Un gourou financé par une héritière milliardaire des spiritueux Bronfman


Nous apprenons dans cet excellent article, ce que nous savions déjà, que le gourou de la secte était très largement financé par des milliardaires, les sœurs Bronfman. Le magazine Vanity Fair parle de 150 millions $ ! Il est ainsi beaucoup plus simple de faire prospérer une telle criminelle versée dans les viols et le lavage de cerveaux et pourquoi pas faire rencontrer le guru avec le vulgaire agent de la qu’est le dalaï-lama.

Évoquant des « crimes contre l’humanité », le FBI a arrêté cette semaine un gourou accusé d’exploiter des dizaines d’esclaves sexuelles américaines, canadiennes et mexicaines.

Selon l’enquête, l’empire de Keith Raniere était financé à coups de millions de dollars par Clare Bronfman, une héritière de la fortune des spiritueux Seagram, qui a été jusqu’à embaucher un détective privé de Mascouche pour fouiller les finances de juges, de journalistes et d’élus aux États-Unis. Explications.

Les victimes étaient marquées par brûlure des initiales de Keith Raniere au bas-ventre.

Arrestation mouvementée et course-poursuite

La police fédérale mexicaine a fait irruption, dimanche, dans la somptueuse villa, au coeur d’une communauté protégée de Puerto Vallarta. L’endroit se veut un refuge paisible où les ultra-riches peuvent louer une résidence pour 13 000 $ par semaine.

Les policiers ont causé une commotion en annonçant qu’ils étaient là pour arrêter Keith Raniere, alias « The Vanguard » (l’Avant-garde en français).

Le charismatique coach de vie de 57 ans avait quitté sa résidence habituelle de Clifton Park, près d’Albany, dans l’État de New York, l’automne dernier. Il avait fui au , alors que le FBI commençait à interroger ses victimes alléguées, selon le procureur fédéral américain.

Le gourou s’était réfugié dans la villa de Puerto Vallarta avec plusieurs disciples féminines, dont Clare Bronfman, la fille du défunt philanthrope milliardaire d’origine montréalaise Edgar Bronfman, selon un document judiciaire du FBI.

« Nous mettons fin à cette torture »

Sachant la police à ses trousses, Raniere avait cessé d’utiliser son téléphone et ne communiquait que par courriels cryptés. Lorsque les policiers mexicains sont venus l’arrêter à la demande des États-Unis, il s’est montré « non coopératif ». Quand les policiers ont fini par l’emmener, son entourage s’est lancé à leurs trousses.

« Les femmes ont poursuivi dans leur propre voiture, à haute vitesse, la voiture dans laquelle l’accusé était transporté. »

– Le procureur fédéral américain, dans un résumé consulté par La Presse

Extradé lundi aux États-Unis, Raniere a comparu en cour mardi pour être accusé de trafic sexuel, complot pour trafic sexuel et complot pour travaux forcés. Les autorités ont expliqué qu’il avait créé une « société secrète » de femmes pour assouvir ses fantasmes. Les victimes portaient, gravées par brûlure, les initiales de Keith Ranière sur le bas-ventre.

« Ces crimes sérieux contre l’humanité ne sont pas seulement choquants, mais déconcertants, à tout le moins, et nous mettons fin à cette torture aujourd’hui », a annoncé le FBI dans un communiqué.

Société secrète et « organisation criminelle »

Né à Brooklyn, fils d’un publicitaire new-yorkais, Keith Raniere s’est toujours présenté comme un surdoué ayant cumulé très jeune des diplômes en mathématiques, en physique et en biologie du prestigieux Institut Rensselaer Polytechnic.

Ses disciples aiment raconter qu’il a figuré dans le Livre Guinness des records pour son quotient intellectuel incroyablement élevé. En réalité, selon ce qu’a découvert le FBI récemment, il a terminé ses études avec une moyenne médiocre de C+ et a échoué à certains cours qu’il se vante d’avoir suivis.

C’est en 1998 qu’il a fondé son programme de croissance personnelle et professionnelle, placé aujourd’hui sous la gouverne de son NXIVM (prononcer « Nexium »).

Coaching, formation, éducation, mentorat : sur son site web, NXIVM se dit guidée par des « principes humanitaires » qui visent à répondre à « d’importantes questions sur ce que cela signifie d’être humain ».

Le résumé d’enquête du FBI dévoilé en cour cette semaine parle de NXIVM comme d’une structure pyramidale offrant des cours à 5000 $ par semaine, où les gens se retrouvent souvent forcés de travailler pour l’organisation afin de rembourser les dettes accumulées sous pression. Les participants doivent signer des accords de confidentialité. Certaines séances remettraient en question l’illégalité du viol et de l’inceste.

Selon les enquêteurs, Raniere a entretenu depuis les débuts de NXIVM un cercle de 15 à 20 femmes qui couchaient avec lui et n’avaient pas le droit d’avoir d’autres partenaires ou de parler de leur liaison.

En 2015, le gourou serait passé à une étape supérieure en créant une société secrète, le DOS (Dominus Obsequious Sororium, qui se traduit à peu près par « Maître des compagnes obéissantes »). Le FBI considère le DOS comme « une organisation criminelle active aux États-Unis, au et au  ».

Manipulation et châtiments 

Les membres étaient exclusivement des femmes recrutées au sein de NXIVM pour servir d’« esclaves » sous la férule de Raniere. Plusieurs ont été marquées avec un outil spécial de cautérisation.

Pour entrer dans le groupe, les femmes devaient fournir une « contrepartie », soit du matériel qui serait « dévastateur » pour les femmes ou leur famille s’il était révélé publiquement, ce qui garantissait leur fidélité au groupe.

Des femmes vulnérables auraient ainsi été manipulées pour réaliser des vidéos de nature sexuelle ou dans lesquelles elles lançaient des accusations infamantes sur elles-mêmes, leurs amies, leur famille, selon les autorités.

Les « esclaves » avaient la possibilité de devenir des « maîtres » en recrutant elles-mêmes d’autres esclaves. Toutes étaient les servantes de leurs supérieurs, avec Raniere au sommet de la pyramide. Plusieurs auraient été forcées de satisfaire les appétits sexuels du gourou. Elles devaient se priver de manger, car il exigeait qu’elles soient très minces. On leur interdisait de se masturber, d’avoir d’autres partenaires, de se raser les poils pubiens et on les soumettait à toutes sortes d’exercices pénibles.

La désobéissance était punie par une variété de châtiments cruels. Une femme aurait ainsi été forcée de courir et foncer tête première dans un arbre, puis de boire dans une flaque de boue.

« Le gouvernement estime que [Raniere] a eu plus de 50 esclaves DOS sous lui », lit-on dans un document du procureur fédéral américain.

La fortune des Bronfman

Pour étendre son empire, Raniere a pu compter sur les contacts et l’argent de deux héritières du géant des spiritueux Seagram.

Clare et Sara Bronfman sont les filles de l’ancien président de Seagram, Edgar Bronfman, né à Montréal en 1929 et mort à New York en 2013. Elles ont grandi aux États-Unis, en Angleterre et au Kenya, dans le plus grand luxe, après le divorce de leurs parents.

Un long de Vanity Fair publié en 2010 estimait à 150 millions leurs investissements dans les aventures de Raniere.

En entrevue au magazine Forbes, en 2003, Sara Bronfman avait raconté sa fierté d’avoir reçu une écharpe témoignant de son rang dans la hiérarchie de NXIVM. « Étant issue d’une famille où je n’ai jamais eu à travailler pour gagner quoi que ce soit, ce fut une expérience très, très émouvante de me voir remettre cette écharpe jaune. C’était la première chose que j’avais gagnée seulement par mon mérite », disait-elle.

Dans le même article, Edgar Bronfman se désolait d’avoir vu ses filles s’éloigner à mesure qu’elles s’impliquaient avec Raniere. « Je crois que c’est une secte », avait-il déclaré.

Des membres de plusieurs riches familles ont tourné autour du gourou au fil des ans, notamment deux enfants d’ex-présidents du . Mais selon le procureur fédéral américain, c’est Clare Bronfman qui est le plus grand soutien financier connu de Raniere aujourd’hui.

« L’accusé est actuellement appuyé financièrement par Clare Bronfman, une héritière de la fortune des spiritueux Seagram. Elle a financé l’accusé à répétition au fil des années, notamment en lui fournissant des millions de dollars et en payant des vols privés à environ 65 000 $ le vol. Elle a aussi payé de nombreux avocats pour poursuivre les critiques de NXIVM », indique le procureur dans un document judiciaire déposé à la cour lundi.

« Bronfman possède aussi une île privée dans les Fidji, où l’accusé s’est rendu en visite, et tant Bronfman que l’accusé ont des contacts partout dans le monde », poursuit le document.

L’enquête se poursuit

Le FBI dit avoir saisi des courriels qui montrent que Clare Bronfman a récemment orchestré l’envoi de lettres d’avocats aux victimes de Raniere. Elle aurait aussi tenté d’obtenir le dépôt d’accusations criminelles contre une esclave qui avait parlé aux de son expérience.

Les autorités poursuivent leur enquête : la fin de semaine dernière, les américains ont pu confirmer que le bureau du procureur de l’État de New York tentait de faire la lumière sur l’Ethical Science Foundation, organisation de recherche financée par Clare et Sara Bronfman. Une Vancouvéroise s’est plainte d’avoir été contrainte de visionner des images de violence et de viol dans le cadre d’une expérience scientifique menée par l’organisation – sans surveillance ou encadrement officiel.

L’espion qui venait de Mascouche

Canaprobe, une petite agence de détectives privés de Mascouche, est devenue le fer de lance de Sara et Clare Bronfman dans leur campagne pour obtenir des renseignements confidentiels sur des juges, des élus et des journalistes américains considérés comme des ennemis de NXIVM.

L’ appartient à Richard Marier, un détective privé qui a roulé sa bosse pendant des décennies à Montréal.

Une poursuite contre lui – lancée parce que les sœurs Bronfman étaient finalement insatisfaites des services rendus – lève le voile sur son rôle comme limier au profit de NXIVM.

2008-2009

Les deux sœurs sont prises d’« inquiétudes quant à la possibilité que certaines personnes » puissent « causer des dommages significatifs à leurs intérêts », racontent-elles cinq ans plus tard dans un dossier de cour. Elles demandent donc à Canaprobe « d’enquêter sur des individus et d’obtenir des documents financiers ».

Sur les conseils d’une connaissance américaine, Richard Marier, de Canaprobe, et Clare Bronfman nouent une entente : l’héritière fournira des noms, et l’enquêteur lui renverra de l’information sur les comptes bancaires de l’individu ciblé et sur le solde de ceux-ci. Les deux premières cibles, selon M. Marier : Rick A. Ross, spécialiste américain des sectes, ainsi que Joe O’Hara, ancien consultant de NXIVM qui avait quitté le groupe.

Canaprobe disait avoir des sources pouvant obtenir de tels renseignements. Pour protéger leurs échanges, Clare Bronfman et Richard Marier placent un avocat comme intermédiaire afin de profiter de son secret professionnel : il s’agit de Me Reevin Pearl, payé « 1000 $ par heure » pour tout travail effectué à son bureau et 10 000 $ pour toute journée de travail « à l’extérieur du bureau », selon le contrat signé par Mme Bronfman. Me Pearl n’a pas répondu à un courriel que La Presse lui a envoyé.

2010

Les demandes d’enquête de Clare Bronfman – directement ou à travers une collaboratrice – se multiplient. « Mon doux, je dirais peut-être une centaine » pour l’ensemble du mandat, a évalué Richard Marier dans des documents judiciaires. Dans un courriel de 2010 signé par Clare Bronfman, l’héritière demande des vérifications sur les comptes bancaires de sept journalistes américains, dont trois du Times-Union qui menaient une enquête sur NXIVM. Des hommes politiques de l’État de New York étaient également ciblés, tout comme Roger Stone, une figure trouble de la politique américaine réputée proche de Donald Trump.

À d’autres moments dans la relation d’affaires, Canaprobe fouillera aussi dans les finances de juges américains qui ont entendu des procès concernant NXIVM. Les comptes de son père, Edgar Bronfman, et du Congrès juif mondial l’intéressent aussi. La même année, elle fera vérifier les comptes du gourou lui-même, Keith Raniere.

2011

C’est la dernière année où les services de Canaprobe seront retenus. En tout, les deux soeurs Bronfman auront versé plus de 1 million CAN à Canaprobe. Seul problème : les « sources » que Canaprobe utilisait  – un ex-policier ontarien et sa femme – s’étaient fait une spécialité de contrefaire des relevés bancaires qui attribuaient faussement des millions de dollars aux individus visés par leurs enquêtes.

Au printemps 2011, les deux soeurs Bronfman sont devant la américaine dans une cause civile qui implique l’une des personnes sur lesquelles Canaprobe a fait enquête. Elles veulent utiliser un rapport. La firme s’y oppose, faisant valoir qu’il s’agissait de documents à utiliser seulement à des fins d’information. La firme assure avoir informé les Bronfman dès 2009 des problèmes d’exactitude dans les rapports produits par le couple ontarien. Les deux soeurs nient cette affirmation. La même année, le Toronto Star publiait une enquête sur leurs gestes.

2014

L’ex-policier ontarien et sa femme – Cullen Johnson et Elaine White – sont condamnés à cinq ans et demi de prison aux États-Unis pour malversations. Les soeurs Bronfman engagent une poursuite contre Canaprobe pour récupérer l’argent versé au fil des années pour les vérifications bancaires.

« La non-violence est l’une de mes valeurs »

L’avocate québécoise de Clare Bronfman, Me Romy Proulx, du cabinet Stikeman Elliott, a indiqué à La Presse que ni elle ni sa cliente n’entendaient commenter la situation.

Dans une note non datée publiée sur l’, l’héritière explique qu’elle continue à appuyer Keith Raniere et que « ni NXIVM, ni Keith [Raniere] n’a abusé ou exercé de contrainte à l’égard de qui que ce soit ». « Je sais qu’il se consacre à l’amélioration de la vie des autres et – plus important encore pour moi – il est un ami cher qui m’a aidée et continue de m’aider à travers les décisions difficiles et les moments douloureux de ma vie, notamment la maladie et le décès de mon père », continue-t-elle.

Le détective privé Richard Marier n’a pas voulu commenter le dossier.

« C’est trop délicat et on m’a bien averti de ne pas parler de tout cela. »

– Richard Marier

« Aucun fondement »

Comme sa bienfaitrice, Keith Raniere s’est défendu dans une note mise en ligne sur un site de NXIVM. « Le portrait peint par les ne correspond pas à ce que je sais de notre communauté et de nos amis, a-t-il écrit. D’importantes enquêtes indépendantes ont été menées par des individus très qualifiés et elles ont fermement conclu que les allégations d’abus, de contrainte ou de blessure n’avaient aucun fondement. Ces allégations me troublent beaucoup parce que la non-violence est l’une de mes valeurs les plus importantes. »

Raniere fait face à la prison à vie s’il est trouvé coupable. La poursuite s’est opposée à sa remise en liberté avant le procès.

« Il représente un risque de fuite et un danger pour la communauté », a plaidé le procureur dans sa requête

 

Sources : La Presse / Le Libre Penseur / Daily Mail

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