TV Libertés au cœur des Balkans

TV Libertés au cœur des Balkans : l’invasion migratoire « tranquille » de l’Europe ! [reportage]

au cœur des Balkans : L’ est en émoi après les agressions sexuelles de Cologne. De son côté, l’Autriche vient d’annoncer un rétablissement du contrôle aux frontières. Toutefois, cela ne signifie pas le blocage à la frontière autrichienne du flux de migrants qui continue d’arriver à raison de plusieurs milliers de personnes par jour.
En amont, malgré la fermeture de la frontière hongroise, malgré l’hiver et malgré le silence médiatique, le flux migratoire continue de transiter par les Balkans avant d’arriver en Autriche et en .
Une équipe de , conduite par Nicolas de Lamberterie, s’est rendue sur place pour étudier la façon dont les pays des Balkans s’organisent pour gérer ce phénomène. Un document exclusif que nous vous invitons à découvrir et à faire connaitre.

https://www.youtube.com/watch?v=tJbwLcwZEkQ

De retour des Balkans, nous avons interrogé Nicolas de Lamberterie;

Breizh-info.com : Comment avez-vous vécu la situation sur place ?

Nicolas de Lamberterie : Pour m’être déjà rendu dans cette zone durant l’été 2015, j’avais alors constaté le chaos migratoire en et en Hongrie. J’ai vu des colonnes de clandestins se déplaçant à pied, franchissant ce que l’on appelle la « frontière verte » (c’est-à-dire la forêt), utilisant de façon aléatoire les transports publics (avec les désagréments liés aux comportements peu civilisés de certains), squattant les gares, etc…

Faute d’effectifs de police surveillant les zones frontalières, je suis parfois tombé seul nez à nez dans des campagnes avec des clandestins ou des trafiquants d’être humains (que l’on appelle pudiquement « passeurs »). Ce n’était pas toujours rassurant.

Après coup, je pense que cette anarchie de l’été 2015 a été politiquement profitable au Premier Ministre hongrois, M. Viktor Orbán, puisque après plusieurs mois d’une expérimentation anarchique de ce phénomène, la population de son pays a accueilli avec soulagement les mesures prises pour mettre un terme au flux migratoire transitant par la Hongrie.

L’expérience de cet hiver a été fort différente. L’anarchie a laissé la place à une organisation rigoureuse des flux migratoires. Le temps des franchissements à pied de la frontière en passant à pied dans la forêt est pour l’instant révolu. C’est sans doute plus rassurant pour la population locale, mais c’est à la fois aussi plus effrayant sur l’incidence à long terme de ce phénomène.

À chaque groupe de migrants croisé, on est inévitablement saisi d’une interrogation, y compris pour des raisons de sécurité immédiate. Qui sont ces gens ? Des réfugiés de guerre chassés de chez eux ? Des migrants économiques à la recherche d’une vie meilleure ? Des condamnés de droit commun qui profitent du chaos pour fuir leur vie passée ? Des terroristes ? Quelles sont leurs motivations ? Avec quelles promesses, espérances et rêves sont-ils venus jusqu’ici ? Impossible de le savoir.

Breizh-info.com : Les autorités de chaque pays semblent totalement impliquées dans ce transfert d’humains. Comment expliquer cette parfaite organisation de l’immigration ?

Nicolas de Lamberterie : Les populations locales de ces pays répondent à certaines caractéristiques différentes de l’ occidentale :

 – elles ont un niveau de vie considérablement inférieur au nôtre

–  l’immigration extra-européenne est un phénomène qui leur est globalement méconnu, et elles sont donc davantage sensibles, et potentiellement hostiles (en particulier si c’est un phénomène subi au sujet duquel elles n’ont pas été consultées)

Par ailleurs, ces pays ont un poids économique, et démographique modeste. Leur capacité à subir de lourdes pressions pour bloquer physiquement l’invitation faite par Madame Merkel aux migrants de venir trouver refuge (et/ou travail sous-payé à l’usine) en Allemagne est donc des plus restreintes.

L’idée qui anime les gouvernements et les populations locales est essentiellement la suivante : puisque l’Allemagne et ses collègues occidentaux veulent leurs migrants, qu’on leur transfère ces gens sans que cela ne nous gâche la vie.

Breizh-info.com : Comment anticipez-vous les années à venir ?

Nicolas de Lamberterie : Comme cela est montré dans le , c’est un véritable système d’écluses qui gère un fleuve au flux continu.

Par conséquent, toute difficulté rencontrée dans un pays entraîne une complication dans un autre pays. Cela s’est vu il y a quelques jours lorsque la Macédoine a provisoirement fermé le transit aux migrants sur demande de la Slovénie en raison d’un problème de transport ferroviaire, soit trois pays plus loin (avant la Slovénie, les migrants traversent la et la ).

Autre logique que l’on peut tirer de la comparaison du flux migratoire avec celui d’un fleuve : tout barrage à un endroit entraîne un détournement du flux. Cela s’est vérifié lorsque la Hongrie a fermé aux clandestins sa frontière avec la Serbie en septembre 2015 : le flux s’est redirigé immédiatement vers la pour retourner en Hongrie, puis vers la Slovénie lorsque la Hongrie a fermé sa frontière avec la .

La série d’agressions sexuelles de Cologne, la montée du parti Alternative für Deutschland et la pression des manifestations de Pegida sont susceptibles à un moment donné d’inciter de réduire l’accueil des migrants.

Cela aurait pour potentielle conséquence de voir certains pays de transit bloquer le flux afin que celui-ci ne se retrouve pas coincé dans le pays en question.

On peut donc imaginer que si à l’avenir d’autres blocages interviennent, que ce soit à la frontière autrichienne, slovène ou macédonienne, alors le flux migratoire tentera de passer par d’autres routes. Cela pourrait être par la Roumanie par exemple, ou l’Albanie si les frontières gréco-bulgare et gréco-macédonienne devaient être fermées. Cela pourrait aussi être de nouveau par la route de Lampedusa, qui reste une route importante. Ou même par une route plus exotique, comme celle de Mourmansk en , où  les migrants traversent à vélo la frontière russo-norvégienne au-delà du cercle polaire arctique.

Deux choses me semblent en tous cas acquises : le flux et les tensions qu’il entraîne n’est pas prêt de s’arrêter. Et par ailleurs, tant que l’ et ses pays membres ne changeront pas de paradigme en ce qui concerne leur acceptation de ces flux, il n’y a aucune raison de penser que ce grand mouvement migratoire cessera.

Source : Breizh-info.com 26 janvier 2016

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