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Gouverner par le chantage : Jeffrey Epstein, Roy Cohn mentor de Trump et les sombres secrets de l’ère Reagan

Par Whitney Webb, le 25 juillet 2019

Épouvantable du point de vue de l’abus criminel d’enfants et de celui des implications glaçantes d’un gouvernement fonctionnant par le chantage, ce nœud enchevêtré d’alliances infâmes éclaire de manière sordide l’histoire des USA depuis l’époque de la Prohibition jusqu’à l’ère contemporaine de Trump.

, le milliardaire qui croupit désormais en prison [à la date d’écriture, le 25 juillet 2019, NdT] face à des accusations de trafic sexuel de mineurs, continue d’attirer l’attention médiatique dans les semaines suivant son arrestation, le 6 juillet 2019. La raison pour la persistance de cet intérêt médiatique réside partiellement dans les allégations de relations d’Epstein avec les services de renseignements, et dans de nouvelles informations sur la réelle étendue de l’opération de chantage sexuel qu’Epstein est soupçonné d’avoir dirigé pendant des décennies.

Comme MintPress l’a rapporté la semaine dernière, Epstein a été en mesure d’entretenir cette opération sordide pendant tant de temps parce qu’elle n’était que la dernière incarnation en date d’une opération beaucoup plus ancienne et plus étendue qui a commencé dans les années ’50, et peut-être même plus tôt.

Démarrant d’abord avec le baron de l’alcool lié à la Lewis Rosenstiel et continuant plus tard avec Roy Cohn, protégé de Rosenstiel et futur mentor de , l’opération d’Epstein n’est que l’une des opérations de chantage sexuel impliquant des enfants qui sont toutes liées au même réseau, qui comprend des éléments du crime organisé, des politiciens puissants de Washington, des lobbyistes et des « arrangeurs », ainsi que de clairs liens avec le milieu des renseignements et avec le .

Cet article, deuxième partie d’une série intitulée « Le : Trop Gros Pour Couler », se plongera dans les liens étroits de Cohn avec l’administration Reagan, qui était elle aussi liée de près au même réseau criminel organisé, dirigé par le notoire parrain Meyer Lansky qui fut évoqué dans la première partie. Le réseau « -Contra », un groupe de fonctionnaires de Reagan et d’associés qui ont joué un rôle central dans le des Contras pour l’, se révèle d’une importance particulière. Bien qu’il soit demeuré relativement inconnu pendant des années, de nombreuses figures du même réseau et de nombreuses façades de la complices dans l’escamotage d’argent destiné aux paramilitaires « Contras » d’Amérique Centrale trafiquaient également des enfants pour les exploiter sexuellement et les instrumentaliser dans des cercles criminels de chantage sexuel.

Plusieurs de ces cercles ont atteint les gros titres à un moment donné, au fil des ans – depuis le « cercle des ‘call-boys’  » tenu par le lobbyiste de Washington Craig Spence au cercle d’abus sexuels sur mineurs et de meurtres rituels de Franklin dirigé par l’agent d’influence du Parti Républicain Larry King, et au scandale qui enveloppa l’œuvre caritative Catholique « Covenant House » à la fin des années 1980.

Pourtant, comme ce rapport le démontrera, tous ces cercles – et d’autres – étaient connectés au même réseau qui impliquait des figures-clé de la Maison Blanche sous Reagan et qui étaient liés à Roy Cohn – révélant l’étendue réelle de ces sordides opérations de chantage sexuel et des cercles sexuels impliquant le trafic et l’exploitation d’enfants à l’intérieur des USA et même en Amérique Centrale, aux mains de pédocriminels dangereux et puissants des États-Unis.

Épouvantable du point de vue de l’abus criminel d’enfants et de celui des implications glaçantes d’un gouvernement fonctionnant par le chantage, ce nœud enchevêtré d’alliances infâmes éclaire de manière sordide l’histoire des USA depuis l’époque de la Prohibition jusqu’à l’ère contemporaine de Trump, un fait rendu de plus en plus limpide tandis que davantage d’informations émergent à la lumière en lien avec l’affaire Jeffrey Epstein.

« Roy pouvait arranger n’importe qui en ville »

Depuis que a débarqué sur la scène politique en 2015, l’héritage de son mentor Roy Cohn – tout comme l’influence de Cohn sur son célèbre protégé – a commencé à générer beaucoup d’attention médiatique. De nombreux profils établis sur Cohn, suite à l’essor politique de Trump, ne se sont focalisés que sur certains des sombres aspects de son histoire, en particulier son association avec des figures de premier plan du crime organisé new-yorkais, ses tractations véreuses et sa finale radiation du Barreau. Certains de ces profils sont même allés jusqu’à présenter Cohn comme ayant été impuissant sur le plan politique. Alors qu’il est connu que Cohn a traité avec une quantité considérable de vice au cours de sa vie, de telles descriptions de l’individu échouent à souligner le fait qu’il a créé une machine d’influence d’une puissance sans rivale, impliquant certaines des personnalités les plus en vue des médias et de la politique ainsi qu’une flopée de célébrités.

Cohn était étroitement associé à de nombreuses célébrités, à des politiciens et à des agents d’influence renommés. Nombre de ses fêtes d’anniversaire ont attiré des personnalités aussi célèbres que l’artiste Andy Warhol, le couturier Calvin Klein et l’acteur Joey Adams au fil des ans, ainsi que des personnalités politiques notables telles que l’ancien Maire de New York Abraham Beane et le parlementaire – à l’époque – de Brooklyn et futur Sénateur Chuck Schumer, entre autres. En 1979 Margaret Trudeau, mère de l’actuel Premier Ministre du Justin Trudeau, assista à la fête d’anniversaire de Cohn où, fait devenu notoire, elle renversa le gâteau d’anniversaire fait spécialement pour lui ; et bien entendu Donald Trump, qui est devenu le protégé de Cohn au milieu des années ’70, était régulièrement présent lors des soirées organisées en l’honneur de Cohn.

Il se dit des politiciens, des journalistes et des célébrités conviés aux fêtes exclusives de Cohn qu’ils « avaient ouvert un compte à la ‘banque des faveurs de Cohn’« , son propre sobriquet pour sa liste officieuse de services et de dettes politiques, indubitablement renseignée et modelée suite à son implication profonde dans des opérations de chantage sexuel depuis les années 1950 jusqu’aux années 1980.

Nombre des amitiés de Cohn parmi les célébrités s’entretenaient par sa relation avec, et ses fréquentes apparitions à la fameuse discothèque notoirement débauchée de New York « Studio 54 », que Vanity Fair décrivait comme « l’épicentre enivré de l’hédonisme des années ’70, une étuve de disco’ pleine de gens somptueux, de la cocaïne illimitée, et toutes les formes de sexe. » Cohn a été l’avocat de longue date des propriétaires du club, Steve Rubell et Ian Schrager.

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Steve Rubell, co-propriétaire du « Studio 54 » et Roy Cohn, à gauche, parlant aux journalistes à l’extérieur de la Cour Fédérale du District de New York, le 2 novembre 1979. Photo/AP

Barbara Walters figurait parmi les plus proches amis de Cohn, qui disait souvent d’elle en public qu’elle était sa « fiancée » et qu’il présenta plus tard au chef de l’US Information Agency Chad Wick, ainsi qu’à d’autres gros pontes de la Maison Blanche sous Reagan. Pourtant, Walters n’était qu’une seule des relations influentes de Cohn dans le monde médiatique, groupe qui comprenait aussi Abe Rosenthal, directeur exécutif du New York Times ; William Safire, longtemps chroniqueur au New York Times et contributeur au New York Magazine ; ainsi que George Solosky du New York Herald Tribune, et des chaînes télévisuelles NBC et ABC. Solosky était un ami particulièrement proche de Cohn ainsi que de l’ancien Directeur du J. Edgar Hoover, dont la complicité dans l’opération de chantage sexuel de Cohn est décrite dans la première partie de cette série d’investigation. Solosky a géré l’American Jewish League Against Communism [Ligue Juive Américaine contre le Communisme, NdT] pendant plusieurs années, l’organisation nommant plus tard sa Médaille d’Honneur après Solosky.

Cohn était aussi l’avocat et l’ami du magnat de la presse Rupert Murdoch et, selon New York Magazine, « à chaque fois que Roy voulait que s’arrête une histoire, qu’un élément soit rajouté ou qu’une histoire soit exploitée, Roy appelait Murdoch, » et, une fois que Murdoch ait acheté le New York Post, Cohn « maniait le journal comme si c’était son propre couteau. » Selon le défunt journaliste Robert Parry, l’amitié entre Murdoch et Cohn s’enclencha grâce à leur soutien mutuel envers « Israël ».

Cohn s’appuyait aussi beaucoup sur son ami d’enfance à l’école secondaire [« high school », NdT], Si Newhouse Jr., pour  exercer une influence médiatique. Newhouse supervisait l’empire médiatique qui comprend désormais Vanity Fair, Vogue, GQ, The New Yorker, et de nombreux autres journaux locaux à travers les États-Unis, ainsi que des parts majeures dans la télévision câblée. New York Magazine releva également que « Cohn usait de son influence au début des années ’80 pour s’arroger, ainsi que pour ses clients de la , des faveurs dans les publications de Newhouse. » En plus de Newhouse, les autres potes de lycée de Cohn, Generoso Pope Jr. et Richard Berlin, allaient devenir respectivement propriétaires du National Enquirer et de la Hearst Corporation. Et Cohn était aussi l’ami d’encore un autre magnat des médias, Mort Zuckerman, qui – de pair avec Rupert Murdoch – allait se lier d’amitié avec Jeffrey Epstein.

Les confidents médiatiques de Cohn, comme le journaliste William Buckley de The National Review et Firing Line, s’en prenaient souvent à ses ennemis politiques – en particulier Robert Morgenthau, qui fut Procureur du District de New York pendant très longtemps – dans leurs colonnes, se servant de Cohn comme « source anonyme ». Buckley, que l’historien George Nash avait appelé un jour « la voix proéminente du conservatisme américain et sa première grande figure œcuménique, » reçut la médaille George Solosky aux côtés du client mafieux et « Commandant Suprême » de Cohn Lewis Rosenstiel, de l’American Jewish League Against Communism, qui fut gérée par Cohn en 1966. Buckley bénéficia ensuite d’un prêt fortement avantageux de $65 000 pour s’acheter un yacht de luxe, venant d’une banque où Cohn avait de l’influence et dont Cohn avait sélectionné lui-même le président, selon un article de 1969 paru dans le magazine LIFE.

Buckley – de même que Barbara Walters, Alan Dershowitz et Donald Trump – allait servir plus tard de témoin de moralité pour Cohn au cours des auditions qui ont mené à sa radiation du Barreau en 1986 et tous, sauf Buckley, iraient susciter à nouveau la controverse à cause de leur relation avec Jeffrey Epstein.

Avec de telles connexions, il n’est pas surprenant que Stanley Friedman – un partenaire juridique de Cohn qui fut plus tard incarcéré dans une affaire de pots-de-vin et de corruption, alors qu’il était Maire-Adjoint de New York – ait dit à la journaliste Marie Brenner en 1980 que « Roy pouvait arranger n’importe qui en ville. »

Omniprésence politique et polygamie

La « banque de faveurs » de Roy Cohn et sa position unique en tant que lien entre le monde souterrain criminel, les riches et les puissants, et les influenceurs médiatiques les mieux placés faisaient de lui un adversaire redoutable. Pourtant, ce furent ses liens politiques avec des figures de la direction du Parti Républicain comme du Parti Démocrate ainsi que sa relation proche avec J. Edgar Hoover, entre autres individus, qui le rendirent lui, ainsi que son sombre secret « intouchables » pour la majeure partie de sa vie. Bien que la plus grande part de son influence politique ait été forgée dans les années ’50, Cohn devint encore plus puissant avec l’essor de Ronald Reagan.

Bien qu’il ait officiellement conservé son affiliation au Parti Démocrate tout au long de sa vie, Cohn était un « arrangeur » réputé pour les candidats républicains et ceci était clairement visible au travers du rôle démesuré qu’il endossa, pendant les campagnes présidentielles de Ronald Reagan en 1976 et en 1980. C’est pendant cette dernière que Cohn allait rencontrer un autre de ses protégés, Roger Stone, à qui il a notoirement ordonné de laisser une grosse somme d’argent dans une valise, sur le palier du QG du Parti Libéral pendant la campagne de 1980. Au cours de celle-ci, Cohn allait aussi rencontrer Paul Manafort – un associé de Stone et plus tard le directeur de campagne de Trump en 2016 – et les présenter tous les deux à Donald Trump.

Le partenaire de Cohn dans sa firme, Tom Bolan, a lui aussi pesé de son influence dans la campagne de Reagan, pour plus tard diriger l’équipe de transition de Reagan en 1980. Reagan nomma alors Bolan, qu’il considérait comme un ami, directeur de l’Overseas Private Investment Corporation, l’institution financière du gouvernement pour le développement, et il fut également le directeur financier adjoint des campagnes de Reagan à New York en 1980 puis en 1984. Bolan était aussi proche d’autres membres du cercle de Cohn, tels William F. Buckley Jr., Donald Trump et Rupert Murdoch.

En outre, Bolan a contribué à garantir des postes à la Magistrature Fédérale pour plusieurs individus qui deviendraient plus tard des personnalités d’influence dont Louis Freeh, futur Directeur du FBI. Cohn fut également capable d’obtenir la nomination d’amis de clients à des postes de Juges Fédéraux, y compris la sœur de Donald Trump, Maryanne Trump Barry. Après que Barry ait été nommée Juge fédéral, Trump appella Cohn pour le remercier d’avoir tiré des ficelles pour le compte de sa sœur.

Bien que Cohn  n’ait pas tenu de position publique dans l’administration Reagan, il n’était pas qu’un simple « magouilleur » opérant dans l’ombre pendant les campagnes de celui-ci. En fait, il travaillait étroitement avec certaines personnes plus visibles dans la campagne, comme le directeur des communications de la campagne Reagan de 1980 et plus tard Directeur de la , William Casey. Selon Christine Seymour – longtemps standardiste de Cohn, de la fin des années ’60 jusqu’à sa mort en 1986 et qui écoutait ses conversations – Casey et Cohn étaient des amis proches et, au cours de la campagne de 1980, Casey « appelait Roy presque tous les jours. »

Seymour remarqua aussi que l’une des plus fréquentes appelantes au téléphone était Nancy Reagan, l’une des plus proches amies de Cohn et dans le même temps l’une de ses clientes. Reagan, dont l’influence sur son mari était bien connue, était si proche de Cohn que ce fut surtout sa mort due au SIDA qui l’amena à « encourager son mari à chercher davantage de financements pour la recherche sur le SIDA. »

Avant la mort de Cohn, Nancy et son mari Ronald assurèrent son inscription dans un programme expérimental exclusif de thérapie contre le SIDA, en dépit de la « non-réponse » bien documentée de l’administration Reagan en ces temps-là, face à la crise du SIDA. Ronald Reagan était aussi un ami de Cohn et, selon le défunt journaliste Robert Parry, il « inondait Cohn de faveurs, y compris d’invitations aux événements de la Maison Blanche, de notes personnelles de remerciement et de cadeaux d’anniversaire » au cours de sa présidence.

Étant donné que Reagan a lourdement courtisé la droite évangélique et fait la promotion des « valeurs familiales » en tant que président, les liens proches que non seulement lui-même, mais son propre cercle proche ont entretenu avec Cohn peuvent sembler étranges. Cependant Reagan, comme Cohn, avait des liens profonds avec les mêmes groupuscules de crime organisé comptant parmi les clients de Cohn, affiliés aux mêmes pontes de la Mafia proches du mentor de Cohn lui-même, Lewis Rosenstiel (voir la première partie).

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Ronald Reagan, au centre, avec A.C. Lyles et Lew Wasserman, à droite. Photo/A.C. Lyles

D’une façon assez semblable à Cohn, le propre mentor de Reagan, Lew Wasserman, avait des connexions dans la Mafia. Wasserman, longtemps président de MCA et magnat réputé d’Hollywood, est connu non seulement pour avoir fabriqué la carrière cinématographique et télévisuelle de Reagan, mais aussi pour avoir soutenu son élan pour devenir président de la Screen Actors Guild [Syndicat des acteurs à l’écran, NdT], ce qui lança la carrière politique de Reagan. De plus, MCA a été un contributeur financier majeur de sa candidature couronnée de succès au poste de Gouverneur en 1966 et, peu de temps après que Reagan soit devenu président, son administration mit de façon très controversée un terme à une vaste enquête du Ministère de la US (DOJ, Department of ) sur les liens de MCA avec le crime organisé.

Selon Shawn Swords, un réalisateur de documentaires qui a exploré les liens de Reagan avec MCA dans Wages of Spin II: Bring Down the Wall [« salaires de propagande 2 : abattez ce mur », NdT] :

Ronald Reagan était un opportuniste. Toute sa carrière a été pilotée par MCA – par Wasserman et [le fondateur de MCA] Jules Stein, qui se vantait que Reagan était malléable, qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient de lui… Ce truc à propos de Reagan étant dur avec le crime [organisé] – c’est un bobard.

La description de cette relation par Swords est corroborée par une source anonyme d’Hollywood citée dans un document déclassifié du DOJ, qui dit de Reagan qu’il était « un esclave total de MCA, qui obéissait à tous leurs ordres. »

Quels éléments du crime organisé étaient connectés à Wasserman ? Jeune homme, Lew Wasserman avait rejoint le Mayfield Road Gang qui était dirigé par Moe Dalitz, un ami proche de Meyer Lansky qui, selon le FBI, était une figure puissante de l’entreprise criminelle de Lansky, secon derrière lui dans la hiérarchie des membres de la Mafia juive.

Lew Wasserman épouserait plus tard Edith Beckerman, dont le père était l’avocat de Dalitz. L’ami le plus proche de Wasserman et son avocat, Sidney Korshak, était lui aussi proche de Dalitz et était entré en partenariat avec Lansky, à l’Acapulco Towers Hotel. Notablement, le magazine New West affirmait en 1976 que Korshak était « l’héritier logique de Meyer Lansky« . Korshak, en tant qu’avocat, occupait une niche similaire à Cohn et avait acquis la réputation d’être un pont entre le crime organisé et la société respectable.

De plus, l’enquête du DOJ sur MCA qui fut étouffée par l’administration Reagan avait apparemment été initiée après que le DOJ ait appris qu’un membre influent de la famille criminelle Gambino, Salvatore Pisello, faisait des affaires avec l’énorme entreprise de divertissement. À l’époque, le patron de la famille Gambino, Paul Castellano, était un client de Roy Cohn.

Cohn, Murdoch et les Contras

Bien que l’influence de Cohn dans l’administration Reagan et son amitié avec la famille Reagan ainsi que leur cercle intime soit des faits connus, la façon dont Cohn a concouru aux efforts secrets de propagande de la CIA, dans le cadre du scandale des « -Contra » l’est moins.

Cohn, dont l’influence sur la presse a déjà été détaillée, avait forgé d’étroits liens avec le Directeur de l’US Information Agency, Chad Wick, tenant même un déjeuner en l’honneur de Wick auquel assistèrent des personnalités influentes de la presse conservatrice ainsi que des sénateurs et des députés. Peu de temps après, le Directeur de la CIA de l’époque et ami de Cohn, William Casey, menait une campagne de relations publiques intensive conçue pour apporter du soutien aux politiques sud-américaines de Reagan, comprenant un soutien en faveur des paramilitaires Contra.

Cet effort de propagande domestique était techniquement illégal, et requérait que la CIA sous-traite la tâche au secteur privé dans le but de minimiser les risques d’exposition. Comme Robert Parry le rapporta en 2015, Wick prit la tête des efforts de financement privé de cette entreprise et, quelques jours seulement après que Wick ait promis de trouver un soutien privé Cohn apporta son ami proche, le magnat des médias Rupert Murdoch, à la Maison Blanche.

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Reagan en réunion avec Rupert Murdoch, le Directeur de l’US Information Agency Chad Wick et Roy Cohn, dans le Bureau Ovale en 1983. Photo/Reagan presidential library

Parry releva aussi qu’après cette réunion, « des documents rendus publics pendant le déroulement du scandale Iran-Contra en 1987 et plus tard à partir de la Bibliothèque Reagan indiquent que Murdoch a vite été vu comme une source de financement privé » pour la campagne de propagande.

Après cette rencontre initiale, Murdoch devint le plus grand allié médiatique de cet effort de propagande dirigé par Casey, et devint également de plus en plus proche de la Maison Blanche à l’ère Reagan. Murdoch, par conséquent, bénéficia immensément des politiques de Reagan et de son amitié avec l’admininstration, qui lui permit d’augmenter ses acquisitions dans les médias US et de créer la Fox Broadcasting Corporation en 1987.

« L’homme en smoking noir »

Roy Cohn n’était pas le seul, à être proche de l’administration Reagan tout en dirigeant des opérations de chantage sexuel abusant et exploitant des enfants. En fait il y en avait plusieurs, qui partageaient tous des liens directs avec le Directeur de la CIA William Casey et d’autres proches amis et confidents de Cohn.

Un de ces individus était Robert Keith Gray, ancien directeur du conseil d’administration et PDG de la firme puissante de relations publiques basée à Washington Hill and Knowlton, que le magazine télévisé 60 Minutes avait appelé « un gouvernement non-élu de l’ombre » à cause de son influence dans la capitale. Selon le Washington Post, Gray lui-même était « l’un des lobbyistes les plus courus de Washington » et un reporter du Post l’a décrit comme « une espèce de légende en ville, … l’homme en smoking noir, aux cheveux blancs comme la neige et au sourire comme un diamant. »

Pourtant, Gray était beaucoup plus qu’un cadre des relations publiques puissant.

Gray, qui avait naguère été proche conseiller de Dwight D. Eisenhower et de Richard Nixon, était un leveur de fonds très efficace pour les Républicains qui « collecte l’argent par lots à six chiffres », selon un article paru en 1974 dans The Washingtonian. Il entra pour la première fois en contact étroit avec ce qui allait devenir le cercle intime de Ronald Reagan pendant la campagne présidentielle de Reagan en 1976 qui échoua, et plus tard comme directeur adjoint des communications durant la campagne de Reagan en 1980. Ce deuxième poste le verrait travailler directement sous William Casey, qui devint ultérieurement Directeur de la CIA.

Gray irait co-diriger le Comité d’Inauguration de Reagan et retournerait ensuite dans le milieu des relations publiques, travaillant pour de nombreux clients dont le trafiquant d’armes saoudien Adnan Khashoggi et le gestionnaire de fonds spéculatif Marc Rich. Khashoggi et Rich seront tous deux évoqués dans de plus amples détails dans la troisième partie de cette enquête – particulièrement Rich, qui était un agent des services de renseignement du et dont l’amnistie criminelle, accordée plus tard par Bill Clinton, fut grandement orchestrée par des membres du groupe Mega comme Michael Steinhardt, et des politiciens « israéliens » comme Ehoud Barak.

Le lien entre Gray et Casey est particulièrement éloquent, comme il fut révélé plus tard par l’ancien sénateur de l’État du Nebraska devenu détective John DeCamp que Gray était un spécialiste des opérations de chantage homosexuel pour la CIA, et qu’il fut rapporté qu’il avait collaboré avec Roy Cohn dans ces activités. Cohn et Gray se connaissaient sans doute, puisque pendant la campagne présidentielle de Reagan en 1980 Casey – alors le patron de Gray – appelait Roy Cohn « tous les jours », selon l’ancienne standardiste de Cohn, Christine Seymour.

Gray était un associé connu de l’agent de la CIA et officier des renseignements de la Navy Edwin Wilson, ayant siégé dans les années 1970 au conseil d’administration de Consultants International, une organisation fondée par Wilson et utilisée comme façade pour la CIA. Bien que Gray ait tenté de prendre ses distances avec Wilson, après que celui-ci ait été attrapé en train de vendre illégalement des armes à la en 1983, une revue de la carrière de Wilson par la Navy débusquée par le journaliste Peter Maas affirmait que Gray avait décrit Wilson comme un homme d’une « confiance sans réserve », et que Gray et Wilson avaient été en contact professionnel « deux ou trois fois par mois » aussi tôt qu’en 1963.

La spécialité principale de Wilson était de mettre en place des fausses compagnies utilisées pour transporter clandestinement des biens pour le compte des renseignements US, mais il gérait aussi des opérations de chantage sexuel pour la CIA, en particulier à l’époque du scandale du Watergate selon son ancien partenaire et collègue de travail à la CIA, Frank Terpil.

Terpil expliqua plus tard à l’auteur et journaliste d’investigation Jim Hougan :

Historiquement, l’une des tâches de Wilson à l’Agence était de subvertir des membres des deux Chambres [du Congrès] par tous les moyens nécessaires… Certaines personnes pouvaient facilement être cooptées en vivant leur fantasmes sexuels dans le monde réel… Un souvenir de ces occasions [était] conservé après enregistrement via des caméras sélectionnées… Les techniciens qui s’occupaient de filmer… [étaient] de la TSD [Technical Services Division, division des services techniques de la CIA, NdT]. Les stars du porno’ à leur insu progressaient dans leurs carrières politiques, dont [certains] sont peut-être toujours en poste.

Selon Terpil, Wilson gérait son opération depuis le George Town Club, qui appartenait au lobbyiste et agent des renseignements coréens Tongsun Park. Selon le Washington Post, Park avait installé le club pour le compte de l’Agence Centrale de Renseignements Coréenne « comme outil de premier ordre dans un effort illégal d’influencer les politiciens et les responsables US. » Le président du George Town Club, à l’époque des activités présumées de Wilson sur place, était Robert Keith Gray.

DeCamp rapporta plus tard que les activités de Wilson étaient un rejeton de la même opération de chantage sexuel dans laquelle Cohn était impliqué pendant l’ère McCarthy avec Lewis Rosenstiel et J. Edgar Hoover.

Le Père Ritter et ses jeunes préférés

L’opération qui aurait été tenue par Gray et Wilson n’était pas la seule opération de chantage sexuel en lien avec le réseau de Cohn ou avec des politiciens US influents de l’époque. Un autre réseau pédophile connecté à un proche associé de l’ancien président George H.W. Bush au début des années 1990 était géré en tant qu’organisme affilié à l’œuvre caritative Catholique Covenant House, qui avait été fondée et gérée par le Père Bruce Ritter.

En 1968, Ritter demanda à son supérieur –  le Cardinal Francis Spellman de l’Archidiocèse de New York – pour la permission d’inviter des adolescents, filles et garçons, à son domicile de Manhattan. Comme déjà relevé dans la première partie de cette série, Spellman a été accusé de pédocriminalité et a ordonné prêtres des pédocriminels connus, tout en officiant au plus haut rang de l’Église Catholique des États-Unis. Spellman était lui aussi un proche associé, client et ami de Roy Cohn tout comme son partenaire juridique Tom Bolan, et Spellman fut soupçonné d’avoir assisté au moins à une des « fêtes de chantage » de Cohn. De plus le neveu de Spellman, Ned Spellman, travailla pour Roy Cohn selon le magazine LIFE.

Ritter, comme Spellman et d’autres prêtres officiant sous Spellman, fut bientôt accusé d’avoir des relations sexuelles avec beaucoup de garçons mineurs qu’il avait recueillis, et d’avoir utilisé les fonds de Covenant House pour offrir des cadeaux somptueux et de l’argent aux garçons vulnérables qu’il exploitait.

L’une des victimes de Ritter, Darryl Bassile, lui écrivit une lettre ouverte un an après que la presse ait dévoilé la prédation du prêtre sur les jeuns garçons : « vous aviez tort d’infliger vos désirs à un garçon de 14 ans… je sais qu’un jour vous vous tiendrez devant celui qui nous juge tous et à ce moment-là il n’y aura plus de déni, seulement la vérité. »

Notablement, alors que les activités de Ritter à Covenant House avaient été dévoilées en 1989 par le New York Post, Charles M. Sennott, l’auteur de l’histoire au Post, déclarera plus tard que « ce fut davantage les autorités laïques qui le protégèrent, que l’Archidiocèse ou les Franciscains. » L’article de Sennott fut violemment attaqué par des chroniqueurs issus d’autres officines médiatiques de New York, de puissants hommes politiques dont le Gouverneur de l’État de New York à l’époque Mario Cuomo, ainsi que par le successeur du Cardinal Spellman, le Cardinal John O’Connor.

La raison pour laquelle ces « autorités laïques » se sont ruées au secours de Ritter en détresse, qui ne fut jamais accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec des mineurs et fut seulement contraint de démissionner de son poste, c’est que Covenant House et Ritter lui-même étaient profondément liés à Robert Macauley, le camarade de chambre de Bush Sr. à Yale et ami de longue date de la famille Bush. Macauley était décrit par le New York Times comme « contributeur » aux appels de fonds de Covenant House, après qu’il ait rejoint son conseil de direction en 1985 et qu’il y ait apporté « de nombreuses personnes riches ou bien placées », y compris des anciens responsables du gouvernement et des banquiers d’investissement.

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George et Barbara Bush rencontrent des résidents à la « Convent House » de New York, le 22 juin 1989. Le Père Bruce Ritter est assis à l’arrière-plan. Photo Rick Bowmen/AP

L’organisation de Macauley, la Fondation AmeriCares, qui fut plus tard accusée d’avoir alimenté en argent les Contras d’Amérique Centrale, était l’une des principales sources de financement de Covenant House. L’un des membres du conseil de direction d’AmeriCares était William E. Simon, ancien Ministre US du Trésor pendant les administrations Nixon et Ford, qui gérait aussi la Nicaraguan Freedom Fund et envoyait de l’aide aux Contras.

AmeriCares était aussi réputée pour avoir travaillé directement avec les services de renseignement US. Comme notait le Hartford Courant en 1991 : « d’anciens responsables fédéraux compétents, nombre d’entre eux dotés d’expérience dans le domaine des renseignements, aident AmeriCares à manœuvrer dans des environnements politiques internationaux délicats. »

En outre, il est connu que Ritter s’est rendu dans la propriété de Macauley dans le Connecticut et qu’il officia comme Vice-Président d’AmeriCares, jusqu’à ce qu’il soit contraint de démissionner de Covenant House. Notablement, le frère de George H.W. Bush, Prescott, siégeait lui aussi au conseil de direction d’AmeriCares. Après que George H.W. Bush ait rendu l’âme l’année dernière, AmeriCares déclara qu’il avait été « décisif dans la fondation de l’organisation, vouée au secours sanitaire et au développement. »

Des années avant que Ritter soit dévoilé comme pédocriminel prédateur des adolescents défavorisés et vulnérables cherchant refuge auprès de son œuvre caritative, Covenant House reçut des louanges appuyées de la part du Président Ronald Reagan, engrangeant même une mention lors du discours du Président sur l’État de l’Union en 1984 qui citait Ritter comme l’un des « héros inconnus » du pays. De 1985 à 1989, le budget opératoire de Covenant House a augmenté de $27 millions à $90 millions et son conseil de direction accueillit des individus puissants, comprenant des cadres de haut niveau de chez IBM, la Chase Manhattan Bank et la banque d’investissement Bear Stearns.

C’est alors que Covenant House se déploya pour devenir une organisation internationale, ouvrant des franchises dans de nombreux pays y compris le , le et ailleurs en Amérique Centrale. Sa première branche locale en Amérique Centrale fut ouverte au Guatemala et dirigée par Roberto Alejos Arzu, un agent de la CIA dont la plantation a servi de terrain d’entraînement pour les troupes utilisées dans l’invasion ratée de la CIA de la « Baie des Cochons », à Cuba. Alejos Arzu était aussi un associé du dictateur naguère appuyé par les USA du Nicaragua, Anastasio Somoza, et membre de l’Ordre des Chevaliers de Malte, un ordre Catholique auquel appartenaient aussi l’ancien directeur de la CIA William Casey ainsi que le partenaire juridique de Roy Cohn, Tom Bolan. Alejos Arzu travailla également pour AmeriCares, et il était lié à plusieurs groupes paramilitaires d’Amérique centrale.

Des sources issues de la communauté des services de renseignements citées par DeCamp affirment que la branche de Covenant House dirigée par Alejos Arzu procurait des enfants à un cercle pédocriminel basé aux États-Unis. Des années plus tard, Mi Casa, une autre œuvre caritative dirigée depuis les USA au Guatemala que George H.W. Bush avait visitée personnellement avec sa femme Barbara en 1994, fut accusée de pédocriminalité débridée et d’abus sur les enfants.

La chute du « Jay Gatsby » de Washington

Après avoir quitté son travail de correspondant pour ABC News dans les années 1980, Craig Spence trouva le succès comme lobbyiste de premier plan à Washington. Spence allait bientôt voir sa bonne fortune s’altérer de façon dramatique quand, en juin 1989, il fut révélé qu’il avait prostitué des enfants pour les élites puissantes de la capitale nationale à travers les années ’80, dans des appartements truffés de matériel d’enregistrement audio et . À l’instar de Jeffrey Epstein, qui gérait une opération similaire, Spence avait souvent été comparé à Jay Gatsby, le personnage mystérieux et richissime du roman célèbre de Francis Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique.

Un article du New York Times de 1982 sur Spence affirmait que « son répertoire téléphonique personnel et ses listes de convives constituent un « Who’s Who » du Congrès, du Gouvernement et du journalisme », et déclarait que Spence était « engagé par ses clients autant pour qui il connaît que ce qu’il connaît. » Spence était lui aussi connu pour tenir des fêtes somptueuses, que le Times décrivait  comme « pailletées de notables, d’ambassadeurs à des vedettes de la télévision, de sénateurs à des hauts fonctionnaires du State Department [Ministère des Affaires Étrangères US, NdT]. » Roy Cohn, William Casey et l’ami journaliste de Roy Cohn William Safire n’étaient que des invités parmi d’autres, aux fêtes de Spence.

Craig Spence Kansas City GOP Convention 1976
Craig Spence à la Convention du Parti Républicain à Kansas City, en 1976

« Selon M. Spence, » continue l’article du Times, « Richard Nixon est un ami. Ainsi que [l’ancien Mininstre de la sous Nixon] John Mitchell. [le journaliste de CBS] Eric Sevareid est définit comme un ‘cher, vieil ami’. Le Sénateur John Glenn est un ‘bon ami’ et Peter UStinov [acteur britannique et journaliste] est un vieil, vieil ami’. » Notablement, Ustinov écrivit pour le journal The European peu de temps après sa fondation en 1990 par Robert Maxwell, qui était un agent du connu et le père de la rabatteuse présumée d’Epstein, Ghislaine Maxwell .

Juste sept ans après la publication par le Times du profil élogieux de Spence, il fut révélé que ses « fêtes pailletées pour des responsables importants des administrations Bush et Reagan, des stars médiatiques et des officiers militaires haut-gradés » avaient été piégées avec des micros afin de « compromettre les invités ». Selon le rapport explosif publié par le Washington Times, Spence était lié à un « cercle de prostitution homosexuelle » dont les clients comprenaient des « responsables gouvernementaux, des officiers militaires basés localement, des avocats, des banquiers, des assistants parlementaires, des représentants médiatiques et d’autres professionnels. » Spence offrait également de la cocaïne à ses invités comme moyen supplémentaire pour les faire chanter.

Selon le rapport, la maison de Spence « était truffée de micros et contenait un miroir sans tain secret, et… il essayait de piéger les visiteurs dans des interactions sexuelles compromettantes qu’il pouvait par la suite employer comme levier de chantage. » Un homme qui parla au Washington Times affirma que Spence avait envoyé une limousine jusqu’à sa maison qui l’avait convoyé à une soirée où « plusieurs jeunes hommes ont essayé de faire ami-ami avec lui. » Selon DeCamp, Spence était réputé pour offrir de jeunes enfants à ses convives pour être abusés sexuellement lors de ses fêtes de chantage, en plus de illégales comme la cocaïne.

De nombreuses autres sources, y compris un fonctionnaire de la Maison Blanche sous Reagan et un sergent de l’US Air Force qui avaient assisté à des soirées tenues par Spence, confirmèrent que la maison de Spence était truffée de matériel d’enregistrement qu’il utilisait souvent pour espionner ses invités et les enregistrer, et que sa maison contenait également un miroir sans tain qu’il utilisait pour espionner les conversations.

Le rapport documentait aussi les connexions de Spence aux services de renseignements US, en particulier la CIA. Selon le rapport du Washington Times, Spence « se vantait souvent qu’il travaillait pour la CIA, et à une occasion il affirma qu’il allait disparaître pendant quelque temps ‘parce qu’il était chargé d’une mission importante pour la CIA’. » Il était aussi assez paranoïaque à propos de son travail présumé pour l’Agence, comme il exprimait l’inquiétude que « la CIA pourrait ‘le doubler’, puis le tuer pour faire croire à un suicide. » Peu de temps après que le rapport du Washington Times sur ses activités soit publié, Spence fut retrouvé mort au Ritz Carlton de Boston et son décès fut promptement attribué à un suicide.

Le rapport du Washington Times offre également un indice à propos de ce que Spence a pu faire pour le compte de la CIA, puisqu’il cite des sources ayant déclaré que Spence avait parlé de contrebande de cocaïne aux USA depuis le Salvador, une opération qui, selon lui, avait impliqué du personnel militaire US. Étant donnée la période où Spence a fait ces remarques, ses relations puissantes et l’implication de la CIA dans l’échange de cocaïne pour de l’armement dans le cadre du scandale « Iran-Contra », ses commentaires ont très bien pu être beaucoup plus que de simples vantardises, conçues pour impressionner ses invités.

L’un des éléménts les plus critiques du scandale entourant Spence, toutefois, réside en ce qu’il était en mesure d’entrer à la Maison Blanche tard le soir, pendant la présidence de George H.W. Bush, en compagnie de jeunes hommes que le Washington Times décrivit comme étant des « call-boys ».

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Une du Washington Times, 29 juin 1989 : « une enquête sur la prostitution homosexuelle piège des élites, dont Reagan et Bush – des ‘call-boys’ faisaient des visites de nuit à la Maison Blanche »

Spence déclara plus tard que ses contacts à l’intérieur de la Maison Blanche, qui lui ouvraient les portes en compagnie de ses « call-boys » étaient des fonctionnaires « de haut rang », en nommant spécifiquement le Conseiller à la Sécurité Nationale de George H.W. Bush à l’époque, Donald Gregg. Gregg avait travaillé à la CIA depuis 1951, avant de démissionner en 1982 pour devenir Conseiller à la Sécurité Nationale de Bush qui était alors Vice-Président. Avant de quitter son poste à la CIA, Gregg avait travaillé sous l’autorité directe de William Casey et, vers la fin des années 1970 aux côtés d’un jeune William Barr, il avait obstrué les Comités Parlementaires Pike et Church, qui s’étaient mis à enquêter sur la CIA dès 1975. Parmi les éléments qu’ils ont dû examiner figuraient les « pièges à miel » de la CIA, c’est-à-dire des opérations de chantage sexuel utilisées pour attirer des diplomates étrangers à l’intérieur d’appartements piégés avec du matériel d’enregistrement et des miroirs sans tain.

Barr allait devenir le Ministre de la Justice de Bush, accédant de nouveau à ce poste sous Donald Trump. De plus, le père de Barr travaillait pour le précurseur de la CIA, l’Office of Strategic Studies (OSS), et recruta Jeffrey Epstein alors qu’il était encore tout jeune et qu’il avait quitté l’école pour enseigner à l’élitiste Dalton School, d’où il se fit ultérieurement virer. Une année avant d’engager Epstein, Donald Barr publia un roman de science-fiction sur l’esclavage sexuel. Notablement, cette même année du recrutement d’Epstein, son fils travaillait à la CIA. Bill Barr a rejeté des appels à se récuser concernant l’affaire Epstein, bien qu’il ait travaillé dans la firme d’avocats qui avait défendu Epstein par le passé.

Donald Gregg est aussi relié à la « machine à influence » de Roy Cohn à travers le mariage de sa fille à Christopher Buckley, le fils du journaliste conservateur William Buckley, proche confident et ami de Roy Cohn et du partenaire juridique de Cohn, Tom Bolan.

Les rapports du Washington Times à propos du cercle sexuel pédocriminel de Spence révèlent aussi des liens proches avec nul autre que l’omniprésent Roy Cohn. L’une des sources du Times pour sa première histoire à propos du scandale alléguait qu’il avait assisté à une fête d’anniversaire en l’honneur de Roy Cohn que Spence avait tenue chez lui, et que le Directeur de la CIA William Casey était également présent. Le rapport dit aussi que Spence se vantait souvent de ses relations sociales et qu’il mentionnait régulièrement Roy Cohn, affirmant avoir hébergé Cohn dans sa maison en d’autres occasions que la fête d’anniversaire précédemment citée.

« Des corps par Dieu »

La révélation du « cercle de call-boys » de Spence mena bientôt à la découverte du scandale notoire d’abus sexuels et de meurtres rituels de Franklin. Cette opération sordide fut gérée à partir d’Omaha au Nebraska par Larry King, un activiste républicain de premier plan et lobbyiste qui a dirigé la Franklin Community Federal Credit Union [caisse de crédit fédéral de la communauté de Franklin, NdT] jusqu’à sa fermeture par les autorités fédérales.

Enterrée dans un article de mai 1989 de l’enquête de l’Omaha World Herald sur la caisse de crédit de King et son cercle sexuel se trouve une révélation éloquente : « dans les six à douze mois qui ont suivi la fermeture à Franklin par les autorités fédérales, des rumeurs ont persisté que de l’argent provenant de la banque trouvait étrangement le chemin jusqu’aux rebelles ‘contras’ du Nicaragua. »

La possibilité que la caisse de crédit frauduleuse de King ait secrètement financé les Contras fut appuyée par un reportage ultérieurement réalisé par Pete Brewton du Houston Post qui découvrit que la CIA, en lien avec le crime organisé, avait secrètement emprunté de l’argent à diverses institutions de crédit et de prêts [« Savings and Loans, S&L, NdT] pour financer des opérations secrètes. L’une d’entre elles avait Neil Bush, fils de George H.W. Bush dans son conseil de direction, et elle avait fait des affaires avec l’organisation de King.

Un autre lien entre King et l’équipe Iran-Contra se trouve dans le fait que King avait été co-fondateur d’une organisation affiliée à l’administration Reagan à laquelle il fit par la suite un don de plus de $25 000, Citizens for America, qui sponsorisait des voyages de conférences pour le Lieutenant-Colonel Oliver North et des chefs Contras. Le directeur de Citizens for America à l’époque était David Carmen, qui gérait simultanément une firme de relations publiques avec l’ancien chef des opérations secrètes à la CIA sous Casey, son propre père Gerald qui avait en outre été nommé par Reagan pour prendre la tête de l’Administration Générale des Services, et plus tard encore au poste d’Ambassadeur.

L’un des journalistes d’investigation ayant étudié le cercle sexuel de Craig Spence annonça plus tard à DeCamp que celui-ci était connecté à King :

La façon dont nous avons découvert Larry King et son cercle de call-boys au Nebraska, c’est en épluchant les reçus de carte de crédit de Spence, où nous avons trouvé le nom de King.

Il fut révélé plus tard que King et Spence étaient comme des partenaires professionnels, puisque leurs cercles de trafic d’enfants étaient gérés sous l’autorité d’un groupe plus vaste dénommé « Bodies by God » [« des corps par Dieu », NdT].

Le nombre exact de groupuscules ayant opéré sous l’autorité de ce groupement plus vaste, « Bodies by God », est inconnu. Pourtant, il est avéré que ces cercles gérés par King et Spence étaient reliés les uns aux autres, et que les deux l’étaient également avec des responsables haut placés de l’administraion Reagan puis de celle de George H.W. Bush, y compris des fonctionnaires connectés à la CIA ainsi que Roy Cohn avec son propre réseau.

En effet Spence, seulement quelques mois avant son suicide présumé au Ritz Carlton de Boston, avait insinué aux reporters Michael Hedges et Jerry Seper du Washington Times, qui avaient publié l’histoire à l’origine, qu’ils n’avaient fait que gratter la surface de quelque chose de beaucoup plus sombre :

Tous ces trucs que vous avez exposés [comprenant les call-boys, la et les petits tours à la Maison
Blanche], pour être honnête avec vous, ce n’est rien comparé à d’autres choses que j’ai faites. Mais je ne vais pas vous dire ces trucs, et quoi qu’il en soit le monde continuera de tourner.

Il est important de relever le rôle joué par le FBI dans tout ceci, particulièrement dans l’affaire du scandale d’abus sexuels de Franklin. En effet, le cercle d’abus sexuels de Larry King a été étouffé très rapidement et agressivement par le FBI, qui employa une gamme de tactiques pas très nettes pour enterrer la réalité sordide de l’opération de King. Ici, il faut rappeler le rôle-clé joué par l’ancien Directeur du FBI J. Edgar Hoover dans des opérations de chantage sexuel abusant des enfants (voir la première partie) et la relation proche entre Hoover, Roy Cohn et Lewis Rosenstiel, qui embaucha plus tard l’ancien bras droit de Hoover au FBI, Louis Nichols.

Des années après, des documents rendus publics par le FBI allaient démontrer qu’Epstein était devenu indic’ pour le FBI en 2008, quand Robert Mueller était le directeur du Bureau, en échange de l’immunité contre les charges fédérales qui pesaient alors sur lui, un accord qui ne prospéra pas puisqu’Epstein fut arrêté récemment sur de nouvelles charges. De plus, l’ancien Directeur du FBI Louis Freeh allait bientôt être embauché par Alan Dershowitz, qui est accusé de violer des filles dans les résidences d’Epstein et fut à une occasion témoin de moralité pour Roy Cohn, afin d’intimider les victimes d’Epstein. Comme il a déjà été mentionné, la nomination par le passé de Freeh au poste de Juge à la Cour de District du District-Sud de l’État de New York avait été facilitée par le partenaire juridique de Cohn, Tom Bolan.

Ainsi, l’étouffement par le FBI de l’affaire Franklin n’est qu’un exemple de la pratique ancienne du Bureau visant à protéger ces cercles pédocriminels lorsqu’ils impliquent des membres de l’élite politique US, et fournissent au Bureau une source soutenue de leviers de chantage. Cela donne de la pertinence au questionnement sur l’impartialité de l’un des principaux avocats généraux dans l’affaire Jeffrey Epstein, Maurene Comey, qui est la fille de l’ancien Directeur du FBI James Comey.

Le poisson pourrit par la tête

Alors qu’il existait plusieurs opérations de chantage sexuel, reliées à la fois à Roy Cohn et aux couloirs du pouvoir de l’administration Reagan, il semble que seulement quelques mois après la mort de Cohn un autre individu est devenu une figure centrale du puissant réseau cultivé par Cohn.

Cet individu, Jeffrey Epstein, serait recruté à la suite de son renvoi de la Dalton School par Alan « Ace » Greenberg, proche ami de Cohn, pour travailler à la banque d’investissement Bear Stearns. Après avoir quitté Bear Stearns et tandis qu’il travaillait comme prétendu « chasseur de primes » dans le milieu financier pour des clients qui auraient compris le vendeur d’armes lié à l’Iran-Contra Adnan Khashoggi, Epstein allait entrer en contact avec Leslie Wexner, un milliardaire proche de la famille Bronfman liée à Meyer Lansky, et lui-même lié à des membres des syndicats du crime organisé naguère défendus par Cohn.

La même année où Wexner commença son association longue de plusieurs dizaines d’années avec Epstein, un autre ami proche de Cohn avec des connexions à la Maison Blanche sous Reagan et avec la famille Trump, Ronald Lauder, allait fournir à Epstein un passeport autrichien orné de la photographie d’Epstein, mais sous un faux nom.

Lauder, Waxner et les Bronfman sont membres d’une organisation connue sous le nom de Groupe Mega, qui inclut également d’autres « philanthropes » liés à Meyer Lansky tel que le gestionnaire de fonds spéculatifs Michael Steinhardt. Alors qu’Epstein partage des liens qui se chevauchent entre les réseaux décrits dans cet article et dans la première partie de cette série, il est également profondément relié au Groupe Mega tout comme à ses associés dont le père de Ghislaine Maxwell, Robert Maxwell.

La troisième partie de cette série se concentrera sur le groupe Mega et ses liens avec le réseau qui a été décrit dals les deux premières parties. De plus, le rôle de l’état d’ « Israël », du Mossad, et de plusieurs organisations mondiales de lobbying pro-« israélien » seront également examinées en rapport à ce réseau de chantage sexuel, et à Jeffrey Epstein.

C’est ici que l’étendue entière du scandale Epstein émerge à la vue. Il s’agit d’une opération de chantage criminelle et inadmissible, qui a été dirigée par des individus d’influence cachés en pleine vue pendant plus d’un demi-siècle, exploitant et détruisant dans le processus la vie d’un nombre incalculable d’enfants. Au fil des ans, elle a généré de nombreuses branches et s’est étendue bien au-delà des USA, comme il a été vu dans l’activité de Covenant House en Amérique Latine et par l’effort international d’Esptein pour recruter davantage de filles vouées à être abusées et exploitées.

Tout ceci s’est déroulé en pleine connaissance de cause et avec l’aval de grandes figures du monde de la « philanthropie » ainsi que du gouvernement US et de la communauté du renseignement, maniant une influence énorme sur plusieurs administrations présidentielles particulièrement depuis l’accession au pouvoir de Ronald Reagan, se poursuivant jusqu’à celle de Donald Trump.

Source : Globalepresse / https://www.mintpressnews.com/blackmail-jeffrey-epstein-trump-mentor-reagan-era/260760/

Whitney Webb est une journaliste de MintPress News basée au . elle a contribué à de nombreux médias indépendants comme Global Research, EcoWatch, le Ron Paul Institute et 21st Century Wire, entre autres. elle a fait de nombreuses apparitions à la radio et à la TV, et est la lauréate 2019 de la Award for Uncompromised Integrity in Journalism.

Première partie : https://meta.tv/cachees-a-la-vue-de-tous-les-origines-choquantes-de-laffaire-epstein/

Troisième partie : https://meta.tv/mega-group-maxwell-et-mossad-lhistoire-despionnage-au-coeur-du-scandale-epstein/

Quatrième partie : https://globalepresse.net/2019/09/08/spook-air-lolita-express-epstein-clinton/

Traduit par Lawrence Desforges

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