Ukraine : Le drapeau russe flotte en Crimée, Ianoukovitch rompt son silence


Plusieurs dizaines d'hommes armés se sont emparés jeudi du siège du parlement et du gouvernement en Crimée. Dans cette péninsule russophone du sud de l', c'est désormais le drapeau russe qui flotte. Dans le même temps, l'ex-président déchu, Viktor Ianoukovitch est sorti de son silence et a déclaré se considérer toujours comme le "chef d'État légitime". Il s'est placé sous la protection de la pour éviter d'être traduit en .

Coup de théâtre dans le dossier ukrainien ce jeudi, l'ancien président Ianoukovitch, chassé du pouvoir samedi par la révolution dite du Maïdan et qui a disparu depuis qu'il a tenté en vain samedi d'embarquer dans un avion dans son fief de Donetsk (est), est sorti de son silence.

Après avoir fui Kiev sous la pression populaire, il est sorti de son silence pour déclarer via une agence de presse russe qu'il se considérait toujours comme le "chef d'État légitime" d' et pour appeler la à le protéger contre les actions des "extrémistes" qui visent à le faire comparaître devant les tribunaux, notamment pour corruption et meurtres de masse. Un appel auquel Moscou a répondu favorablement.

L'ex-chef de l'État ukrainien n'a donné aucune indication sur le lieu où il se trouve.

Le drapeau russe flotte sur le Conseil Suprême de Crimée

Le Premier ministre de Crimée, Anatoli Mohilyov a par ailleurs annoncé ce jeudi qu'une cinquantaine d'hommes, équipés d'"armes modernes", sont arrivés au cours de la nuit et empêchent les employés d'entrer dans les bâtiments. Les autorités locales s'apprêtent à "prendre des mesures", a-t-il ajouté sans autre précision, en appelant ses concitoyens au calme.

Mohilyov a indiqué avoir tenté en vain de négocier avec les assaillants, qui ont refusé, déclarant de ne pas disposer de l'autorité nécessaire. Ces assaillants ont également fait flotter le drapeau russe sur le bâtiment du Conseil Suprême (équivalent du Parlement) de la république autonome de Crimée.

Le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a pour sa part annoncé la mise en alerte de l'ensemble de la police, dont les forces spéciales. Cette mesure, avec l'encerclement du quartier du parlement à Simféropol (la capitale administrative de la république autonome de Crimée) par les forces de l'ordre, est destinée à éviter "un bain de sang parmi la population civile" et "l'évolution de la situation en affrontements armés", a indiqué M. Avakov sur sa page Facebook. "Les provocateurs sont en marche", a-t-il ajouté. Il faut garder "la tête froide".

Sur place, une vingtaine de policiers non armés faisait reculer la foule de curieux, surtout des pro-russes, qui se massaient devant les deux bâtiments du parlement et du gouvernement, distant d'environ 300 m. L'esplanade devant les locaux est complètement déserte, le périmètre de sécurité s'étendant sur près de 500 m.

La Crimée, peuplée majoritairement de russophones et seule région d' où les Russes de souche sont majoritaires, est la région d' la plus susceptible de s'opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev après le renversement de Viktor Ianoukovitch la semaine dernière.

Mouvements de troupes et bruits de bottes russes

La défendra les droits de ses ressortissants avec force et intransigeance, a averti jeudi le ministère des Affaires étrangères.

"Le ministère russe des Affaires étrangères continuera à défendre les droits de ses ressortissants dans l’arène internationale; il réagira avec force et intransigeance lorsqu'ils seront violés", écrit-il sur Twitter.

Les "violations à grande échelle" des droits de l'homme commises en Ukraine sont source d'inquiétude, ajoute le ministère.

Des rumeurs non confirmées officiellement faisaient état de l'arrivée vers Simféropol d'un grand nombre de véhicules depuis la ville voisine de Sébastopol, où est basée la flotte russe de la mer Noire.

Ces événements marquent une nouvelle escalade dans les tensions qui opposent le nouveau pouvoir pro-occidental en place à Kiev et les éléments pro-russes en Ukraine.

150 000 hommes mobilisés en Mer Noire

"Je m'adresse aux dirigeant militaires de la flotte de Mer Noire en disant que tous les militaires doivent rester sur le territoire prévu par les accords. Tout mouvement de troupe armé sera considéré comme une agression militaire", a déclaré le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov au parlement .

La Russie avait annoncé mercredi avoir "mis en alerte" certaines de ses troupes, dont celles le long de sa frontière commune avec l'Ukraine. Le secrétaire d'État américain, John Kerry, de son côté a prévenu Moscou que toute intervention militaire "serait une grave erreur".

La Russie a décidé de renforcer la protection de sa flotte de la mer Noire -basée en Crimée – et a ordonné une inspection surprise des troupes des districts militaires de l'Ouest, non loin de l'Ukraine, et du Centre, pour vérifier leur aptitude au combat. L'opération, qui mobilisera 150 000 hommes, durera jusqu'au 3 mars.

Dans une allusion claire à ces manœuvres russes, les États-Unis ont appelé les "acteurs extérieurs" à s'abstenir de toute "provocation". "Toute intervention militaire qui violerait la souveraineté, l'intégrité territoriale de l'Ukraine, serait une grave erreur", a averti John Kerry.

Une Ukraine "souveraine, indépendante et stable" et "fermement engagée en faveur de la démocratie" constitue un "élément clé" de la sécurité dans la zone euro-atlantique, ont de leur côté affirmé mercredi les ministres de la Défense de l' réunis à .

Le nouveau gouvernement ukrainien déjà sous pression

Ces événements accroissent aussi fortement la pression sur le nouveau gouvernement qui doit entrer en fonctions ce jeudi à Kiev sous la houlette du pro-européen Arseni Iatseniouk, une fois qu'il aura reçu le feu vert du Parlement, prévu en matinée.

A 39 ans, Arseni Iatseniouk va prendre la tête du gouvernement d'union nationale appelé à diriger le pays, avant l'élection présidentielle anticipée prévue le 25 mai. Membre du parti de l'égérie de la Révolution orange Ioulia Timochenko, il a déjà été ministre de l'Économie et des Affaires étrangères.

La composition du gouvernement, qui comprend plusieurs personnalités issues du mouvement de contestation, avait été solennellement dévoilée mercredi soir par le conseil du Maïdan -composé des leaders politiques de la contestation ukrainienne, de la société civile et des groupes radicaux- devant une place de l'Indépendance noire de monde.

Autre menace: la banqueroute

L'exécutif va affronter la tâche herculéenne d'empêcher l'Ukraine de sombrer dans la banqueroute et de contrer les tendances séparatistes à l'oeuvre dans le sud et l'est du pays, où une grande partie de la population se sent plus proche de Moscou que de Kiev.

Pour épauler les nouvelles autorités ukrainiennes, les États-Unis offrent leur garantie à hauteur d'un milliard de dollars dans le cadre d'un possible prêt des institutions financières internationales pour ce pays.

"Nous sommes en train de formuler une garantie sur un prêt d'un milliard de dollars", a dit M. Kerry, ajoutant que "les Européens réfléchissaient à 1,5 milliard de dollars" de garantie, au lendemain de l'annonce par les Russes qu'ils n'avaient pas "d'obligations légales" de verser le solde de leur prêt de 15 milliards de dollars, dont l'Ukraine n'a reçu pour l'instant qu'un cinquième.

L'Ukraine, en pleine crise économique et politique, a besoin d'une aide de 35 milliards de dollars dans les deux années à venir. Signe de défiance, la hryvnia, la monnaie ukrainienne, a perdu environ 18% de sa valeur depuis le début de l'année.

Le président ukrainien destitué Viktor Ianoukovitch est toujours "recherché sur le plan international", selon la ukrainienne, qui a réclamé contre lui un mandat d'arrêt international pour "meurtres de masse".

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Source(s) : EuroMaidan PR / euronews (en français) / YouTube / ​RTBF / Par Julien Vlassenbroek avec agences, le 27.02.2014 / Relayé par Meta TV

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