Londres annonce une nouvelle enquête sur la mort de l’ex-agent russe Litvinenko


La ministre de l'intérieur britannique, Theresa May, a annoncé mardi 22 juillet l'ouverture d'une enquête publique sur la mort, en 2006, d'Alexandre Litvinenko, un ancien agent russe du FSB (Service fédéral de sécurité, ex-KGB).

Cette annonce fait figure de revirement de la part du gouvernement britannique. Londres s'était en effet gardé jusque-là d'engager une telle procédure, qui s'intéressera imanquablement à l'implication de Moscou dans la mort suspecte de Litvinenko.

VLADIMIR POUTINE ACCUSÉ

Il y a un an, le gouvernement britannique avait refusé de mener cette enquête publique réclamée par un ancien magistrat devenu médecin légiste, Robert Owen, et avait été accusé de vouloir ainsi apaiser ses relations avec le Kremlin.

Alexandre Litvinenko, qui travaillait pour les services d'espionnage britanniques, est mort à Londres à la suite d'un empoisonnement au polonium 210, une substance radioactive. Sur son lit de mort, en 2006, l'ex-agent avait directement accusé le président de la Russie, Vladimir Poutine, d'avoir donné l'ordre de l'empoisonner.​

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Sources: Le Monde / AFP / Reuters / Relayé par MetaTV(metatv.org)

 

Peut-on retrouver du polonium 210 huit ans après ?

 

C’est un poison au moins 250.000 fois plus puissant que le cyanure qui aurait pu causer la mort de l'ex-agent russe Litvinenko en novembre 2006. Le polonium 210, un émetteur de particules alpha à quasiment 100%, a une radioactivité jusqu’à 10.000 fois supérieure à celle d’autres éléments radioactifs. Quelques microgrammes suffisent à tuer un homme. Pourtant, trouver des traces du polonium 210 dans la dépouille de Litvinenko, huit ans après sa mort, sera difficile.

Le polonium attaque des organes tels le foie, la rate et l’estomac, mais aussi la moelle osseuse, qui produit les globules blancs, acteurs du système immunitaire. Or, depuis 2006, les organes auront disparu. Il ne restera du corps de l'ancien agent russe que les os et des résidus de moelle, ce qui va limiter les recherches.

Cependant, lorsqu’un corps est contaminé au polonium, la moitié de la radioactivité est concentrée sur le squelette. Autre paramètre, cette radioactivité baisse de 50% toutes les périodes de 138,4 jours. "Mais la vitesse d’élimination du polonium par l’organisme est beaucoup plus lente, et c’est pour cela que l’on peut en retrouver" note Jean-René Jourdain, radiobiologiste à la direction de la protection de l’homme de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) (dans un entretien réalisé en 2012, NDLR).

CALCUL

Un lieu commun scientifique veut qu’après dix périodes de 138,4 jours, la dose de radioactivité est trop infime pour être mesurée. "Ce n’est pas tout à fait exact car cela dépend de la quantité de polonium qui aura été administrée à l’origine", estime Jean-René Jourdain.

Le radiobiologiste s'est d’ailleurs livré à un calcul théorique, à partir d’une dose (mortelle) de dix microgrammes. La radioactivité en serait de 1660 millions de becquerels.

« Après huit ans, il resterait 1660 becquerels dans le corps entier, mais comme il ne resterait que les os, en gros, on retrouverait 800 becquerels dans le squelette. »

Largement suffisant: la limite de détection est de 1 becquerel par kilogramme d’un corps sec, et 10 millibecquerels dans les liquides.

TABAC

L’opération risque quand même de se heurter à d’autres problèmes. Peu de laboratoires sont capables de mener des recherches de bas niveau (l’IRSN, le Service de Protection Radiologique des Armées). Et elles prendront du temps. "Il faut extraire un échantillon, le concentrer, ce qui prend déjà plusieurs semaines, continue Jean-René Jourdain. Et comme le niveau de radioactivité sera faible, il faut encore plusieurs semaines pour la mesurer. Et enfin, être sûr que le polonium 210 que l’on aura retrouvé a bien été administré intentionnellement et n’était pas déjà présent, notamment à l’état naturel." Les fumeurs sont souvent contaminés au polonium 210, contenu dans les engrais qui servent à faire pousser le tabac…

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Sources: Sciences et Avenir (par Arnaud Devillard) / Relayé par MetaTV(metatv.org)

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