Ginette Skandrani rend hommage à Serge Thion

Biographie de Serge Thion : militant anticolonialiste et combattant pour la liberté de la recherche historique


est né le 25 avril 1942 à Issy-les-Moulineaux. Très jeune, il se passionne à la fois pour la politique et la vie intellectuelle en général. Esprit encyclopédique, dès l’âge de 17 ans, il publie ses premiers articles, étonnants, tout en consacrant une partie de son temps à l’action politique : il a ainsi participé à la fondation du parti socialiste autonome, ce qui fut le seul engagement dans un parti de ce libertaire-anarchiste. Puis à l’âge de 18 ans en 1960, il rejoint la d’Algérie où il acquiert une expérience politique à la fois théorique et pratique ; tout en détestant la et le recours à la force, il reconnaît concrètement que la est parfois nécessaire. A l’issue de la d’Algérie, estimant qu’il a rempli son rôle d’aide aux mouvements indépendantistes, il refuse de continuer à collaborer avec le FLN et accessoirement de devenir ministre à Alger et rentre en France.

Au cours des années de recherche qu’il mène ensuite à Londres sur la question de l’ du Sud, il rencontre les chefs des mouvements de libération de ce pays et confirme sa réputation d’intellectuel engagé dans la décolonisation. A son retour en France, Sartre ayant émis le désir de fonder un comité anti-apartheid français, s’adresse aux chefs de l’ANC à Londres qui l’engagent à écouter pour mener à bien cette entreprise, ce qu’il fit. Les travaux de , sur l’ du Sud, firent finalement l’objet d’une thèse de sociologie soutenue en 1967 à Paris et publiée la même année aux éditions du Seuil sous le titre Le Pouvoir pâle.

L’étape suivante de son parcours d’intellectuel anticolonialiste le mène à Saïgon : Par pacifisme, il refuse d’accomplir son service militaire dans les rangs et grâce à son statut d’étudiant, est affecté, à sa demande expresse, comme coopérant au Viet-Nâm qu’il rejoint en 1967. Il y collabore, comme à son habitude, avec les forces rebelles à l’Occident ; en mai 68, il déserte et saute dans le dernier avion pour Paris où il rejoint ses copains en révolte. Poursuivi par la gendarmerie, il est réincorporé de force et renvoyé en Indochine pour y accomplir la fin de son contrat, à Phnom Penh, cette fois-ci. Fort de son esprit encyclopédique, il profite de ce séjour plus calme pour engranger des connaissances peu courantes sur cette région, il en devient alors spécialiste et publie plusieurs livres (des courtisans aux partisans, Paris, Gallimard, 1970, Khmers Rouges, Paris, Albin Michel, 1981, Watching Cambodia, Bangkok, 1995) et d’innombrables articles (cette bibliographie se trouve sur les sites indochinois spécialisés). Au cours des années 1970, sous l’influence de son ami Pierre Guillaume, situationniste et proche de Debord, il découvre les travaux de Paul Rassinier sur les camps de concentration et l’idéologie qui était en train de se construire autour de ce thème dès la fin de la .

A l’extrême fin des années 70, il joue un rôle essentiel dans l’éclosion de l’ « affaire Faurisson ». A sa suite, d’autres intellectuels de gauche se convaincront du bien-fondé de son intervention qui lui valut par la suite une exclusion totale du monde universitaire français, et ensuite international. Malgré cet ostracisme, il continue à jouir en France et ailleurs de son aura de militant de la d’Algérie puis des divers mouvements de décolonisation et de lutte contre la ségrégation raciale. Quant à la valeur de ses travaux de recherche, nul n’a jamais osé la mettre en doute et il jouit encore aujourd’hui d’une renommée internationale.

Il commence les années 1990, par un engagement intransigeant en faveur de l’ qui vient enfin de violer les accords Sykes-Picot en « envahissant » la principauté fantoche du Koweït. Il fonde alors avec son énergie bien connu la revue la gazette du Golfe et des banlieues, première version, qui paraîtra pendant à peu près un an, avant d’être reprise dans les années 2000, époque où elle deviendra le mensuel du site aaargh. Très excité par l’aventure télématique incarné par le minitel puis par internet, il fonde, dès 1996, le site de l’aaargh : convaincu qu’internet permet de diffuser instantanément dans le monde entier et gratuitement toute la littérature révisionniste, il surmonte les difficultés techniques et se lance dans la constitution d’un véritable fond qui reste aujourd’hui encore la référence et la principale source de la littérature sur ce sujet et d’autres connexes. Parallèlement, fidèle à l’imprimerie et après avoir vainement essayé de convaincre Faurisson de publier un ou plusieurs livres pour faire la synthèse de ses travaux, il décide, en 1994, de réunir et de publier en quelques volumes tous les articles de l’auteur depuis les origines (1974). Ce travail de titan fut mené à bien en quelques années et aboutit en 1998 à la publication des quatre volumes des écrits révisionnistes. Depuis lors, Robert Faurisson et son entourage font eux-mêmes paraître tous les ans ou les deux ans un compemdium de l’auteur.

En 2000, ses ennemis remportent une victoire indécente en le faisant exclure du CNRS où il était entré, en 1971, à son premier retour d’. Excité, à son habitude, par le combat intellectuel, il se consacre désormais exclusivement au site révisionniste de l’aaargh qui lui coûte beaucoup de travail et peu d’argent : grâce à la retraite de chercheur que le CNRS est obligé de lui verser, il peut aller se livrer à cette activité interdite dans un palace italien où il a loué un appartement face à la mer.

Fidèle à son esprit révisionniste, il ne croit guère en la réalité des attentats de New York en 2001 ; mais l’histoire de ce révisionnisme-là ne l’occupe guère, d’autres le font à sa place et il se contente de participer de tout cœur à leur action. Quelques années plus tard, toujours absorbé par le travail de l’aaargh, il rejoint temporairement l’action de et entre au Mouvement des Damnés de l’Impérialisme.

Il a de moins en moins de temps pour prendre part à la lutte anti-impérialiste qui fait rage à nouveau depuis que les Etats-Unis ont déclaré la guerre au monde entier après les « attentats » de 2001. Cependant, il accorde, toujours, un soutien sans faille à l’ puis à la Lybie et ensuite à la bien que s’étant déjà retiré de la vie publique.

Durant toutes les années 2000, il met toutes ses forces au service d’une cause qu’il avait découverte dès 1961 (durant l’été, le FLN l’avait envoyé découvrir Gaza que personne ne connaissait à l’époque): la lutte contre le qui était devenu pour lui, depuis que des Palestiniens réfugiés sur la plage de Gaza depuis treize ans, lui avaient montré ce qui était devenu pour lui le symbole de la lutte anticolonialiste, les clefs de leurs maisons volées par ceux qui allaient devenir ou étaient devenus les « israéliens ». La destruction de l’état d’israël était alors devenu pour lui, pour toujours, le but primordial (c’est vraisemblablement l’une des explications de son engagement indéfectible du côté du révisionnisme (cf le chapitre VI de vérité historique, vérité politique, Paris, la Vieille Taupe, 1980 qui expose l’essence de ce rapprochement). Dans cette lutte, depuis la fin des années 1990, il n’a pas eu de plus fidèle alliée que qui a bravé les foudres pour afficher à la fois sa volonté de voir décoloniser toute la et d’accepter de fréquenter , le seul intellectuel français engagé comme elle contre le .

En 2011, pour des raisons personnelles, il abandonne définitivement le travail de l’aaargh et rentre en France où il meure finalement le 15 octobre 2017 à l’âge de 75 ans.

Sophie Thion

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