Médicaments génériques : plus dangereux que les originaux ?


Certains disent que les génériques sont plus dangereux que les originaux. D’autres les défendent.

Olivier Toma avait tout pour être au courant. Cet ex-directeur d’une clinique biterroise, reconverti dans une société de conseil en , est pourtant tombé des nues il y a six mois. Son fils est alors victime de vomissements et d’une grande fatigue. Il prend des contre l’épilepsie. Un médecin finit par alerter Olivier Toma : le médicament générique qu’il prend pourrait être la cause de ces effets secondaires.

 “Il y a trois types de génériques”

Et de fait, après avoir remplacé le générique par l’original, les problèmes cessent. Olivier Toma met la main sur un livre du docteur Sauveur Boukris. Le titre : Médicaments génériques, la grande arnaque. Et ce qu’il y lit finit de l’affoler. “Il y a trois types de génériques, mais un seul qui est la copie conforme du princeps, l’original ; pour les deux autres, on rajoute des excipients, à effets notoires”, résume le Biterrois Olivier Toma. Les laboratoires peuvent fabriquer des médicaments similaires quand le brevet est tombé dans le domaine public. Le remplacement pourrait s’avérer dangereux pour les anticoagulants, les hormones thyroïdiennes, les antiépileptiques, les immunosuppresseurs (antirejets).

“Je suis contre un système flou et opaque”

Le Biterrois Olivier Toma Les pharmaciens ont été sommés de privilégier les génériques aux princeps, sur l’autel de la chasse aux déficits. Les médecins doivent mentionner “Non substituable” sur leurs ordonnances pour garantir l’original aux patients. En dix ans, la vente des génériques aurait permis à l’Assurance maladie d’économiser huit milliards. “L’État est prêt à tout pour faire des économies, insiste Olivier Toma. Je ne suis pas contre les génériques, je suis contre un système flou et opaque.”

Une campagne anti-génériques

L’absence de transparence commence selon lui à la base : “60 à 80 % des substances qui composent nos médicaments sont produits en et en , aussi bien les génériques que les originaux. On peut s’interroger sur les niveaux de qualité et de sécurité.” Mais il insiste : “La traçabilité est organisée mais elle est introuvable pour les génériques.” Faux, tempête Frédéric Abécassis, président des Pharmaciens de l’Hérault : “Tous les médicaments subissent les mêmes contrôles, on a le pays le plus tatillon au monde” Il évoque une campagne anti-génériques où “le lobby de l’industrie pharmaceutique joue”.

Système absurde ? 

Le bizness a sa part d’ombre : Le Canard enchaîné, dans son édition du 4 mai 2011, révélait comment les labos “génériqueurs” inondaient de boîtes gratuites les pharmacies, pour les fidéliser. Autant de boîtes facturées à la Sécu ! L’État a, en tout cas, mis en place un système qui favorise les substitutions : “Les marges des pharmaciens sont plus importantes quand ils vendent du générique, les remises commerciales de la part de l’industrie peuvent aller jusqu’à 17 %, au lieu de 2,5 % pour les princeps”, insiste Olivier Toma. “L’économie du générique fait vivre une pharmacie sur deux, par ces remises”, reconnaît Frédéric Abécassis. Ne plus être aussi dépendant du prix du médicament, tel est le combat national des pharmaciens : au 1er janvier 2015, la moitié de la rémunération des officines en sera déconnectée. Les pharmacies recevront alors un honoraire par boîte vendue, sans lien avec le prix.

“Entre les génériques et les princeps”

Les génériques seraient dangereux ? Frédéric Abécassis n’y croit pas : “Les hôpitaux achètent au plus bas prix. Ils mettent des médicaments génériques. On conseille aux greffés de ne pas prendre de génériques, mais on leur en donne après leur opération tant qu’ils sont à l’hôpital.” Système absurde ? C’est ce que pense aussi Catherine Taillefer, pharmacienne aux hôpitaux locaux des portes de Camargue (Beaucaire, Tarascon), qui prend en charge des personnes âgées… Une catégorie de population pénalisée : “Entre les génériques et les princeps, il y a d’énormes risques de confusion, de par la couleur, le nom, la boîte.”

Catherine Taillefer participe à un groupe de travail dans le cadre du projet de loi “Adaptation de la société au vieillissement” : “A l’occasion d’une réunion, la ministre Michèle Delaunay (chargée des personnes âgées et de la dépendance, NDLR) nous a dit qu’elle allait œuvrer pour que les génériques ne soient plus que des copies conformes.” Catherine Taillefer insiste aussi sur le fait que les pharmaciens “ont déjà l’obligation de donner toujours le même générique aux gens de plus de 75 ans”. Et selon elle, il faudrait au moins exiger que “lorsque vous démarrez un traitement, vous gardez ensuite le même médicament, sinon, c’est la roulette russe”.
__________________________________________________________

Source(s) : Midi Libre / Par Arnaud Boucomont, le 04.03.2014

D'autres articles Meta TV

Laissez un commentaire