Pourquoi les 50 milliards d’économies ne suffiront pas


Au programme du conseil des ministres, le plan de pour réduire le déficit est inédit par son ampleur mais pourtant insuffisant.

 
 
 
 
 
 

L’heure des comptes a sonné. Le 16 avril, a dévoilé, avec une semaine d’avance, le contenu de l’enveloppe des 50 milliards d’économies du "programme de stabilité". Présenté en Conseil des ministres ce mercredi 23 avril, il sera voté la semaine prochaine à l’Assemblée, avant d’être envoyé à la Commission de qui aura un mois pour réagir.

La répartition des efforts est donc connue : 18 milliards seront pris dans le budget de l’État, 10 dans les dépenses de santé, 11 dans les prestations familiales et retraites, 11 dans les dotations aux collectivités locales. Surtout, le Premier ministre a levé le suspense sur la liste des coupes. Car si le chiffre de 50 milliards, rond et massif, était martelé depuis six mois, gage de la détermination à continuer d’assainir des comptes sans plus recourir à l’impôt, l’Élysée a arbitré jusqu’à l’ultime minute pour présenter l’addition.

Un effort inédit mais insuffisant

"L’effort est d’une ampleur inédite", répètent en chœur l’Élysée, Matignon et Bercy. D’ailleurs une partie des députés du PS se chargent bien de le rappeler, jugeant le gel des prestations sociales trop injuste. Pour autant, comme le signalait lui-même Hollande lors de sa conférence de janvier, ces 50 milliards, "c’est l’équivalent de 4% seulement de l’ensemble des dépenses collectives". Et encore, faut-il rappeler, ce ne sont même pas de vraies économies : juste un freinage de la croissance des dépenses par rapport à une évolution "tendancielle" (due au vieillissement de la population, à la revalorisation mécanique des prestations sociales…) évaluée par le gouvernement à une vingtaine de milliards par an.

Cette dérive automatique, à mettre en perspective avec les 16 milliards de coupes (pour 2015), et 18 milliards (pour 2016 et 2017), rappelle le vrai constat : les dépenses de l’État continueront de progresser de quelques milliards par an, malgré "l’effort d’une ampleur inédite"… Surtout, ces 50 milliards d’économies seront insuffisants si l’exécutif tient encore à son engagement de ramener le déficit public à 3% en 2015 et 1,2% fin 2017.

Des hypothèses de croissance trop optimistes

Comment l’expliquer ? D’abord, Bercy a déterminé son plan à partir d’hypothèses de croissance – 1,7% en 2015 et 2 % en 2016 et 2017 – jugées "irréalistes" par Patrick Artus, chef économiste de Natixis : "Le potentiel de croissance du pays est limité autour de 1,3 %", précise-t-il.  Du coup, poursuit Didier Migaud, le président de la Cour des comptes, Bercy serait aussi "trop optimiste" sur le rendement des rentrées fiscales.

Pourquoi ? Cela tient à une divergence d’appréciation sur l’incidence des variations de la croissance : le ministère estime que les rentrées fiscales sont parfaitement corrélées au rythme de l’activité ; la Cour juge, elle, qu’"elles sur-réagissent à la croissance". Du coup, si celle-ci est moindre, l’incidence sur les rentrées d’impôts en sera plus élevée. A cause de ce double effet, c’est finalement un manque à gagner d’une quinzaine de milliards d’euros supplémentaires qu’il faudra financer.

Le coût des cadeaux promis

A ce dérapage lié à la conjoncture, il faut ajouter l’impact du discours de politique générale de Manuel Valls, et sa volonté de doper la croissance avec des allègements de prélèvements des entreprises. En outre, pour contrebalancer l’effet de ce "pacte de responsabilité", il fallait aussi concéder un "pacte de solidarité" aux ménages les plus modestes, avec des baisses de cotisations. Combien coûtent ces cadeaux ? Au total, 20 à 25 milliards, selon les calculs de plusieurs économistes et ceux de Gilles Carrez, président () de la commission des Finances de l’Assemblée, sans compter les promesses plus lointaines mal documentées.

Comment financer ces nouveaux abandons ? "Ce n’est pas possible de nous vendre les mêmes économies deux fois, pour réduire le déficit et pour baisser les impôts", peste Carrez. De fait, Valls, dans son discours, a bien réitéré l’objectif des 50 milliards, sans faire grimper le curseur. "Je ne veux pas casser la croissance, sinon nos déficits ne diminueront pas, expliquait-il.

Sans doute le duo au pouvoir garde-t-il un chiffre magique en mémoire : la plus forte réduction de déficit de son histoire (1,8 point en un an), la France l’a réalisée en 2011… sans plan de rigueur, mais grâce à un rebond de croissance de 2 % ! Voici pourquoi le Premier ministre insiste : "Bien sûr, il faut redresser nos comptes publics, mais la reprise économique est fragile. Ce nécessaire équilibre, nous allons, à nouveau, l’expliquer à nos partenaires européens." Les ténors de la Commission, eux, sauront faire la vraie addition. Qui dépasse, en réalité, les 90 milliards !

 

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Source(s) : Challenges / Par Gaëlle Macke, le 23.04.2014 / Photo : (JOEL SAGET / AFP) / Relayé par Meta TV

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