Interview : «la police au service du marché ?»


Mathieu Rigouste est présenté par plusieurs comme « militant et chercheur ». Il se définit lui-même comme quelqu’un qui « prend part aux luttes populaires contre les systèmes de domination et d’oppression. » Il ajoute que, selon lui, « l’investigation n’est pertinente que si elle est menée, au service des luttes et à travers elles ».

Ses travaux de recherche s’organisent autour de ce qu’il nomme le sécuritaire et qu’il définit comme un “stade de développement de l’impérialisme”, « depuis que le contrôle est devenu un marché fondamental, au cours du XXe siècle ».

Dans son ouvrage, fondé sur sa thèseL’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la contemporaine, Rigouste étudie la transformation des figures de la menace à la tête de la pensée militaire française. Il observe à travers les archives de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale), l’évolution de la doctrine française de contre-insurrection (Doctrine de la contre Révolutionnaire – DGR) et montre comment les modèles de «  dans la population » servent de répertoires pour la restructuration sécuritaire. Il soutient que les guerres coloniales constituent des laboratoires permanents pour la production , économique et sociale de « l’ordre sécuritaire ». Rigouste étudie notamment la manière dont, selon lui, la lutte contre l’immigration et la répression des quartiers populaires ont permis de mobiliser la grammaire idéologique de la contre-insurrection dans la pensée d’État, les appareils médiatiques et les états-majors policiers dans la contemporaine.

Dans Les marchands de peur : la bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire, il analyse l’émergence et le développement de l’idéologie de la sécurité à travers les parcours socio-historiques des membres de l’un des réseaux qui domine le champ dans les années 2000 et qu’il nomme « la bande à Bauer ». Il établit une typologie de ces « experts auto-proclamés » qu’il désigne comme producteurs et vendeurs de « notions-marchandises » « au service des industries de la et du contrôle ». Rigouste affirme qu’Alain Bauer « vit des peurs qu’il propage ».

Dans La domination policière : une violence industrielle, il explique que la notion de “bavure” masque les structures industrielles de production de la violence d’État. Il affirme que la violence policière est produite de manière rationnelle et encadrée précisément par des dispositifs administratifs, politiques, judiciaires… L’enquête met en lien le contrôle et le renforcement du “socio-apartheid” et de « l’industrie de la coercition », en situant la police comme « une institution chargée de maintenir l’ordre social, économique et par l’usage de la contrainte ». Selon son auteur, « la police distribue la férocité des classes dominantes » Rigouste s’intéresse notamment à la généalogie “endo-coloniale” des Brigades anti-criminalité (BAC) et au développement de leur caractère « proactif » au cours de la restructuration néolibérale.

Dans Le marché global de la violence, il montre comment l’internationalisation des doctrines de contre-insurrection a accompagné la propulsion d’un gigantesque marché de la «  dans la population » qui permet aux grandes puissances de « maintenir leurs taux de profits » et de se restructurer pour « traverser la crise ». Il y développe l’idée d’un “keynesiannisme sécuritaire” expérimenté en permanence par les États et leurs classes dominantes dans les quartiers populaires ségrégués, contre les mouvements sociaux et révolutionnaires ainsi que dans le cadre des guerres néocoloniales engagées depuis les années 2000.

Il affirme qu’il existerait une « industrialisation  » de la violence policière et une restructuration du autour des questions militaro-sécuritaires.

Mathieu Rigouste affirme que « toute pensée de l’émancipation ne peut être produite que par les opprimés, les exploités, les dominés elles et eux-mêmes ». Il propose de construire des « formes d’autonomisation populaires, d’entraide et de solidarité » susceptibles d’attaquer les structures politiques, économiques et sociales de toutes les formes de domination mais aussi de le remplacer par « des formes de vie égalitaires et autonomes, libres et joyeuses »

 

Voir aussi : A Nice, un citoyen peut devenir une caméra de surveillance

 

Source : Thinkerview

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