Vol de nourriture à Pau : Le prévenu « avait faim et pas d’argent »


La stature d'un pilier de rugby, Rémi D., 1,90 m, a 30 ans mais en paraît dix de plus. Il a comparu, lundi, devant le tribunal de grande instance pour un vol de victuailles commis avec violences et menaces de mort dimanche matin à la supérette Casino, à Lons. Le jeune homme, qui n'a pour toit que l'habitacle de sa voiture et le RSA comme source unique de revenus, invoque l'état de nécessité.

Un préjudice de 37,30 €

Affamé, il s'était servi dans les rayons du magasin et s'en était allé sans régler ses achats sous l’œil médusé de la caissière quelque peu bousculée quand elle tenta de s'opposer. Une agressivité décuplée face au vigile venu s'interposer et plus tard aux prises avec les six policiers qui eurent bien du mal à le maîtriser.

"Laissez-moi manger", leur avait lancé le sans-logis dont le contenu du panier confirmait les dires. Le malheureux s'était en effet procuré une baguette de pain, du magret fumé, des pistaches, du sucre, du lait, de l'eau minérale, du jus de fruit et du Coca-Cola, tout cela pour un montant de 37,03 euros. "Pas d'alcool", note au passage le président Hervé Dupin qui cherche à cerner la personnalité du colosse.

En errance, Rémi D. a quitté en juillet dernier le domicile de ses parents à Mialos. Rompu aux missions intérimaires, il ne travaille plus depuis mai 2012. "J'ai beaucoup de mal à m'intégrer dans une équipe", reconnaît le prévenu à la personnalité asociale, pourtant muni d'un brevet de production piscicole. Célibataire, il n'est pas un délinquant d'habitude. Son casier judiciaire fait état de deux condamnations infligées en 2003 pour vol, dégradations, outrage, rébellion et menaces de mort.

"Je suis un peu perdu"

A quoi imputer une telle perte de contrôle de soi ? "J'avais faim et pas d'argent. Je me suis mis en colère. Je suis un peu perdu. Je veux me réinsérer et avoir une vie meilleure", rétorque-t-il.

S'en tenant au "comportement provocateur" de l'intéressé, le ministère public sollicite 8 mois de prison ferme. La défense, par la voix de Me Simone Casez-Deschamps, ose un parallèle entre le triste fait divers et l'actualité de la marche citoyenne du député Jean Lassalle, "qui a vu un pays au bord de l'explosion sociale" dont son client offre une illustration. "Pris à la gorge, il n'a plus su que faire. Ce n'est pas un mauvais garçon. Il a besoin d'aide et d'humanité", plaide-t-elle.

Condamné à 8 mois de prison dont 7 assortis du sursis avec mise à l'épreuve de 36 mois, le coupable a rejoint aussitôt la maison d'arrêt de Pau.

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Source(s): La République des Pyrénées / Par Renée Mourgues, le 18.12.2013 / Relayé par MetaTV )

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