Le vote blanc reconnu en France : Concrètement, ça ne changera absolument rien


À partir des prochaines élections européennes, les électeurs pourront désormais voter blanc.Le Parlement a définitivement adopté, mercredi 12 février, une proposition de loi centriste en ce sens. Est-ce vraiment une avancée démocratique ? Va-t-elle assez loin ? Réaction de Stéphane Guyot, président des Citoyens du Vote Blanc.

Il suffit d’allumer sa radio pour apprendre l’apparente bonne nouvelle : le Parlement vient de reconnaître le vote blanc. Mais ne vous fiez pas trop vite aux chants de ces sinistres sirènes. La mélodie semble agréable à l’oreille, mais le choix du vocabulaire utilisé dénote d’une tromperie dont l’électeur lui-même est la première victime.

De quelle reconnaissance parle-t-on !? 

La loi votée mercredi au Sénat se résume à une simple distinction administrative entre le vote blanc, signe de désaccord avec l’offre politique, et un vote nul qu’on ne peut interpréter. Après 26 textes de loi méticuleusement écartés des débats ces 20 dernières années, les sénateurs viennent donc subitement de comprendre ce que les électeurs, eux, savent depuis longtemps : ne pas être d’accord n’est pas une erreur.

Pas de reconnaissance à proprement parler

Pour autant, de reconnaissance à proprement parler, il n’en a jamais été question. Reconnaître le vote blanc, cela aurait été le comptabiliser parmi les suffrages exprimés, cela aurait été l’intégrer comme un vote à part entière, non un vote entièrement à part.

Car en votant blanc, les électeurs décident d’exprimer une insatisfaction face aux choix proposés. Il s’agit bien d’une expression politique, même si elle ne vient pas cautionner un choix, aussi mauvais soit-il.

Cette question de prise en compte dans les résultats a été écartée dès la première lecture du projet de loi initial, le 22 novembre 2012, à l’Assemblée nationale. Ainsi, depuis 18 mois, nos parlementaires parlementent sur le sexe des anges pour déterminer si une enveloppe vide pouvait avoir un sens.

Les philosophes apprécieront…

Des parlementaires qui parlent et qui mentent sur leur motivation profonde. Car à l’instar du non-cumul des mandats, la particularité de notre système législatif est que ceux qui font la loi sont ceux-là même qui peuvent aussi s’en exonérer. Ils auraient tort de s’en priver.

Il n’est pas étonnant dès lors de voir une loi sur le non-cumul des mandats inapplicable au Sénat avant 2024 et un texte sur le vote blanc qui ne saurait remettre en question la présence de ceux dont on voudrait pouvoir contester la légitimité électorale.

Concrètement, que changera cette loi ? Rien. Absolument rien !

Un joli coup de communication pour l’UDI

Alors que l’intérêt du vote blanc consiste à renforcer la participation en permettant aux électeurs qui ne se reconnaissent pas dans l’offre politique de l’exprimer autrement qu’à travers l’abstention ou le vote sanction, cette nouvelle loi maintient le vote blanc dans le silence des urnes.

Notre démocratie continue donc de considérer qu’il existe deux catégories d’électeurs, les "bons électeurs" qui sont d’accord et qui votent pour un candidat, et les "mauvais électeurs" qui ne s’y retrouvent pas et dont le vote ne compte pas.

Sans compter que les enveloppes vides seront désormais assimilées à un vote blanc, que deviennent les bulletins blancs bricolés soi-même à la maison, au risque de ne pas être règlementaires ? Seront-ils considérés comme portant "un signe de reconnaissance distinctif", donc nul ?

À n’en pas douter, cette mauvaise loi risque d’apporter davantage de confusion que de clarté. Était-ce réellement le but ?

Au-delà de la supercherie électorale, cette loi n’en demeure pas moins un joli coup de communication politique pour l’UDI qui, quelques jours seulement après son congrès fondateur du 21 octobre 2012, ressortait d’un tiroir poussiéreux un vieux texte UDF égaré en 2003 pour s’assurer une existence médiatique immédiate.

Volontairement ou non, les médias sont tombés dans le panneau. Bien joué M. Borloo.

Un immobilisme délibéré

Ce que prouve cette mauvaise loi est incontestablement la crainte du législateur à faire évoluer notre code électoral dans le sens du modernisme et de la volonté de ceux qui les ont élus. Cet immobilisme délibéré confirme notre légitimité à agir nous-mêmes, simples citoyens, dans la réflexion de fond sur la réforme de l’institution démocratique.

C’est dans cet esprit que les listes de Citoyens du Vote Blanc seront constituées à l’occasion des élections européennes du 25 mai prochain. "Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires", rappelait hier le sénateur Alfonssi, tandis que son collègue Cointat fulminait : "Vous faites croire aux électeurs que vous faites quelque chose pour eux alors que c’est exactement l’inverse".

Si nous partageons ces deux avis, nous souhaitons poser cette simple question : une loi sans sanction est-elle réellement une loi ?

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Source(s) : Le Nouvel Observateur / Par Stéphane Guyot, le 13.02.2014 / Relayé par Meta TV

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