de Bert Lance, ancien directeur du budget de Jimmy Carter qui participa à l’acquisition de la First American Bank par la BCCI. La firme d’avocats impliquée dans cette transaction était la Rose Law Firm, sise en Arkansas, et l’affaire en impliqua plusieurs avocats dont Hillary Rodham Clinton, Webster Hubbell et C.G. Giroir. Clark Clifford, ancien Ministre de la Défense sous Lyndon B. Johnson était également impliqué dans ce travail tout comme le fut Kamal Adham, ancien directeur général des renseignements saoudiens.

L’un des hommes qui fut ajouté au conseil d’administration de la BCCI après l’acquisition de la First American Bank était Robert Keith Gray, que Newsweek décrivait comme s’étant souvent « vanté de sa proche relation avec William Casey de la CIA ; Gray avait l’habitude de dire qu’avant de traiter avec un client étranger, il demandait son aval à Casey. » Comme évoqué dans la deuxième partie de cette série, Gray était aussi un expert des opérations de chantage sexuel pour le compte de la CIA, et il est présumé avoir collaboré avec Roy Cohn dans ces activités. Certains des clients de Gray à la puissante firme de relations publiques qu’il dirigeait, Hill & Knowlton, comprenaient des clients de la BCCI et des gens liés au , tels Adnan Khashoggi et Marc Rich.

Alors que la Rose Law Firm assistait l’entrée de la BCCI dans le système financier US, elle représenta également l’entreprise de services financiers appartenant à Stephens, Stephens Inc., ainsi que l’entreprise de traitement de données Systematics Inc. acquise par Stephens à la fin des années ’60. Selon James Norman dans son livre The Oil Card: Global Economic Warfare in the 21st Century [« La carte du pétrole : la guerre économique mondiale au 21ème siècle », NdT], Systematics était « un véhicule intermédiaire ou une société-écran de la National Security Agency () pendant les années 1980 et au début des années 1990, pour vendre et implanter des logiciels piégés dans les des principaux centres financiers et chambres de compensation du monde entier, dans le cadre de l’effort entrepris pour ‘suivre la piste de l’argent’ de Reagan et de Bush dans le but de briser les Soviétiques. »

Le défunt journaliste Michael Ruppert a affirmé que ces « logiciels piégés » n’étaient rien d’autre que le logiciel « Promis », que les services secrets US et « israéliens » avaient piégé pour espionner les services de renseignements et qui avait été commercialisé par Robert Maxwell, le père de la rabatteuse et maquerelle d’Epstein Ghislaine Maxwell. Ruppert cita Systematics comme « un principal développeur de Promis pour un usage d’ financier. » Promis avait à l’origine été loué par Inslaw Inc., une petite entreprise de développement de logiciels fondée par Bill Hamilton, au Ministère de la Justice – qui le déroba ensuite à Inslaw, poussant la firme à la faillite.

Selon un document de 1995 envoyé pour le compte des fondateurs d’Inslaw à l’avocat alors indépendant Ken Starr, lui demandant d’examiner l’affaire Inslaw, Systematics avait « secrètement implanté [un logiciel] dans les ordinateurs de ses clients bancaires » qui permettait à « des agences de renseignements de suivre et de surveiller discrètement le flux d’argent à travers le système bancaire », et l’avait fait à « l’instigation de la et de son partenaire des renseignements « israéliens ». Inslaw affirma également que le logiciel était employé par ces mêmes agences de renseignements dans le but de « blanchir  l’argent, en particulier des gains issus du trafic de drogues. »

Systematics avait aussi une filiale en « Israël » qui, selon un ancien officier des renseignements « israéliens », était gérée par des sous-traitants du Mossad et vendait des logiciels aux et aux entreprises de télécommunications. Selon la lettre de Richardson, cette filiale « israélienne » de Systematics avait également une société-écran dans le Massachusetts, partiellement détenue par un ancien responsable des renseignements US.

Deux partenaires de la Rose Law Firm qui allaient travailler plus tard dans l’administration Clinton, Vince Foster et Webster Hubbell, obtinrent un intérêt financier significatif dans Systematics de par leur propriété sur la firme Alltel, qui acheta Systematics au début des années 1990. Les Hamilton fournissent également des preuves considérables indiquant que la détresse de Foster, avant sa mort en 1993, semble avoir été liée à ses inquiétudes portant sur le litige impliquant Systematics, et celui toujours en cours au sujet du vol de Promis.

Il est avéré que la BCCI elle-même a utilisé Promis après son vol par le DOJ [« Department of Justice », Ministère de la Justice aux USA, NdT] ; l’une de ses filiales, la First American Bank, « filtrait l’argent de Promis » – c’est-à-dire, blanchissait l’argent généré par la vente du logiciel Promis volé – selon le défunt journaliste Danny Casolaro.

Casolaro enquêtait sur un syndicat international du crime qu’il nommait « la Pieuvre » lorsque survint sa mort en 1991. Casolaro croyait que cette « Pieuvre » impliquait des individus puissants du secteur public et du secteur privé ainsi que du monde souterrain criminel, et qu’ils étaient collectivement responsables de certains des plus grands scandales des années 1980, y compris de l’affaire Iran-Contra, de la BCCI et du vol du logiciel Promis.

Casolaro avait dit à ses amis et à sa famille qu’il était proche de conclure son enquête, et nombre de ses proches ont pu voir des documents détaillant des transferts d’argent impliquant la BCCI et la Banque Mondiale à destination de gens impliqués dans ces scandales, tels qu’Earl Brian et Adnan Khashoggi. Casolaro alla à Martinsburg en Virginie pour rencontrer des sources et trouver la dernière pièce du puzzle afin de « ramener la tête de la Pieuvre ». Deux jours après son arrivée à Martinsburg, Casolaro fut retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel et sa valise remplie de notes de recherches et de preuves avait disparu. Sa mort fut classée comme suicide.

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Les photos de la scène du crime présentent de profondes lacérations des bras de Casolaro

De nombreuses personnes, y compris sa famille, ne croient pas que Casolaro se soit suicidé. Une semaine avant sa mort, Casolaro avait dit à son frère qu’il avait reçu des menaces de mort et la façon de sa mort, dûe à de profondes entailles dans ses bras, ne correspond par avec l’aversion et le malaise bien connus de Casolaro à la vue de la moindre goutte de sang. Les spéculations n’ont fait qu’enfler dans le sillage de l’enquête du FBI étant donné que celui-ci a menti au Congrès, fait pression sur ses propres agents pour qu’ils ne mettent pas en doute la thèse du suicide, et qu’il a perdu 90% de ses dossiers en lien avec la mort de Casolaro – parmi d’autres incohérences flagrantes.

Dans une lettre de 1994 fournie à MintPress par Inslaw Inc., l’avocat d’Inslaw Charles Work disait au Procureur-Général de l’époque John Dwyer qu’une des sources confidentielles d’Inslaw au gouvernement avait affirmé que Casolaro avait reçu l’injection d’une substance qui a paralysé ses nerfs de son cou à ses pieds, expliquant l’apparent manque de traces de lutte, et que la substance utilisée provenait de l’inventaire de l’US Army. L’individu qui a organisé la réunion finale de Casolaro juste avant sa mort est un agent des renseignements militaires US nommé Joseph Cuellar.

L’année de la mort de Casolaro, de nombreuses morts suspectes impliquant des gens directement liés au scandale Promis ou impliqués dans l’enquête de Casolaro sur « la Pieuvre » – y compris Alan Standorf, une des sources de Casolaro ; Robert Maxwell, père de Ghislaine Maxwell, agent du Mossad et VRP du logiciel volé Promis ; et John Tower – l’ancien Sénateur du Texas qui avait assisté Maxwell dans la vente du logiciel Promis piégé aux laboratoires de Los Alamos.

Jeffrey Epstein et « la plus sale de toutes les banques »

Tandis que le rôle joué par l’Arkansas dans l’affaire Iran-Contra est souvent négligé, il en est de même au regard du rôle central joué par des trafiquants d’armes en lien avec les renseignements « israéliens », qui seraient plus tard connectés à des individus puissants de Mega Group et à Jeffrey Epstein, tels Marc Rich et Adnan Khashoggi.

L’un des acteurs centraux de l’affaire Iran-Contra a été le vendeur d’armes saoudien Adnan Khashoggi, oncle du chroniqueur du Washington Post assassiné Jamal Khashoggi. Un fait moins connu concernant Adnan Khashoggi est qu’à l’époque de son implication dans l’affaire Iran-Contra il travaillait pour le Mossad « israélien », selon l’ancien agent du Mossad Victor Ostrovsky.

Ostrovsky, dans son bestseller no.1 du New York Times By Way of Deception [« par voie de tromperie », NdT], relève que Khashoggi avait été recruté par le Mossad des années plus tôt et que son jet privé avait été équipé en « Israël ». En rapport avec l’affaire Iran-Contra, Ostrovsky affirme que c’est un prêt-relais de $5 millions fourni par Khsashoggi qui permit de surmonter le manque de confiance entre « Israël » et l’Iran pendant les ventes d’armes initiales du début des années ’80, et sa participation a donc été cruciale pour la réussite de l’opération toute entière.

Selon la journaliste Vicky Ward, Adnan Khashoggi était le client de Jeffrey Epstein au début des années ’80, peu de temps après le départ d’Epstein de chez [la banque] Bear Stearns en 1981. La raison du départ d’Epstein de la banque demeure trouble. Bien que quelques employés de Bear Stearns affirment qu’il s’est fait renvoyer, d’autres – dont Epstein lui-même – affirment qu’il est parti de son plein gré.

Ward suggère qu’Epstein a pu quitter la banque à cause d’une enquête de la Securities and Exchange Commission [SEC, équivalent de la Commission des Opérations Boursières aux USA, NdT] sur des délits d’initié dans une affaire impliquant une OPA de la Seagram Corporation sur la St. Joe Mineral Corp. Le propriétaire de Seagram Edgar Bronfman, fils de l’associé de Meyer Lansky Samuel Bronfman et membre de Mega Group, avait rencardé plusieurs investisseurs et banquiers à propos de l’offre publique d’achat imminente. Epstein démissionna de Bear Stearns le jour suivant l’ouverture de l’enquête par la SEC et déclara plus tard qu’il avait quitté l’entreprise à la suite d’une violation réglementaire assez mineure, alléguant une « relation illicite » avec une secrétaire.

Pourtant, comme le releva Ward :

La SEC ne pressa aucune charge contre qui que ce soit à Bear Stearns pour délit d’initié concernant St. Joe, mais ses questions semblent indiquer ses doutes vis-à-vis des réponses d’Epstein. Certaines sources se sont interrogées pourquoi, s’il était un si gros producteur [de bénéfices] à Bear Stearns, il l’aurait laissée tomber pour une affaire d’amende de $2 500.

Quelle que soit la raison exacte du départ d’Epstein, c’est immédiatement suite à son départ de la banque que « les détails [du parcours professionnel d’Epstein] s’estompent dans l’ombre. Quelques-uns, de la poignée d’amis actuels qui l’ont connu depuis le début des années ’80, se souviennent qu’il avait l’habitude de leur dire qu’il était ‘chasseur de primes’, recouvrant de l’argent perdu ou volé pour le gouvernement ou pour des individus très riches. Il possède un droit de port d’arme. »

Écrivant dans Salon un ancien ami d’Epstein, Jesse Kornbluth, a également affirmé qu’Epstein se prétendait « chasseur de primes » pour le compte des riches et des puissants :

Lorsque nous nous sommes rencontrés en 1986, la double identité d’Epstein m’a intrigué – il disait qu’il ne faisait pas que gérer de l’argent pour des clients possédant des méga-fortunes, c’était aussi un chasseur de primes de haut vol. Parfois, me disait-il, il travaillait pour des gouvernements pour recouvrer de l’argent pillé par des dictateurs africains. À d’autres moments, ces dictateurs l’engageaient pour les aider à cacher leur argent volé. (emphase ajoutée)

L’un des clients d’Epstein après son départ de Bear Stearns, selon les sources de Ward, était Khashoggi qui était lié à la CIA et au Mossad, au même moment où celui-ci était impliqué dans l’affaire Iran-Contra, une opération impliquant à la fois les renseignements US et les renseignements « israéliens ». Le journaliste britannique Nigel Rosser rapporta en janvier 2001 dans The Evening Standard qu’Epstein avait affirmé qu’il travaillait lui aussi pour la CIA pendant cette période.

Depuis l’arrestation d’Epstein, les traces de l’article de Rosser ont été effacées des archives des journaux britanniques, y compris celles de The Evening Standard. Cependant, MintPress a indépendamment confirmé auprès de Bob Fitrakis, que Rosser avait interviewé pour l’article en question, que celui-ci alléguait bel et bien qu’Epstein se vantait de travailler pour la CIA. De plus, d’autres articles datant de la même époque ont cité des extraits de l’article de Rosser, y compris la référence aux affirmations passées d’Epstein sur son implication avec la CIA.

Spécifiquement, l’article de Rosser contenait le passage suivant :

Il [Epstein] avait un permis de port d’arme dissimulée, a une fois affirmé travailler pour la CIA bien qu’il le nie désormais – et possède des propriétés à travers l’Amérique. Un jour, il arriva au domicile londonien d’un vendeur d’armes britannique porteur d’un cadeau – un fusil anti-émeutes à pompe de la police de New York. ‘Dieu sait comment il a pu le faire entrer dans le pays,’ a commenté un ami.

Des déclarations passées et des preuves de l’implication d’Epstein avec la CIA, couplées avec sa période en tant qu’arrangeur financier « douteux » pour l’agent double Khashoggi suggèrent fortement que, quoi qu’ait pu faire Epstein pour le compte de Khashoggi à l’époque, cela a sans doute impliqué la BCCI. Selon l’article « The BCCI Affair » [« l’affaire BCCI », NdT], Khashoggi « agissait comme intermédiaire dans cinq contrats d’armement iraniens avec les USA, en finançant une partie par le biais de la BCCI » et qu’il « servit de ‘banquier’ pour les livraisons d’armes à mesure que l’opération clandestine se développait. » L’article poursuit :

Khashoggi et [un autre vendeur d’armes dans l’affaire Iran-Contra, Manucher] Ghorbanifer ont joué un rôle central pour le gouvernement US en lien avec l’affaire Iran-Contra dans des opérations qui impliquaient la participation directe de personnel de la CIA [et de Khashoggi comme de Ghorbanifer] en poste dans les bureaux de la BCCI à Monaco et, pour les deux, les services de la BCCI ont été essentiels comme moyen de fournir un crédit à court terme pour les ventes depuis les USA, par le biais d’ « Israël » vers l’Iran.

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Le trafiquant d’armes Adnan Khashoggi arrive à la Cour Fédérale de Manhattan à New York, le 4 avril 1990 – Photo/AP

Cette connexion est encore plus probable étant donné le fait que la Bear Stearns – l’ancien employeur d’Epstein jusqu’au moment où il est devenu arrangeur financier pour Khashoggi et d’autres individus puissants – a aussi travaillé directement ave la BCCI pendant cette période. Effectivement, la Bear Stearns a servi d’intermédiaire dans les négociations pour la BCCI, un fait qui est demeuré caché jusqu’à ce qu’une longue bataille juridique au Royaume-Uni, conclue en 2011, force le rapport du gouvernement intitulé « Rapport Sandstrom » concernant les activités de la BCCI à « dé-censurer » les noms de Bear Stearns et d’autres institutions, individus et pays qui ont fait des affaires avec le réseau lié à la CIA.

De plus, il y a le fait additionnel que la BCCI a trafiqué des jeunes filles mineures pour être sexuellement exploitées, comme moyen d’obtenir des faveurs et d’acquérir des leviers de pouvoir sur des individus eux-mêmes puissants, une partique dans laquelle Epstein allait abondamment verser. Tel qu’évoqué dans la deuxième partie de cette série, plusieurs individus qui géraient soit des opérations de chantage sexuel ou des opérations de trafic d’enfants étaient liés à des sociétés-écran de la CIA comme la BCCI, à d’autres organisations liées au scandale Iran-Contra, ainsi qu’à plusieurs individus proches de la Maison Blanche sous Reagan.

Le Directeur de la CIA de l’époque, Bill Casey, était un proche ami de Roy Cohn, qui gérait lui-même l’opération de chantage sexuel impliquant des jeunes garçons depuis le Manhattan Plaza Hotel décrit dans la première partie de cette série. Selon la secrétaire de Cohn pendant de longues années Christine Seymour, Casey était l’un des appelants les plus fréquents de Cohn.

Un autre fait qui suggère encore plus qu’Epstein avait des liens avec la BCCI est qu’il était connu pour avoir été proche d’autres vendeurs d’armes de l’époque où la BCCI servait régulièrement et spécifiquement d’intermédiaire bancaire pour les ventes secrètes d’armement. Après la chute de la banque en 1991, un article du magazine Time intitulé « BCCI : la plus sale de toutes les banques » relevait ce qui suit :

… [La] CIA a pu utiliser la BCCI davantage comme banquier clandestin : des agents US collaboraient avec le réseau secret dans plusieurs opérations selon un responsable de ce réseau secret [« black network », NdT] à la BCCI qui est désormais un témoin protégé par le gouvernement US. Des sources ont dit à des enquêteurs que la BCCI travaillait étroitement avec les agences de services secrets israéliennes et d’autres groupes des services secrets occidentaux, surtout dans les contrats d’armement. (emphase ajoutée)

L’un des vendeurs d’armes qu’Epstein connaissait apparemment plutôt bien est le vendeur d’armes britannique Sir Douglas Leese. Leese était impliqué dans les négociations de la première d’une série de contrats d’armement britannique assez controversés impliquant Khashoggi connu sous le nom de Contrat d’Al Yamanah, et qui aurait impliqué la de membres de la famille royale saoudienne ainsi que de hauts dignitaires saoudiens. En plus de Khashoggi, nombre de ces dignitaires et membres de la famille royale étaient profondément liés à la BCCI.

De nouvelles moutures de ce contrat d’armement auraient été conclues avec l’implication du de la famille royale britannique, et des enquêtes de dans le Contrat d’Al Yamanah furent ultérieurement closes à cause des efforts fournis par et par le Prince Andrew. Il est dit que Leese avait parlé du « génie » d’Epstein et de son absence de moralité quand il le présenta à Steve Hoffenberg de Tower Financial, et peu après cette introduction Hoffenberg engagea Epstein.

Deux ans après l’effondrement de la BCCI pour cause de fraudes, Tower Financial implosa en 1993 dans ce qui est encore considéré comme la plus grande pyramide de Ponzi de l’histoire des USA. Hoffenberg affirma plus tard au Tribunal qu’Epstein avait été intimement impliqué dans les pratiques financières louches de Tower Financial, appelant Epstein « l’architecte de la combine ». Cependant, quand Tower Financial s’est finalement effondrée, Epstein ne travaillait déjà plus pour elle. En dépit du témoignage de Hoffenberg et d’abondantes preuves sur le rôle d’Epstein dans cette arnaque, le nom d’Epstein fut mystérieusement exclu de l’affaire.

Comme Epstein est présumé avoir bénéficié de son « accord aux petits oignons » en 2008 parce qu’il « appartenait aux services secrets », ses activités dans les années ’80 et au début des années ’90 suggèrent que son habileté à éviter les accusations en rapport à la pyramide de Ponzi de Tower Financial peuvent avoir une provenance similaire.

Bien que Hoffenberg affirme avoir rencontré Epstein à travers Leese, Epstein lui-même a affirmé qu’il avait rencontré l’escroc repris de justice par le biais de John Mitchell, ancien Procureur-Général sous Richard Nixon.

Tel que mentionné dans la deuxième partie de cette série, Mitchell était un « ami » du lobbyiste de Washington tombé en disgrâce Craig Spence, selon Spence lui-même avant sa chute. Spence, pendant la majeure partie des années ’80, gérait une opération de chantage sexuel à Wahsington, D.C. impliquant des garçons mineurs, et il avait emmené certains de ces « call-boys » dans des visites nocturnes à la Maison Blanche qu’il affirmait avoir été rendues possibles par le Conseiller à la Sécurité Nationale d’alors, Donald Gregg. Spence, après l’exposition de son trafic et exploitation de mineurs, mourut dans d’étranges circonstances. Sa mort fut rapidement classée comme suicide, un peu comme pour Jeffrey Epstein.

Avec l’aide d’Epstein et de Wexner, « Spook Air » trouve une nouvelle maison

Alors que l’État d’Arkansas était devenu une plaque tournante pour les activités de la CIA pendant les années Reagan et le scandale Iran-Contra, un autre état semble avoir pris sa place durant les années 1990 – l’Ohio. Tout comme l’oligarque de l’Arkansas Jackson Stephens avait aidé à attirer la CIA vers son État natal pendant le déroulement de l’opération Iran-Contra, ce fut un oligarque de l’Ohio et son proche associé qui aidèrent à attirer la CIA vers le « Buckeye State » [« état du marronnier », surnom de l’État d’Ohio, NdT]. Ces hommes étaient Leslie Wexner et Jeffrey Epstein, respectivement.

Dans la troisième partie de cette série, MintPress avait détaillé les liens présumés de Wexner avec le crime organisé ainsi que ses liens avec le meurtre toujours irrésolu de l’avocat de l’Ohio, Arthur Shapiro, à Columbus. Shapiro, qui représentait l’entreprise de Wexner « The Limited » au moment de sa mort, devait comparaître devant un Grand Jury à propos d’évasion fiscale et de son implication dans des « niches fiscales douteuses ». La police de Columbus décrivit le meurtre de Shapiro comme une « exécution de la Mafia » tandis qu’un rapport d’enquête policière étouffé impliquait Wexner et ses associés commerciaux comme complices ou bénéficiaires de la mort de Shapiro, et comme ayant des liens avec des syndicats du crime new-yorkais de premier plan.

Nonobstant, Wexner et The Limited semblent aussi avoir eu une relation avec la CIA. En 1995, Southern Air Transport (SAT) – une société-écran bien connue de la CIA – a déménagé depuis Miami en Floride vers Columbus, en Ohio. Initialement fondée à la fin des années 1940, SAT a appartenu directement à la CIA de 1960 à 1973, qui utilisa l’entreprise comme couverture pour des opérations secrètes. En 1973, l’entreprise passa entre des mains privées, bien que dès lors tous ses propriétaires successifs auraient des liens avec la CIA y compris John Bastian, un ancien avocat de la CIA, qui détenait SAT à l’époque de son déménagement vers l’Ohio.

SAT était intimement impliquée dans l’affaire Iran-Contra, ayant servi à convoyer des armes et des drogues depuis et vers les Contras du Nicaragua sous couvert de fourniture de « soutien humanitaire », tout en envoyant aussi des armes US en « Israël » où elles étaient vendues à l’Iran en violation de l’embargo US sur les armes. Seulement pour l’année 1986, SAT transporta du Texas en « Israël » 90 tonnes de missiles anti-tank TOW, qui furent ensuite vendues à l’Iran par « Israël » et des intermédiaires liés au Mossad comme le vendeur d’armes saoudien Adnan Khashoggi.

Malgré le fait que les connexions de la ligne aérienne étaient bien connues, l’entreprise de Leslie Wexner, The Limited, chercha a convaincre SAT de resituer son siège social depuis Miami en Floride à Columbus en Ohio, acte qui sera réalisé en 1995. Quand Edmund James, président de James and Donohew Development Services, affirma au Columbus Dispatch en mars 1995 que SAT déménageait vers l’aérodrome de Rickenbacker à Columbus, il déclara que « la nouvelle présence de Southern Air à Rickenbacker commence en avril avec deux vols de fret réguliers par semaine avec des 747 à destination de Hong-Kong, » citant le Président de SAT William Langton. « D’ici l’automne, ceci peut augmenter à quatre vols par semaine. Des négociations sont en cours pour des vols depuis Rickenbacker vers l’Extrême-Orient… Une grande partie du cargo de la ligne Hong-Kong-Rickenbacker sera pour The Limied, » l’entreprise de confection de vêtements de Wexner. « C’est une grosse affaire pour l’Ohio central. C’est énorme, en fait, » disait John  à l’époque.

Le jour suivant la conférence de presse, Brian Clancy, travaillant comme analyste du fret chez MergeGlobal Inc., déclara au Journal of Commerce que la raison derrière la relocalisation de SAT en Ohio était grandement due à la lucrative ligne Hong-Kong-Columbus que SAT allait gérer pour l’entreprise de Wexner. Clancy déclara spécifiquement que le fait que « [The] Limited Inc., le plus gros détaillant du pays, soit basé à Columbus… a sans aucun doute grandement contribué à la décision de Southern Air. »

Selon des documents obtenus par le journaliste Bob Fitrakis de l’Autorité Portuaire de Rickenbacker, le gouvernement de l’Ohio essaya aussi de sucrer le contrat pour amener SAT à Columbus afin de plaire à de puissants hommes d’affaires de l’Ohio comme Leslie Wexner. Orchestrée par le Chef de Cabinet d’alors du Gouverneur de l’Ohio George Voinovich, Paul Mifsud, l’Autorité Portuaire et le Ministère du Développement de l’État d’Ohio créèrent une enveloppe de plusieurs incitations financières, financées par les contribuables de l’Ohio, pour attirer la ligne aérienne afin qu’elle déménage en Ohio. Le Journal of Commerce a décrit les « généreuses enveloppes d’incitations de la part de l’État de l’Ohio » comme « comprenant un crédit de 75% pour ses taxes professionnelles pendant dix ans, un prêt à taux d’intérêt limité de $5 millions, et une bourse de formation de $400 000. » En 1996, le porte-parole d’alors de SAT David Sweet expliqua à Fitrakis que la ligne aérienne liée à la CIA n’avait déménagé à Columbus que parce que « l’accord [ficelé par le ministère du développement de l’Ohio] était trop bon pour être refusé. »

En dépit du fait que SAT avait promis au gouvernement de l’Ohio de créer 300 emplois en trois ans, l’entreprise renvoya vite de nombreux salariés et ne construisit pas les locaux d’entretien qu’elle avait promis, bien qu’elle ait déjà accepté $3,5 millions d’argent public pour ce projet et d’autres. Tandis que s’amoncelaient les problèmes financiers de l’entreprise, le gouvernement de l’Ohio décida de ne pas récupérer les millions de dollars qu’il avait prêtés à l’entreprise, même après qu’il soit présumé que $32 millions présents sur le compte bancaire de Mary Bastian, l’épouse du propriétaire de SAT et ancien avocat de la CIA James Bastian, étaient en fait des fonds appartenant à l’entreprise. Le 1 octobre 1998, SAT fit faillite. C’est le même jour où l’Inspecteur Général de la CIA publia un rapport exhaustif sur l’implication illégale de l’entreprise dans le trafic de drogues.

En outre, Fitrakis nota qu’en plus de Wexner les autres figures principales qui furent cruciales dans le déménagement de SAT en Ohio étaient Alan D. Fiers Jr., an ancien chef du Groupe de Travail sur l’Amérique Centrale de la CIA (Central American Task Force), et le Major-Général de l’US Air Force à la retraite Richard Secord, chef de la logistique aérienne pour les activités secrètes de SAT au Laos entre 1966 et 1968, quand l’entreprise s’appelait encore Air America. Secord a aussi été le coordinateur de logistique aérienne du réseau illégal de ravitaillement des Contras pour Oliver North dans l’opération Iran-Contra. Fiers est l’un des personnages-clé de l’affaire Iran-Contra qui se verrait grâcié par George H.W. Bush avec l’assistance du Procureur-Général d’alors William Barr. Barr – actuellement Procureur-Général [Ministre de la Justice US, NdT] dans l’administration Trump, et en haut de la chaîne de commandement du DOJ dans l’enquête sur la mort (présumée) d’Epstein en prison – a refusé de se récuser de l’enquête sur le réseau d’Epstein et sur sa mort récente.

En dépit de l’implication de ces hommes liés à la CIA, ainsi que de Leslie Wexner avec ses propres liens au crime organisé, le président de SAT de l’époque déclara au Columbus Dispatch que la ligne aérienne n’était « plus liée à la CIA ».

Notablement, ce fut à cette époque qu’Epstein exerça un contrôle considérable sur les finances de Wexner ; et, selon Fitrakis et ses recherches intensives sur Wexner durant cette période, c’est Epstein qui orchestrait la logistique des opérations commerciales de Wexner, y compris The Limited. Tel que révélé dans le dossier du meurtre d’Arthur Shapiro et dans les liens entre SAT et The Limited, une grande partie de la logistique de The Limited impliquait des personnages et des entreprises connectées au crime organisé et aux renseignements US. Il est également important de noter que SAT était bien connue pour être une société-écran de la CIA avant les efforts de Wexner et ses associés pour amener l’entreprise à Columbus, et que quelques années auparavant, Epstein avait lui-même travaillé pour des individus également impliqués dans l’affaire Iran-Contra tels Adnan Khashoggi.

De plus, durant cette période, Epstein avait déjà commencé à vivre dans la désormais notoire résidence de New York initialement achetée par Wexner en 1989. Wexner avait apparemment installé un circuit fermé et du matériel d’enregistrement dans une étrange salle de bains à l’intérieur de la résidence après son acquisition, et ne vivait jamais sur place tel que relevé dans la troisième partie de cette série.

Dans une interview exclusive, Bob Fitrakis informa MintPress que l’implication d’Epstein et de Wexner dans la relocalisation de SAT à Columbus avait provoqué des soupçons parmi certains responsables locaux et de l’état éminents, selon quoi les deux travaillaient pour les sevices secrets US. Fitrakis déclara spécifiquement que l’Inspecteur-Général d’alors de l’Ohio, le Général David Strutz et le Shériff d’alors du Comté de Franklin Earl Smith lui avaient personnellement dit qu’ils pensaient qu’Epstein et Wexner avaient tous deux des liens avec la CIA. Ces affirmations corroborent davantage ce qui fut initialement rapporté par Nigel Rosser dans The Evening Standard, comme quoi Epstein avait affirmé travailler pour la CIA par le passé.

Fitrakis dit aussi à MintPress que Strutz appelait l’itinéraire de SAT entre Hong-Kong et Columbus pour le compte de l’entreprise de Wexner, The Limited, « la course Meyer Lansky » car il croyait que l’association avec SAT était liée à ses liens au Syndicat National du Crime créé par Meyer Lansky. De plus, Catherine Austin Fitts – anciennement haut fonctionnaire du gouvernement et travaillant dans la banque d’investissement, qui a exhaustivement étudié les intersections du crime organisé, des marchés noirs, de Wall Street et du gouvernement dans l’économie US – entendit de la part d’un ancien employé de la CIA que Wexner était l’un des cinq directeurs principaux des flux d’argent du crime organisé aux États-Unis.

Comme cette série l’a relevé à plusieurs reprises, Meyer Lansky était un pionnier des opérations de chantage sexuel et possédait des liens profonds avec à la fois les renseignements US et le Mossad « israélien ». En outre, de nombreux membres de Mega Group, co-fondé par Wexner, possédait des liens directs avec le syndicat du crime de Lansky.

La grâce présidentielle de Marc Rich et le « levier » « israélien » sur Clinton

Un autre sombre personnage lié à Mega Group, au Mossad, aux services secrets US et au crime organisé est le « financier fugitif » Marc Rich, dont la grâce présidentielle pendant les derniers jours de la Maison Blache sous Clinton est à la fois bien connue et toujours controversée des années plus tard.

Marc Rich était un négociant en matières premières et un gestionnaire de fonds spéculatifs, surtout connu pour avoir fondé le géant du négoce des matières premières et minier Glencore et pour ses affaires avec de nombreuses dictatures, souvent en violation de sanctions. Il a travaillé particulièrement étroitement avec « Israël » et, selon Haaretz :

Dans les années suivant la Guerre de Yom-Kippour et l’embargo pétrolier arabe qui l’a suivi, une période où personne ne voulait vendre de pétrole à Israël, pendant presque 20 ans Rich fut la principale source pour satisfaire les besoins du pays en pétrole et en énergie.

C’est ce commerce au bénéfice « israélien » qui allait finalement mener à la mise en accusation de Rich en 1983 pour violation de l’embargo US contre l’Iran par la vente de pétrole iranien à « Israël ». Rich fut aussi accusé d’évasion fiscale, de fraude électronique, de racket et de plusieurs autres crimes.

Haaretz nota aussi que les affaires de Rich étaient « une source de financement pour des accords financiers secrets » et que « ses bureaux dans le monde entier, selon plusieurs sources fiables, rendaient souvent service au Mossad avec son accord. » Rich avait aussi davantage de liens directs au Mossad. Par exemple, sa fondation – la Rich Foundation – était gérée par l’ancien agent du Mossad Avner Azulay. Rich était aussi en bons termes avec des politiciens « israéliens » de premier plan, y compris les anciens Premiers Ministres Menahem Begin et Ehud Barak, et le fournisseur régulier de « services » pour les renseignements « israéliens », des services qu’il rendait spontanément.

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Marc Rich, à droite, apparaît avec « l’Israélien » Shimon Peres sur une photo tirée du livre de Mark Daniel Ammann, « The King of Oil » [« le roi du pétrole », NdT]

Selon le biographe de Rich Daniel Ammann, Rich envoyait également des informations aux services secrets US, mais il a refusé de lui donner davantage de détails. « Il ne voulait pas dire avec qui il coopérait au sein des autorités US ou à quelle branche des services secrets US il fournissait des renseignements, » expliqua Ammann lors d’une interview donnée à The Daily Beast.

Un indice de la nature de la relation de Rich avec les services de renseignements US tient à ses liens apparents avec la BCCI. Le rapport de « l’affaire BCCI » mentionne Rich comme un individu sur lequel enquêter en lien avec la banque et déclare :

Les prêts de la BCCI à Rich au cours des années 1980 se sont élevés à des dizaines de millions de dollars. De plus, les firmes de matières premières de Rich étaient utilisées par la BCCI dans le cadre de l’implication de la BCCI dans des programmes de garantie issus du Ministère de l’. La nature et l’étendue de la relation de Rich avec la BCCI requiert davantage d’investigations.

Rich était aussi profondément lié à Mega Group, comme il a été l’un des princpaux donateurs de l’œuvre caritative « Birthright Israel » [programme permettant à des Juifs du monde entier de visiter « Israël », NdT] aux côtés du co-fondateur de Mega Group Charles Bronfman et du membre de Mega Group Michael Steinhardt. Steinhardt était particulièrement proche de Rich, rencontrant le négociant en matières premières pour la première fois dans les années ’70 puis gérant $3 millions de dollars pour lui, son épouse d’alors Denise et son beau-père à partir du début des années ’80 jusqu’au milieu des années ’90 par le biais de son fonds spéculatif. À la fin des années ’90, Steinhardt engagerait d’autres membres de Mega Group, tels Edgar Bronfman, afin de régler les charges criminelles pesant sur Rich, ce qui finit par réussir avec sa grâce controversée par Clinton en 2001. Steinhardt affirma qu’il avait trouvé l’idée d’une grâce présidentielle pour Rich à la fin de l’année 2000.

Cette grâce était controversée pour plusieurs raisons, et de nombreuses officines médiatiques ont assumé qu’elle « puait les remerciements ». Comme le nota le New York Post en 2016, l’ex-épouse du financier Denise fit don de $450 000 à la Clinton Library qui battait de l’aile dans la période précédant la grâce présidentielle, ainsi que « plus d’un million de dollars à des campagnes du Parti Démocrate pendant l’ère Clinton. » De plus, Rich avait engagé des avocats de haut vol dotés de liens à des individus puissants du Parti Démocrate comme du Parti Républicain et à la Maison Blanche sous Clinton, dont Jack Quinn, qui avait naguère officié comme conseil juridique général pour l’administration Clinton et comme ancien chef de cabinet du Vice-Président Al Gore.

Cependant, au travers des propres mots de Clinton et d’autres preuves en appui, la raison principale derrière la grâce de Rich venait du lobbying intensif des renseignements « israéliens », de politiciens « israéliens » et de membres de Mega Group comme Michael Steinhardt, avec les dons de Denise Rich et l’accès de Quinn auprès du Président rendant probablement l’affaire simplement plus alléchante.

Parmi les plus ardents lobbyistes en faveur de la grâce de Rich figuraient le Premier Ministre « israélien » d’alors Ehud Barak, l’ancien Premier Ministre Shimon Peres, le Maire de de l’époque Ehud Omert, le Ministre des Affaires Étrangères de l’époque Shlomo Ben-Ami et l’ancien Directeur du Modssad Shabtaï Shavit. Selon Haaretz, Barak était si déterminé à obtenir la grâce de Clinton pour Marc Rich qu’il fut entendu au moins une fois en train de crier sur le président. Un ancien conseiller de Barak, Eldad Yaniv, affirma que Barak avait crié que la grâce était « importante… Pas seulement du point de vue financier, mais parce qu’il a aidé le Mossad à plus d’une occasion. »

L’effort de lobbying « israélien » a reçu une aide considérable de la part du membre de Mega Group Michael Steinhardt ainsi que d’Abe Foxman de l’Anti-Defamation League (ADL, « ligue anti-diffamation », NdT], qui était à ce moment-là lourdement financée par des membres de Mega Group, y compris Ronald Lauder et Edgar Bronfman.

Il y a eu des spéculations pendant des années arguant que le choix par Clinton de grâcier Rich a pu être le résultat d’un « levier » ou d’un chantage acquis par « Israël » concernant les activités du président de l’époque. Tel que noté dans la troisième partie de cette série, le scandale « Mega » lié au Mossad éclata en 1997, lorsque les renseignements « israéliens » ont ciblé les efforts de Clinton pour obtenir un accord de paix entre « Israël » et la et avaient songé « aller voir ‘Mega’ « , probablement en référence au Mega Group, afin d’obtenir un document sensible.

De plus, il est avéré que les « Israéliens » ont fait l’acquisition de conversations téléphoniques entre Clinton et Monica Lewinsky, avant que leur relation devienne publique. L’auteur Daniel Halper – se basant sur des interviews dûment enregistrées avec d’anciens responsables et des centaines de pages de documents compilés dans l’éventualité où Lewinsky engageait des poursuites contre Clinton – détermina que Benjamin Netanyahou avait dit à Clinton avoir obtenu des enregistrements de conversations téléphoniques teintées d’érotisme pendant les pourparlers de Wye Plantation entre « Israël » et la , en 1988. Netanyahou tenta d’utiliser cette information pour obtenir de Clinton la grâce de l’espion « israélien » Jonathan Pollard. Clinton envisagea de grâcier Pollard, mais se ravisa quand le Directeur de la CIA George Tenet le menaça de démissionner si la grâce était prononcée.

Le journaliste d’investigation Gordon Thomas avait fait des allégations similaires des années plus tôt, assumant que le Mossad avait obtenu une trentaine d’heures de conversations érotiques au téléphone entre Lewinsky et Clinton et qu’il s’en servait comme levier de pression. De plus, un article paru dans le magazine Insight en mai 2000 affirma que les services secrets « israéliens » avaient « pénétré quatre lignes téléphoniques de la Maison Blanche et pouvaient relayer les conversations en temps réel sur ces lignes à partir d’un site à distance, à l’extérieur de la Maison Blanche, directement en « Israël » pour écoute et enregistrement. »

Ces écoutes téléphoniques sont apparemment allées beaucoup plus loin que la Maison Blanche, tel que révélé dans une enquête de décembre 2001 par Carl Cameron pour Fox News. Selon le rapport de Cameron :

[L’entreprise de télécommunications Amdocs] aida Bell Atlantic à installer de nouvelles lignes téléphoniques à la Maisoin Blanche en 1997… [et] un employé de rang supérieur d’Amdocs avait une ligne téléphonique de données T1 distincte, installée dans sa base de St. Louis et directement connectée à Israël…

Les enquêteurs cherchent à savoir si le propriétaire de la ligne T1 avait « en temps réel » la capacité d’intercepter les appels, à la fois depuis la Maison Blanche et d’autres bureaux gouvernementaux de Washington, et aussi s’il a maintenu la ligne active pendant longtemps, selon les sources. Des sources familières de l’enquête disent que les agents du sur l’affaire ont cherché à obtenir un mandat d’arrêt pour l’employé de St. Louis mais les responsables du Ministère de la Justice [de Clinton] s’y sont opposé.

Selon le journaliste Chris Ketcham :

[Amdocs et Verint Inc. (anciennement Comverse Infosys)] sont basées en Israël – s’étant hissées vers le premier plan des spécialisations du marché de la technologie de l’information de ce pays – et sont grassement financées par le gouvernement israélien, avec des connexions aux militaires israéliens et aux renseignements israéliens…

Les opérations de ces entreprises, suggèrent les sources, ont été infiltrées par des espions indépendants exploitant des portes piégées dans la technologie de Verint/Amdocs et rassemblant des données sur les citoyens US pour être transférées aux renseignements israéliens et à d’autres clients demandeurs (en particulier le crime organisé).

Étant donné l’étendue des écoutes téléphoniques du gouvernement US par des entreprises liées aux renseignements « israéliens » et l’usage précédent par Netanyahou d’appels téléphoniques interceptés pour faire pression sur Clinton afin qu’il grâcie Jonathan Pollard, il est tout à fait raisonnable de spéculer que d’autres mines de conversations interceptées ont pu être utilisées pour pousser Clinton à grâcier Rich, dans les dernières heures de sa présidence.

Également notable est le fait que plusieurs individus ayant lourdement fait pression sur Clinton à propos de la grâce de Rich avaient des liens avec Epstein, qui en avait lui aussi avec les services secrets « israéliens » et des entreprises de technologie dotées de ces mêmes liens avec les services secrets « israéliens », tel que mentionné dans la troisième partie de cette série. Par exemple, Ehud Barak, un ami proche et partenaire commercial d’Epstein, ainsi que Shimon Peres, qui présenta Barak à Epstein, furent les principaux acteurs de la persuasion de Clinton en vue de grâcier Rich.

En outre, comme il sera démontré plus loin dans cet article, Jeffrey Epstein avait développé des liens avec l’administration Clinton dès 1993 et ces liens se sont étendus, en particulier en 1996, quand l’opération de chantage sexuel liée aux services secrets allait bon train. Clinton volerait plus tard à bord du notoire jet privé d’Epstein surnommé le « Lolita Express », et Epstein ferait plus tard des dons à la Fondation Clinton en affirmant avoir joué un rôle central dans la création de la « Clinton Global Initiative » [« initiative mondiale Clinton », ONG fondée par les Clinton, NdT].

En plus du rôle d’individus proches d’Epstein dans l’obtention de la grâce pour Rich, Epstein semble lui-même partager une espèce de connexion avec les anciens partenaires en affaires de Rich. Par exemple, Felix Posen – qui a géré les opérations londoniennes de Rich pendant des années et que Forbes décrivait comme « l’architecte du commerce immensément profitable mais soudain très controversé de Rich avec l’ » – apparaît dans le petit carnet de contacts d’Epstein. En outre, le véhicule d’investissement élaboré et off-shore[SIV, « structured investment vehicle »] d’Epstein, Liquid Funding, possède le même avocat que plusieurs entités de Glencore : Alex Erskine de la firme juridique Appleby.

La signification de ce lien, toutefois, n’est pas claire étant donné qu’Erskine était connecté à pas moins de 274 entités off-shore, à l’époque de la fuite des « Paradise Papers » en 2014. Catherine Austin Fitts a dit à MintPress que ceci peut suggérer que la firme Liquid Funding d’Epstein – dont 40% de la valeur avait été détenue par [la banque] Bear Stearns, et qui a pu bénéficier d’un renflouement financier « secret » de la part de la Réserve Fédérale – appartient au même « syndicat » de l’économie de l’ombre que Glencore.

Cette éventualité mérite davantage d’investigations, étant donné que Glencore est partiellement détenu par le financier britannique Nathaniel dont le père, Jacob , siège au conseil de direction de Genie Energy qui comprend également Michael Steinhardt ainsi que plusieurs associés présumés d’Epstein, tels que Bill Richardson et Larry Summers. De plus, la cousine par mariage de Nathaniel , Lynn Forester de , est une associée de longue date de Jeffrey Epstein possédant des liens considérables avec la « machine de Roy Cohn » à New York. Marc Rich avait des liens anciens avec la famille , qui remontaient au début des années ’70 quand il commença à travailler dans le négoce des matières premières chez Philipp Brothers.

L’étonnant intérêt de Lynn Forester de Rothschild pour Jeffrey Epstein

Suite aux arrestations d’Epstein, d’abord en 2007 puis à nouveau en juillet dernier, de nombreux articles médiatiques ont émergé détaillant les liens entre Epstein et Clinton, la plupart d’entre eux présumant qu’ils s’étaient rencontrés peu de temps après le départ de Clinton de la présidence en 2001 où, tel qu’il a été mentionné plus haut, il avait prononcé la grâce controversée de Marc Rich.

Ces articles affirmaient que la relation Epstein/Clinton avait été rendue possible par la maîtresse de longue date et maquerelle présumée d’Epstein, Ghislaine Maxwell. Toutefois, des documents obtenus de la bibliothèque présidentielle Clinton ont révélé que les liens entre Epstein et Clinton sont antérieurs de plusieurs années, et qu’ils ont été rendus possibles par des individus puissants qui ont grandement échappé à l’attention dans l’affaire Epstein.

Une actrice majeure, qui a largement été dédaignée dans le rapprochement entre Epstein et Clinton, est Lynn Forester de Rothschild. Notablement, Forester de Rothschild était depuis longtemps connectée aux fonctionnaires néoconservateurs de l’ère Reagan – le réseau Lewis Rosenstiel/Roy Cohn décrit dans la première et la deuxième partie de cette série, ainsi que Mega Group décrit dans la troisième partie de cette série.

Lynn Forester de Rothschild s’est impliquée dans la galaxie du Parti Démocrate à la fin des années 1970 quand elle a travaillé pour la campagne de 1976 du Sénateur belliciste Daniel Patrick Moynihan (D-NY) aux côtés de néoconservateurs désormais notoires comme Elliott Abrams, qui allait jouer un rôle important dans l’affaire Iran-Contra au cours de l’ère Reagan et officier plus tard dans le State Department de Trump. Elle fut également présentée à son deuxième époux, Evelyn de Rothschild, par lors d’une conférence du Groupe . Plusieurs des individus connectés à Mega Group et au magnat de la presse lié au Mossad Robert Maxwell – dont Mark Palmer, Max Fisher et John Lehman – ont été pendant un temps des assistants ou des conseillers de .

Avant d’entrer par mariage dans la famille Rothschild en 2000, Lynn avait précédemment été mariée à Andrew Stein, une figure majeure de la politique à New York pour le Parti Démocrate, avec qui elle a eu deux fils. Le frère d’Andrew, James Finkelstein, a épousé Cathy Frank, la petite-fille de Lewis Rosenstiel, l’homme d’affaires lié à la Mafia qui avait tenu une opération de chantage sexuel exploitant des jeunes garçons tel que détaillé dans la première partie de cette série. Le protégé de Rosenstiel Roy Cohn était l’avocat de Cathy Frank et de James Finkelstein, et ce fut à leur initiative que Cohn tenta de gruger un Rosenstiel presque mourant pour qu’il désigne Cohn, Frank et Finkelstein ses exécuteurs testamentaires et tuteurs de ses biens, évalués à $75 millions (plus de $334 millions de nos jours).

Selon le New Yorker, Lynn Forester de Rothschild a demandé une « aide financière » à nul autre que Jeffrey Epstein en 1993, pendant son divorce d’avec Andrew Stein.

En ce qui concerne les liens de Forester de Rothschild avec Mega Group, elle siège actuellement au conseil d’administration d’entreprises appartenant au groupe Estee Lauder, fondé et toujours détenu par la famille de Ronald Lauder – un membre de Mega Group, ancien responsable de l’ère Reagan et ami de famille de Roy Cohn, ainsi que la source présumée du faux passeport autrichien de Jeffrey Epstein. De plus, Forester de Rothschild s’est également associée avec Matthew Bronfman – fils du membre de Mega Group Edgar Bronfman et petit-fils de Samuel Bronfman, qui était proche de Meyer Lansky – dans la création de la firme de conseil en investissements Bronfman E.L. Rothschild LP.

Il n’est pas clair quand Lynn Forester de Rothschild a pu rencontrer Jeffrey Epstein pour la première fois, mais elle fut l’une de ses plus ardentes partisanes et avait l’oreille du Président d’alors Bill Clinton au début des années 1990, parlant spécifiquement d’Epstein à Clinton au cours de ses « quinze secondes d’accès » auprès du président, présentant également Epstein à l’avocat Alan Dershowitz en 1996.

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À la réception littéraire « Living History » [« histoire vivante », NdT] de Bill Clinton tenue par Lynn Forester de Rothschild, posent également pour une photo Evelyn de Rothschild et Bill Clinton, au Kensington Palace de Londres – Photo/Alan Davidson

Forester de Rothschild est une associée de longue date des Clinton, et une donatrice majeure en faveur de Bill comme de depuis 1992. Leurs liens étaient si proches que Forester de Rothschild a passé la première nuit de sa lune de miel dans la Chambre Lincoln de la Maison Blanche, alors que Clinton était président. En outre, un courriel ayant fuité entre Forester de Rothschild et voyait Clinton implorer « pénitence » de la part de Forester de Rothschild, pour le fait de demander à Tony Blair de l’accompagner lors d’un voyage officiel pendant qu’elle était Secrétaire d’État, empêchant ainsi Blair de rendre visite à Forester de Rothschild à sa résidence d’Aspen, dans le Colorado. Implorer humblement le pardon n’est pas une attitude connue de la part de , vu que son ancien garde du corps disait d’elle qu’elle pouvait « faire ressembler Richard Nixon au Mahatma Gandhi. »

En 1995, Forester de Rothschild, alors membre du National Information Infrastructure Advisory Council [« comité consultatif sur l’infrastructure informationnelle nationale », NdT] de Clinton, écrivit ce qui suit à Bill Clinton qui était alors président :

Cher M. le Président : ce fut un plaisir de vous voir récemment chez le Sénateur Robert Kennedy. Il y avait trop à discuter et trop peu de temps. En me servant de mes quinze secondes d’accès pour discuter de Jeffrey Epstein et de la stabilisation monétaire, j’ai négligé de vous parler d’un sujet proche et cher à mon cœur. Nommément, la discrimination positive et l’avenir.

Forester de Rothschild affirme alors qu’il lui avait été demandé de préparer un mémorandum pour le compte de George Stephanopoulos, ancien directeur de la communication de Bill Clinton et présentement journaliste animateur chez CBS News. Stephanopoulos a assisté à une soirée tenue par Epstein à son hôtel particulier désormais notoire de Manhattan en 2010, après qu’Epstein soit sorti de prison pour avoir sollicité une relation sexuelle auprès d’un mineur.

Alors que ce que Forester de Rothschild a pu dire à Bill Clinton à propos de Jeffrey Epstein et de la stabilisation monétaire demeure inconnu, un indice potentiel se trouve peut-être dans les liens entretenus à la fois par Epstein et Forester de Rothschild avec la Deutsche Bank. La journaliste Vicky Ward rapporta en 2003 qu’Epstein se vantait de son « talent pour jouer sur les marchés monétaires ‘avec de très grosses sommes d’argent’  » et il semble avoir opéré une grande part de ce talent par le biais de sa longue relation avec la Deutsche Bank.

Le New York Times rapporta en juillet dernier :

[Epstein] semble avoir fait des affaires et monnayé des devises par le biais de la Deutsche Bank jusqu’à il y a seulement quelques mois, selon deux personnes familières de ses activités commerciales. Mais tandis que se profilait la possibilité d’accusations fédérales à son encontre, la banque cessa sa relation client avec M. Epstein. La valeur exacte de ces comptes, au moment de leur fermeture, demeure trouble.

Dans le cas de Forester de Rothschild, elle a travaillé comme conseillère au Consortium de Microfinancement de la Deutsche Bank pendant plusieurs années, et elle est actuellement membre de la Société Alfred Herrhausen pour le Dialogue International [Alfred Herrhausen Gesellschaft für Internationalen Dialog] de la Deutsche Bank.

La même année où Forester de Rothschild fit les commentaires notés ci-dessus à Bill Clinton concernant Jeffrey Epstein, celui-ci assista à une autre levée de fonds des Clinton, tenue par Ron Perleman à son domicile personnel et hautement exclusive puisque la liste des invités ne comportait que 14 personnes.

L’évolution de la relation Epstein/Clinton

Même avant la rencontre de Forfester de Rothschild avec Clinton en 1995, Epstein était déjà un donateur reconnu des Clinton. Des annales obtenues par The Daily Beast ont révélé qu’Epstein avait donné $10 000 à l’Association Historique de la Maison Blanche, et assisté à une réception des donateurs de Clinton aux côtés de Ghislaine Maxwell aussi tôt qu’en 1993.

The Daily Beast suggère que l’ami de longue date de Bill Clinton du temps où il était lycéen, A. Paul Prosperi, fut l’entremetteur de cette relation précoce comme Prosperi avait une relation vieille de plusieurs dizaines d’années avec Epstein, ayant même visité Epstein au moins 20 fois quand celui-ci était en prison en 2008. Prosperi était intimement impliqué dans la levée de fonds en 1993 au bénéfice de l’Association Historique de la Maison Blanche mentionnée ci-dessus.

La relation entre Epstein et Clinton allait continuer bien après que Clinton ait quitté la présidence en 2001, un fait dorénavant bien documenté par les vols désormais notoires de Bill Clinton à bord du jet privé d’Epstein (récemment vendu) – souvent appelé le « Lolita Express ». Selon les carnets de vol, Clinton vola à bord du « Lolita Express » pas moins de 26 fois au début des années 2000. Pour certains de ces vols, Clinton était accompagné de son détachement de sécurité personnelle des Services Secrets, mais pas les autres fois.

Le vol sensiblement le plus notoire de Clinton à bord de l’avion privé d’Epstein était un long courrier vers l’, où l’acteur Kevin Spacey, qui a aussi été accusé d’avoir violé des mineurs ; Ghislaine Maxwell ; et Ron Burkle, un milliardaire ami de Clinton qui a été accusé d’avoir sollicité les services de « call-girls très-haut-de-gamme », étaient également à bord. Clinton demanda spécifiquement qu’Epstein rende son avion disponible pour le vol longtemps à l’avance, Doug Band servant d’intermédiaire. Le Président , lui aussi un ami d’Epstein, est réputé avoir volé à bord de l’avion mais n’apparaît qu’une seule fois dans les carnets de vol.

En plus des vols, une fondation gérée par Epstein fit don de $25 000 à la Fondation Clinton selon l’avis d’impôt de 2006 de l’ancienne œuvre caritative d’Epstein, la Fondation C.O.U.Q. Notablement les avocats d’Epstein, parmi lesquels Alan Dershowitz, ont affirmé en 2007 qu’Epstein avait « fait partie du groupe originel qui a conçu la Clinton Global Initiative, qui est décrite comme un projet ‘qui rassemble une communauté de dirigeants mondiaux pour concevoir et appliquer des solutions innovantes à certains des défis les plus pressants au monde.’ « 

Avant que les associations entre Epstein et la Maison Blanche sous Clinton au début des années 1990 soient rendues publiques, Ghislaine Maxwell était présumée être le pont reliant Epstein et la famille Clinton, à cause de sa proche relation avec la famille. Cependant, l’étroite relation entre Maxwell et les Clinton semble s’être développée au cours des années 2000, Politico rapportant qu’elle a commencé au départ de Clinton de la Maison Blanche. L’associé de Clinton Doug Band était aussi réputé proche de Maxwell, apparaissant parmi les invités d’une soirée exclusive qu’elle tint à sa résidence new-yorkaise en 2005. Maxwell devint par la suite extrêmement proche de Chelsea Clinton, prenant des vacances avec Chelsea en 2009 puis assistant à son mariage plus tard cette année-là. Maxwell a aussi été associée à la Clinton Global Initiative au moins jusqu’en 2013.

D’autres associés et fonctionnaires proches de Clinton au début des années 1990 ont aussi entretenu des relations notables avec Jeffrey Epstein, y compris Mark Middleton, qui fut assistant spécial du Chef de Cabinet de Clinton Mack McClarty à partir de 1993, et qui a rencontré Epstein au moins trois fois à la Maison Blanche pendant les années Clinton. De plus, la Ministre des Affaires Sociales de Clinton, Ann Stock, apparaît dans le « petit livre noir » de Jeffrey Epstein tout comme Doug Band, une fois décrit par le New York Magazine comme « le porteur de bagages de Bill Clinton, son garde du corps, son arrangeur, et son chien de garde à-tout-faire. » Band apparaît aussi plusieurs fois dans les carnets de vol de l’avion privé d’Epstein.

Epstein a aussi été étroitement associé avec Bill Richardson, ancien ambassadeur à l’ et ancien Ministre de l’Énergie sous Clinton ainsi qu’avec Larry Summers, Ministre du Trésor sous Clinton. Richardson et Summers siègent tous les deux au conseil de direction de l’entreprise du secteur de l’énergie Genie Energy, aux côtés du Directeur de la CIA sous Clinton, James Woolsey ; de l’associé de Roy Cohn et magnat des médias Rupert Murdoch ; du membre de Mega Group Michael Steinhardt ; et de Lord Jacob Rothschild. Genie Energy est une entreprise controversée principalement du fait de sa possession de droits exclusifs pour forer le Plateau du Golan occupé par « Israël » afin d’en extraire du pétrole. Bill Richardson possède également des liens avec Lynn Forester de Rothschild puisqu’elle siégeait au Conseil d’Orientation du Ministère de l’Énergie pendant que Richardson en était le Ministre.

Bill Richardson semble avoir été l’un des responsables de l’ère Clinton les plus proches de Jeffrey Epstein, ayant personnellement visité le ranch d’Epstein au Nouveau-, et reçu des donations d’Epstein à hauteur de $50 000 pour ses campagnes de 2002 et de 2006 au poste de Gouverneur. Richardson offrit le don d’Epstein à des œuvres de charité en 2006 quand les allégations concernant Epstein furent rendues publiques. Richardson a également été accusé, dans des documents judiciaires récemment rendus publics, de s’être engagé dans des relations sexuelles avec des victimes mineures d’Epstein, une allégation qu’il a niée.

Le scandale Jeffrey Epstein : post-mortem

En 1990, Danny Casolaro commença son enquête fatidique longue d’un an sur « la Pieuvre », une enquête qui ne fut pas étrangère à sa mort prématurée. Peu de temps après qu’il ait été trouvé sans vie dans la baignoire de la salle de bains d’une chambre d’hôtel, l’amie de Casolaro Lynn Knowles fut menacée et avertie comme suit : « ce sur quoi enquêtait Danny est un business… Tous ceux qui posent trop de questions finiront morts. »

Presque trente ans plus tard, cette même « Pieuvre » et son « business » demeurent près de nous et se sont lovées encore plus près des leviers de pouvoir – en particulier dans les mondes du gouvernement, de la finance et « du renseignement ».

Cette série d’investigation de MintPress s’est efforcée de démontrer la nature de ce réseau, et comment le monde de la « Pieuvre » est le même que celui au sein duquel Jeffrey Epstein et ses prédécesseurs – Craig Spence, Edwin Wilson et Roy Cohn parmi eux – ont opéré et duquel ils ont profité. C’est un monde où la seule chose qui compte est d’accumuler encore et toujours plus de richesse et de pouvoir, et de maintenir la combine active à tout prix.

Tandis que ce réseau a été capable d’assurer sa réussite par l’usage du chantage sexuel, souvent acquis par le biais de l’inconcevable exploitation sexuelle des enfants, il a également été une force motrice derrière de nombreux maux qui empoisonnent notre monde, allant beaucoup plus loin que le trafic humain et infantile. En effet, nombre des figures de ce même réseau sordide ont joué un rôle majeur dans le commerce illicite des drogues et des armes, l’expansion des prisons à but lucratif et les guerres incessantes qui ont pris des vies sans nombre tout autour du monde, tout en enrichissant nombre de ces mêmes individus.

Il n’y a pas de doute qu’un tel réseau est « trop gros pour couler ». Pourtant, couler il le doit – ou alors ce cycle long de plusieurs décennies d’abus, de meurtres et de fraude continuera sans frein, détruisant et prenant encore plus de vies dans le processus.

Source : Globalepresse / https://www.mintpressnews.com/genesis-jeffrey-epstein-bill-clinton-relationship/261455/

Whitney Webb est une journaliste de MintPress News basée au . elle a contribué à de nombreux médias indépendants comme Global Research, EcoWatch, le Ron Paul Institute et 21st Century Wire, entre autres. elle a fait de nombreuses apparitions à la radio et à la TV, et est la lauréate 2019 de la Award for Uncompromised Integrity in Journalism.

Première partie : https://meta.tv/cachees-a-la-vue-de-tous-les-origines-choquantes-de-laffaire-epstein/

Deuxième partie : https://meta.tv/gouverner-par-le-chantage-jeffrey-epstein-roy-cohn-le-mentor-de-trump-et-les-sombres-secrets-de-lere-reagan/

Troisième partie : https://meta.tv/mega-group-maxwell-et-mossad-lhistoire-despionnage-au-coeur-du-scandale-epstein/

Traduit par Lawrence Desforges

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