De l’uranium “belge” rapatrié secrètement aux USA


La décision de rapatrier l’uranium et le plutonium aux États-Unis avait été prise par la Belgique au sommet de sécurité nucléaire de Séoul en 2012.

Une quantité "significative" d’uranium enrichi et de plutonium stockés en Belgique a été emmenée il y a plusieurs semaines aux États-Unis dans le plus grand secret.

L’annonce a été faite lundi par un communiqué du président américain et du Premier ministre belge Elio DiRupo en marge du sommet sur la sécurité nucléaire qui s’est tenu le jour même à LaHaye.

Le communiqué parle d’opérations "extrêmement complexes" qui ont consisté à conditionner l’uranium hautement enrichi et le plutonium " dans des conteneurs de transport certifiés par les régulateurs belges et américains" .

Par bateau jusqu’aux États-Unis

Selon nos sources, l’opération s’est déroulée dans le plus grand secret. Elle a impliqué le Royaume-Uni qui s’est chargé du transport des matières par bateau vers son territoire, d’où celles-ci ont été réexportées, toujours par bateau, vers les États-Unis.

"Nous avons choisi de nous dégager d’un stock important que nous avions depuis longtemps car la Belgique a une longue tradition nucléaire", indique un expert belge. La Belgique a une longue expérience dans ce domaine. C’est elle qui a fourni l’uranium de Shinkolobwe (Katanga, ) aux États-Unis qui alimentera en grande partie la bombe atomique d’Hiroshima et, indirectement, celle de Nagasaki. En remerciement des États-Unis, la Belgique a eu très tôt accès à la nucléaire américaine, ce qui lui a permis de développer son Centre d’étude de l’énergie nucléaire à Mol.

A usage de recherche

Le stock pris en charge par les États-Unis ne contient que des matières de recherche prêtées par les Américains et utilisées dans trois lieux en Belgique : le centre de Mol, l’Institut des matériaux et mesures de référence (IRMM) à Geel et Belgoprocess (BP) à Dessel, chargé du traitement des déchets radioactifs. Il ne s’agit pas de combustibles utilisés par les centrales nucléaires, précise l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN). L’importance du stock rapatrié n’est pas révélée pour des raisons de sécurité. D’autant plus qu’il existe encore des stocks d’uranium enrichi et de plutonium en Belgique et que le rapatriement vers le sol américain va se poursuivre.

L’opération a demandé presque une année de travail. Il a fallu soumettre les conteneurs à une série de tests d’étanchéité, de résistance au feu et aux chocs. Le conteneur devait ainsi rester intact après une chute de neuf mètres.

Une fois aux États-Unis, l’uranium est entreposé dans "des lieux sécurisés" , assure la Maison-Blanche, "puis tranformé en uranium faiblement enrichi (LEU) et utilisé à des fins civiles" .

Le rêve d’Obama

La décision de rapatrier l’uranium et le plutonium aux États-Unis avait été prise par la Belgique au sommet de sécurité nucléaire de Séoul en 2012. Car a fait "d’un monde sans armes nucléaires" l’un de ses chevaux de bataille. Il estimait à Prague en 2009 que le terrorisme nucléaire était "la menace la plus immédiate et la plus extrême sur la sécurité mondiale" . Washington craint que ces stocks ne soient volés par des terroristes et utilisés pour fabriquer des armes nucléaires. Le président Obama a donc préconisé soit de les éliminer, soit de les ramener au pays. Parallèlement, en 2013, la a accueilli chez elle le stock d’uranium qui se trouvait en . L’accord avait été concrétisé par le président Ianoukovytch, évincé du pouvoir.

Au aussi

C’est la première fois que la Belgique restitue de l’uranium enrichi aux États-Unis. La Suède l’a fait il y a deux ans. L’ annonce qu’elle s’est débarrassée d’une centaine de kilos. Lundi, le a aussi annoncé le rapatriement de centaines de kilos d’uranium et de plutonium. Dans les années 90, un reporter du "New York Times" avait visité le principal centre de stockage à Tokaimura et n’avait rencontré que des gardes non-armés et " un site moins bien protégé que la plupart des " . 

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Source(s) : La Libre / Par CHRISTOPHE LAMFALUSSY, le 25.03.2014

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