Résultats des européennes dans l’État espagnol


Ici en castillan : Il faut noter que là-bas l’État forme une circonscription unique, ce qui 1°/ oblige à des études détaillées et "informelles" pour avoir réellement les résultats par Peuple et 2°/ oblige les formations d'affirmation des Peuples à constituer des coalitions ibériques pour accroître leurs chances d'avoir des élus.

En Catalogne, la coalition social-démocrate catalaniste emmenée par ERC dépasse celle conduite par la CiU (centre-droite) d'Artur Mas (23,67% et 590.000 voix contre 21,85% et 545.000). Cette dernière reste toutefois au-dessus au niveau de l’État, où elle était associée à d'autres forces dont rien de moins que le PNV basque (+ des nationalistes de centre-droite galiciens et canariens) tandis que la coalition d'ERC était purement catalane : 850.000 voix contre 630.000 et 3 députés contre 2. La coalition plus à gauche envisagée un temps par la Candidature d'Unité populaire catalane (CUP) et la gauche radicale galicienne Nós-UP a finalement été abandonnée. On continue donc à observer un glissement de l'affirmation nationale catalane "vers la gauche"… mais bon, quelle gauche lorsque l'on sait que des dirigeants d'ERC ont pu notamment accuser les masses populaires andalouses des problèmes économiques et sociaux de la Catalogne, alors qu'eux-mêmes ont dirigé la Generalitat avec les sociaux-traîtres du PSC (PSOE local) de 2003 à 2010 : où est l'internationalisme, l'amitié et la solidarité entre les peuples, ces notions élémentaires depuis que le mot "gauche" se confond peu ou prou avec "mouvement ouvrier" (fut-il réformiste) ? Et où est, tout simplement, l'honnêteté intellectuelle et politique vis-à-vis du Peuple travailleur ?

L'autre "grande" coalition des Peuples constitutifs de l’État espagnol était "Los Pueblos deciden"("Les Peuples décident"), essentiellement constituée autour d'EH Bildu et donc sur sa ligne néo-réformiste de conciliation avec Madrid et . Associant à la gauche abertzale basque des formations indépendantistes de gauche galicienne (BNG), aragonaise (Puyalón de Cuchas), asturienne et canariennes, elle remporte 324.000 suffrages au niveau étatique et obtient un élu. Contrairement à la Catalogne, en "communauté autonome" basque la coalition du PNV avec la CiU dépasse assez largement celle de Bildu avec 27,5% (208.000 voix) contre 23,4% (176.000).

puño con banderasClassable au centre-gauche (Alliance libre européenne), une troisième petite coalition "Primavera europea" regroupant des Valenciens, des Aragonais (Chunta aragonesista), des "socialistes indépendants" d'Estrémadure et des autonomistes de Ceuta (sur la côte nord du ) a obtenu un peu moins de 300.000 voix (1,9%) et un élu également. Là, pour le coup, c'est plutôt un bon score pour des forces aussi peu connues. La ligne (et donc notre point de vue dessus) est globalement la même que "Régions et Peuples solidaires", qui aurait fait partie du même groupe ALE si elle avait eu des députés à Strasbourg.

Assez loin derrière (moins de 50.000 voix, 0,3%) et sans élu, on trouve aussi le Parti andalousiste, sur une ligne autonomiste social-démocrate. Comme on peut le voir, les résultats des listes d'affirmation (progressiste) des Peuples niés sont sans comparaison avec notre côté des Pyrénées, pour des raisons que nous avons longuement étudiéesPour autantils ne sont pas mirobolantsC'est parfaitement logique : la question des Peuples emprisonnés dans les grands États européens, produits du , est une question révolutionnaire ; et qu'espère-t-on d'aborder une question révolutionnaire avec une ligne petite-bourgeoise ? Comment peut-on prôner la libération des Peuples et voir dans l'UE une "solution démocratique" à cette question, alors que derrière son Parlement fantoche celle-ci n'est qu'un outil antidémocratique de plus (mandat d'arrêt européen et autres innombrables exemples) de ces mêmes États que l'on combat ? Comment peut-on, comme l'ERC d'Oriol Junqueras, revendiquer l'indépendance de la Catalogne et ne même temps cautionner une Union européenne qui a clairement choisi son camp, celui de l'" unie, grande et libre", en déclarant clairement qu'une Catalogne indépendante serait exclue de l'Union ? Toutes ces contradictions, intrinsèques à la nature de classe de ceux qui les portent, n'ont évidemment pas pour effet de mobiliser largement les masses populaires.

Au niveau "pan-ibérique", le Parti populaire (héritier direct du franquisme) et le Parti "socialiste" (PSOE) qui se sont alternés au pouvoir depuis 1975 (et surtout depuis le début de la crise fin 2008) s'effondrent l'un comme l'autre : avec respectivement 26% et 23%, ils perdent près de 40% de leurs électeurs par rapport à 2009. La différence avec notre Hexagonec'est que ce discrédit et ce rejet des partis "de régime" s'exprime majoritairement de manière progressiste (bien qu'encore loin d'être révolutionnaire) : c'est e-lutte-des-mineursprincipalement sur les listes à la gauche du PSOE que se porte le mécontentement des masses. Avec 10% (1,5 million de voix), la "Gauche plurielle" équivalente de notre Front de Gauche (en moins jacobine vis-à-vis des Peuples) multiplie par 1,6 ses bulletins de vote et par deux des élus au Parlement européen (6). Et, apparue à l'occasion de ce scrutin, la liste "Podemos" issue du mouvement des Indignad@s fait une entrée spectaculaire avec 1,25 million de voix (8%) et 5 élus – il faut préciser ici que ce Mouvement des Indigné-e-s dans son pays natal, pour petit-bourgeois réformiste "radical" qu'il soit, reste un mouvement clairement PROGRESSISTE bien loin de sa pâle et misérable copie hexagonale, lancée par quelques bobos "décroissants" ou "évolutionnaires" (terme authentiquement entendu !) des centre-villes et immédiatement désintégrée face à l'offensive-infiltration de toute une faune de soraliens, conspirationnistes, chasseurs d'illuminatis, larouchistes (très actifs dans les rassemblements), anti-"finaaaance" et futurs fondateurs du "" fasciste (lié au "Comité Valmy" et à l' d'Asselineau).

Eh oui ! C'est ainsi : l'"" est une terre de luttes, où vit encore profondément dans le cœur des masses le souvenir des grands combats révolutionnaires des années 1930 et de la résistance à la dictature fasciste qui s'ensuivit (1939-… quand s'est-elle terminée au juste ?). La "France", elle, est encore très largement l'Hexagone de Renaud, une communauté sociale vautrée et cadenassée mentalement dans son idéologie "françaiiiiise" (monsieur !) dominante, son confort et ses certitudes petites-bourgeoises, incapable de comprendre que lesdites certitudes et "valeurs" sont de la merde en soi et donc, par conséquent, à la recherche de fantasmagoriques "coupables" de tous les maux : immigrés/arabes/musulmans, "banquiers" ou "finance internationale", "sionistes", "Nouvel Ordre Mondial" dirigé par les Illuminatis via Washington et , sectes pédophiles se réunissant secrètement dans les hôtels particuliers de l'avenue Foch (sans doute pour y préparer une nouvelle version de la "théorie du genre"), etc. etc. ; mais surtout pas, jamais, la "Fraaaaance" et sa "Républiiiiique" !

Une situation que résume bien cette image humoristique :

larévoltegronde

Les néo-franquistes du PP, donc, s'effondrent largement bien que restant en tête ; mais il faut tout de même souligner la poussée de deux forces qui, tout en se prétendant "centristes", "démocrates humanistes" et "libérales" blabliblablou, se caractérisent par un espagnolisme fanatique : Union, Progrès et Démocratie (UPyD, un million de voix soit 6,5%, 4 sièges soit 3 de gagnés par rapport à 2009), et les Ciutadans ("Citoyens") catalans, sur une ligne assez proche, qui fait son apparition avec 3,16% (495.000 voix) et 2 sièges (6,3% et 157.000 voix en Catalogne, son fief d'origine).

Comme nous l'avions déjà noté au sujet des élections catalanes et basques de fin 2012, cela montre une crispation des positions espagnolistes face aux forces centrifuges qu'engendre nécessairement la mise à mal du "système Espagne" par la crise, après les années de folle croissance 1995-2009…

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Source(s) : Servir le Peuple, le 27.05.2014

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