Élevage : Un vétérinaire dénonce les antibiotiques

Le démantèlement d’une filière illégale d’antibiotiques à haute dose dans des élevages d’Auvergne a mis en lumière des abus que les autorités tentent d’enrayer. Un vétérinaire de Verzé, Jean-Pierre Siméon accuse.

«Le ministère de l’ a une ambition, faire de la France le leader de l’agro-écologie » clamait fin 2012 lors d’un colloque intitulé « Évaluer la d’antibiotiques à usage vétérinaire et la réduire ».

Le ministre mettait en avant le plan « Ecoantibio 2017 » dont le but est de réduire de 25 % en 5 ans l’usage des antibiotiques dans les élevages, source d’une préoccupation bien plus globale touchant à l’antibiorésistance chez les et les hommes.

Vœu pieux ? « Aujourd’hui on utilise des céphalosporines de 4e génération (dits antibiotiques critiques) qu’on devrait garder pour nos enfants le jour où ils ont une méningite et on s’en sert pour soigner des veaux qui ont la diarrhée, c’est galvauder la médecine », s’insurge Jean-Pierre Siméon, vétérinaire à Verzé dans le Mâconnais.

Salmonella Kentucky

Les céphalosporines de 3e et 4e générations et les fluoroquinolones constituent une des seules alternatives pour le traitement de certaines maladies infectieuses chez l’homme. Or, ces deux classes de molécules sont disponibles en médecine vétérinaire depuis une quinzaine d’années.

« Certaines filières ont pris conscience du problème et se sont imposé un moratoire sur l’utilisation de ces familles d’antibiotiques, notamment en élevage porcin », affirme Isabelle Tourette, vétérinaire conseil pour GDS France (Fédération Nationale des Groupements de Défense Sanitaire), en charge de l’animation de la mesure 1 du plan Ecoantibio.

« Parfois on ne peut pas se passer des antibiotiques, il s’agit alors de bien les utiliser en réalisant par exemple des antibiogrammes pour cibler au mieux le traitement ». Mais sur le terrain, « ce n’est pas encore un réflexe », concède la spécialiste.

Le 29 mai dernier, l’institut Pasteur a lancé une alerte sur l’émergence d’une salmonelle hautement résistante, la « Salmonella Kentucky », responsable d’infections alimentaires risquant de s’implanter dans les élevages : « Si cette implantation devait s’étendre, la conséquence serait une menace d’épidémies au sein de l’ » avertit Pasteur.

La transmission de l’antibiorésistance est possible de l’animal vers l’homme et vice-versa : « Elle semble marginale par le biais de la chaîne alimentaire, la transmission homme/animal se faisant a priori plutôt par contact entre l’éleveur et ses », indique la responsable de chez GDS. Elle peut se faire via des bactéries de la flore intestinale non pathogènes mais potentiellement porteuses de gêne de résistance, ces gènes pouvant ensuite passer à une bactérie pathogène.

Pour Jean-Pierre Siméon, le vétérinaire qui pratique les médecines alternatives « le problème n’est pas de les substituer à la médecine conventionnelle mais plutôt de changer les modes d’élevage en respectant la physiologie des animaux ».

Pour illustrer ses propos, il cite les veaux laitiers qui ont pratiquement tous la diarrhée à quelques jours, alors que leur mère leur fournit naturellement le stock d’enzymes pour digérer. « Encore faut-il qu’elle produise du bon lait. Nourrie comme un porc (farines et tourteaux en excès) la vache laitière haute productrice donne un lait riche en albumine et globulines, presque dénué de caséine ».

Porcelets vaporisés aux huiles essentielles

Et de relater une expérience vieille d’une dizaine d’années : « avec un ami qui possédait un laboratoire de phytothérapie, on avait tenté de soigner à l’aide d’huiles essentielles (en les vaporisant) des porcelets victimes de la + diarrhée grise + ». Le remède avait été aussi efficace que les antibiotiques.

Mais le Dr Siméon avoue que si c’était à refaire, il ne le ferait plus : « l’important est de respecter l’âge du sevrage c’est-à-dire 40 à 50 jours comme cela se pratique en élevage Bio ». « Les porcs industriels sevrés à 21 jours voire moins, n’ont aucune immunité, et on nous fait croire que l’on est obligé d’incorporer systématiquement des antibiotiques à leur », ajoute le vétérinaire.

Dans son exploitation située dans le parc naturel régional des volcans d’Auvergne, Bruno Gourdon, 42 ans, possède 30 vaches laitières. Il est passé à l’homéopathie il y a un an et s’est lui-même confectionné 254 remèdes.

Désarmé devant des kératites (inflammation de la cornée) de ses vaches causées par des piqûres de mouches, il faisait souvent appel à son vétérinaire qui prescrivait systématiquement antibiotiques et pommades à la cortisone. Face à ces traitements lourds et chers, il a trouvé une solution alternative avec un remède homéopathique, alors qu’il n’y croyait pas : « 48 heures après mes vaches étaient guéries, et il n’y a pas de délai d’attente pour le lait ». Aujourd’hui ses animaux sont rarement malades et ses frais de vétérinaires ont fondu, passant de 3000 euros par an il y a 5 ans à 950 euros en 2012, et quasiment aucun frais depuis 6 mois.

Conflit d’intérêt des vétérinaires

Le statut même du vétérinaire se retrouve aussi pointé du doigt.

Contrairement au médecin, il possède une double compétence de prescripteurs et distributeur de que d’aucun estime sources de dérives, comme celle de mi-avril où trois d’entre eux avaient été mis en examen pour avoir écoulé de grandes quantités d’antibiotiques sans justificatifs.

Dans un tel cas, un vétérinaire peu scrupuleux va sillonner les campagnes et proposer aux éleveurs une liste de moins chers que chez leur vétérinaire traitant.

La loi sur l’avenir et la modernisation de l’ qui vient d’être repoussée à début 2014 entend interdire les marges arrière sur les antibiotiques et veiller à « un encadrement plus strict de la prescription des antibiotiques critiques », annonce Mme Tourette.

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Source(s) : LeJournal
Image : http://www.ecolomania.com/wp-content/uploads/2011/05/Elevage-antibiotique.jpg

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