Alimentation : Peut-on éviter les OGM ?


Les OGM sont des plantes dont le gène a été modifié pour lui attribuer des caractéristiques recherchées. S’il y en a un grand nombre, on peut toutefois les classer en deux grandes catégories. La première rassemble ceux qui sont résistants aux herbicides, notamment au . Ces produits peuvent alors être utilisés pour se débarrasser des mauvaises herbes non désirées sans affecter la plante génétiquement modifiée. Deuxième grande catégorie : les plantes qui vont produire un pesticide. Celui-ci permet de combattre des insectes non désirés et ainsi d’éviter qu’ils détruisent ou endommagent les cultures.

Des problèmes de résistance

Si les effets des OGM sur la humaine font débat (voir encadré), les inquiétudes sur les retombées environnementales sont quant à elles fortes et partagées. Une des principales porte sur la résistance au très controversé glyphosate (principal composant du ), qui « entraîne une utilisation massive de cet herbicide », indique Denis Bourguet, de l’Inra. Or le glyphosate laisse des traces durables dans les plantes, les terres, les nappes phréatiques, etc. Ce qui a un impact sur les écosystèmes. Les écologistes alertent sur les dangers pour la faune, en particulier les abeilles, dont la disparition est une grande source d’inquiétude pour l’homme et la planète. De plus, avec cette utilisation massive du , certaines mauvaises herbes, qui en sont pourtant la cible, développent une résistance. Et aujourd’hui, « nous sommes passés de quelques plantes résistantes à plusieurs dizaines », ajoute le chercheur.

Enfin, pour l’autre grande catégorie d’OGM, celle qui sécrète son propre insecticide pour lutter contre les insectes qui les ravagent, il existe des effets néfastes sur les insectes non ciblés comme, ici encore, les abeilles, mais on observe également le développement d’une résistance des insectes visés.

Une faille dans l’étiquetage

Aussi, depuis 2008, la et d’autres pays européens ont durci leurs législations sur les OGM et la culture des plantes transgéniques a été interdite sur le territoire. Une réelle victoire pour les écologistes, mais est-ce à dire que nous pouvons échapper aux OGM ? En réalité, les plantes transgéniques sont bien loin d’avoir disparu de nos assiettes. Leur importation est encore tout à fait légale. La France achète ainsi massivement du soja transgénique d’Amérique, mais aussi du maïs et du colza.

La loi oblige cependant à informer le consommateur par l’étiquetage dès qu’un produit comporte plus de 0,9 % d’OGM. Mais cette règle souffre d’une faille importante : elle ne concerne pas les produits animaliers issus d’OGM. Si bien qu’il n’est pas indiqué qu’une viande de boeuf ou de cochon a été nourrie avec ces derniers. Idem pour les produits laitiers et les oeufs. C’est pourtant à l’élevage qu’est destinée la large majorité des plantes transgéniques importées.

Les éleveurs français font venir massivement des protéines végétales du Brésil, d’Argentine ou encore des , dont la culture est majoritairement transgénique. « Entre 3,5 et 4 millions de tonnes de soja sont importés chaque année, et en très grande majorité il s’agit de variétés transgéniques », précise Christophe Noisette, membre fondateur d’Inf’OGM, association de veille citoyenne sur le sujet. La dépend à 60 % de l’étranger pour sa consommation de tourteaux de soja, tournesol ou colza, très utilisés pour l’ animale. « La filière élevage intensif française est ainsi globalement nourrie aux OGM », résume Christophe Noisette.

S’il est impossible pour le consommateur de savoir si sa viande ou son lait provient d’un animal nourri avec des plantes transgéniques, il existe des labels qui indiquent qu’elles ne l’ont pas été. Evidemment, les éleveurs ayant le label biologique (AB) n’ont pas le droit de nourrir leur bétail avec des OGM. Mais la réglementation sur ce label tolère une présence « accidentelle » de 0,9 % de plantes transgéniques (notamment liée à la dispersion possible dans la nature). D’autres labels bio, comme Bio cohérence, Demeter ou Nature & progrès et certains AOC ou Label Rouge proscrivent leur utilisation, comme le comté, la crème et le beurre de Bresse, ou encore les volailles Fermières de l’Ardèche. Enfin, quelques distributeurs, tels que Carrefour, ont mis en place des labels « Nourri sans OGM, < 0,9% ».

« OGM cachés »

Par ailleurs, la réglementation européenne et française ne concerne que les semences transgéniques. A côté de cela, les écologistes alertent depuis des années sur les « OGM cachés » ou mutagènes, qui ne sont pas concernés par un moratoire. Car pour modifier génétiquement une plante, il y a deux méthodes. Premièrement, y incorporer un gène venant d’une autre espèce pour lui attribuer telle ou telle caractéristique, il s’agit des semences transgéniques. Ou alors faire muter la plante en la soumettant à des substances chimiques ou à un agent physique (rayon, etc.), c’est la mutagénèse.

Les semences issues de cette technique sont exclues de la réglementation OGM. « Elles sont considérées dans la directive européenne comme étant des OGM sur le plan technique, mais pas sur le plan juridique ; c’est d’autant plus aberrant que la mutagénèse permet d’obtenir des plantes présentant les mêmes caractéristiques que certaines plantes transgéniques, et notamment la tolérance à des herbicides », estime Christian Vélot, généticien moléculaire et président du conseil scientifique du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen).

Leurs défenseurs répliquent qu’il s’agit d’une évolution de la plante qui aurait pu être naturelle, même si celle-ci a été accélérée par l’homme. « Il s’agit d’une mutation d’un gène qui existe à l’intérieur de la plante, il n’y a pas d’introduction de nouveau gène », résume Georges Freyssinet, membre du conseil d’administration de l’Association française des biotechnologies végétales (AFBV). Cette technique est d’ailleurs relativement ancienne et présente en depuis les années 1950, même si les procédés ont fortement évolué. Ainsi, il se cultive et se vend dans l’Hexagone, sans qu’on sache où et combien, des plantes issues de semences mutagènes dont la résistance aux herbicides peut avoir des effets indésirables : résistance des mauvaises herbes aux herbicides, impact sur l’ (abeilles, poissons, terres, etc.). Il s’agit ici principalement de colza et de tournesol destinés à la production d’huile.

Les « nouveaux OGM »

Depuis quelques années s’ajoutent à cela les nouveaux OGM, ou NPBT pour new plant breeding techniques (nouvelles techniques de sélection des plantes). Ces derniers sont issus de procédés plus précis. Les scientifiques opèrent pour cela une cassure dans l’ADN de la plante et ciblent l’implantation du nouveau gène à l’endroit souhaité. Il y a plusieurs techniques, certaines relevant de la mutagénèse et d’autres transgéniques. Ces NPBT sont déjà cultivés dans quelques pays, notamment au et aux . L’ n’a pas encore décidé si la réglementation sur les OGM doit leur être appliquée. Si tel était le cas, la culture de ces plantes serait alors interdite dans plusieurs pays et l’étiquetage obligatoire, sachant que les OGM ont mauvaise presse auprès du public.

Les NPBT, les nouveaux OGM, sont déjà cultivés dans quelques pays, notamment au Canada et aux États-Unis

«Il ne faut pas globaliser les NPBT, commente Georges Freyssinet, de l’AFBV. Il y a certains produits qui sont des OGM et d’autres non, c’est selon la nature du produit qu’il faut juger.» Pour les opposants, la plus grande précision de ces nouvelles techniques est toute relative : « Premièrement, des études montrent des effets comme des mutations non désirées, c’est-à-dire des modifications du gène non initialement prévues. Deuxièmement, si on raisonne à l’échelle de l’organisme entier et de son , ces techniques n’offrent aucune maîtrise supplémentaire : la biologie est une science empirique et nécessite du recul pour appréhender toutes les conséquences d’une modification génétique», estime Christian Vélot. Celui-ci souhaiterait qu’en vertu du principe de précaution, la réglementation OGM s’applique aux NPBT, dans la mesure où ce sont des semences génétiquement modifiées.

Expertise en attente

Paris, pour sa part, attend l’avis du Haut conseil des biotechnologies, organisme créé pour fournir une expertise au gouvernement. Plusieurs organisations, dont et France nature , ont quitté l’année dernière le groupe de travail de cette instance en l’accusant de ne pas respecter la pluralité du débat. En cause, le refus de publier dans un document sur les NPBT l’avis divergent d’un chercheur de l’Inra. La présidente de l’institution a expliqué ce refus par une absence de débat collégial sur l’avis en question. Depuis, ces différentes organisations ne sont pas revenues à la table des discussions.

 De l’incertitude sur les effets des OGM sur la

Malgré des centaines d’articles scientifiques publiés ces vingt dernières années, la question des conséquences de la consommation d’OGM sur la humaine ne fait pas consensus. Pour cause, notamment, des expérimentations trop courtes dans la durée et sur un trop faible effectif de rats. “La seule réglementation toxicologique est de trois mois, cette période permet uniquement de voir les effets aigus mais pas les effets chroniques, indique Christian Vélot, généticien moléculaire et président du conseil scientifique du Criigen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique). Pour cela, il faut des évaluations sur la vie entière du rat, soit deux ans.” Les évaluations réglementaires sont dénoncées comme trop opaques et insuffisantes et l’importance du secret industriel trop large. Les opposants aux OGM s’appuient sur le principe de précaution et sur quelques études qui ont conclu à des conséquences pour l’homme. En résumé, aucune étude suffisamment solide ne semble démontrer de tels risques sanitaires, même si de nombreux travaux soulèvent un certain nombre de questions.

Les polémiques sur les OGM sont nombreuses. L’Inra a recensé la quasi-totalité de la littérature scientifique publiée entre 1992 et 2014 sur l’efficacité et la durabilité des plantes OGM qui luttent contre les ravageurs des cultures. 672 articles en tout. Bilan : 40 % relèvent de situations de conflit d’intérêts. “Quand il y a conflit d’intérêts, il y a une probabilité supérieure de 50 % que l’article soit favorable aux OGM et aux intérêts des semenciers”, précise Thomas Guillemaud, chercheur à l’Inra. Sachant que seul le conflit d’intérêts financier – quand l’auteur est rémunéré par un semencier – a été retenu, alors qu’il en existe d’autres types.

Le Haut conseil des biotechnologies précise qu’il devrait rendre son avis sur les NPBT en 2017, mais aucune date n’est encore avancée. En outre, une fois l’avis rendu, rien n’oblige le gouvernement à le suivre. La présence de au ministère de la Transition écologique et solidaire pourrait-elle changer la donne ? En 2008, à la veille du moratoire sur les OGM en France, l’écologiste avait pointé dans une tribune au journal Le Monde1 La similitude de contexte et d’incertitudes entre les OGM aujourd’hui et l’amiante dans les années 1960 ».

Voir aussi : Glyphosate : l’Argentine malade

 

Sources : Alternatives Économiques / Portail bastamag / Anti-k / Europe1 /

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