Pierre Moscovici : Nous aurions tout à gagner à ce que davantage de PME françaises s’installent au Maroc


Pierre Moscovici s’est rendu ces 31 octobre et 1er novembre au pour y rencontrer notamment le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane et Meriem Bensalah-Chaqroun, patronne des patrons marocains. Il a fêté aussi à Rabat le centenaire de la Chambre française de commerce et d’industrie au . A l’occasion de cette visite de travail, le ministre français de l’Économie trace pour L’Usine Nouvelle les futures lignes et projets de coopérations économiques entre les deux pays.

L’Usine Nouvelle – Les relations économiques entre la et le sont qualifiées d’excellentes des deux côtés. De votre point de vue, quels sujets de coopération peuvent être approfondis entre votre ministère et son homologue marocain, notamment au profit des PME ?

Pierre Moscovici – De nombreux liens unissent déjà la et le en matière économique, pour le plus grand bénéfice de nos deux pays. Un des constats formulés lors des récentes visites au du président de la République et du Premier ministre reste toutefois que nous aurions tout à gagner à ce que davantage de PME françaises s’installent au , et réciproquement. Le développement des PME à l’international constitue en effet un réservoir de croissance significatif pour nos deux économies, que nous n’exploitons pas encore à la mesure de son juste potentiel. De façon générale, les difficultés d’accès au financement des PME constituent le principal obstacle à leur croissance, voire à leur pérennité.

Nous avons ainsi décidé, en lien avec nos partenaires marocains, de renforcer notre coopération pour faciliter l’accès des PME au financement. Avec mon homologue, M. Mohammed Boussaid, nous avons défini un accord-cadre, prévoyant un appui à la fois technique, financier et humain (formation). 

Dans ce cadre, un accord a été signé, lors de ma visite, entre la Caisse centrale de garantie marocaine, Bpifrance et l’AFD, pour accroître la portée et l’efficacité des activités de partage du risque de ces institutions, au service des PME françaises et marocaines installées au Maroc ou désireuses de s’y installer. Nous souhaitons que les dispositifs qui seront mis en place accordent une importance toute particulière aux PME souhaitant développer leurs capacités d’export vers le continent africain, dans une perspective de co-localisation des activités.

Il s’agit là d’une réponse concrète à notre souhait d’encourager le développement mutuel des activités de nos PME dans nos pays respectifs.

La dont les finances publiques sont tendues, va-t-elle continuer sa politique de soutien financier aux projets de développement et d’infrastructures du Maroc, comme évoquée lors de la visite de Jean-Marc Ayrault et de la déclaration commune du 13 décembre 2012 ?

Des financements français ont été accordés ces dernières années à plusieurs projets de développement et d’infrastructures au Maroc, à l’instar de la ligne ferroviaire LGV ou des tramways de Rabat et de Casablanca. Il s’agit à chaque fois de projets structurants, à même de renforcer le potentiel de croissance du pays et d’y réduire les inégalités territoriales et sociales.

Le contexte de finances publiques que l’on connaît nous impose effectivement aujourd’hui d’être plus sélectifs que jamais dans le financement de ces projets de développement et d’infrastructures à l’étranger, en se concentrant sur nos priorités et sur les dépenses les plus productives.

Or, du fait du partenariat d’exception qui existe entre nos deux pays, le Maroc fait précisément partie de ces priorités. La France reste donc disponible pour accompagner de nouveaux projets de développement et d’infrastructures dans ce pays, notamment dans les domaines des énergies renouvelables et des transports publics. Il s’agit aussi d’un moyen pour ouvrir, demain, de nouvelles perspectives à nos entreprises.

L’an dernier des voix notamment au sein du PS s’étaient élevées pour contester l’installation d’une usine Renault à Tanger ou la délocalisation des centres d’appels, vous aviez avancé un avis contraire. Dans quelle mesure le développement des entreprises françaises au Maroc est-il une bonne chose pour notre économie ?

Nous devons arrêter d’opposer systématiquement investissements à l’étranger et emplois en France. Le Maroc est un marché attractif pour les entreprises françaises, mais il est aussi pour elles un levier de compétitivité significatif. Ma conviction est que les investissements français au Maroc ne sont pas seulement bénéfiques pour le Maroc, mais qu’ils peuvent également avoir des retombées positives pour l’économie française et les entreprises concernées en termes de recherche et développement, d’emplois, de balance des paiements.

Dans le contexte de crise actuel, nous devons raisonner en termes de partage de la chaîne de valeur. S’agissant d’un pays aussi proche, les complémentarités entre implantations en France et au Maroc sont très fortes et il faut donc parler de co-localisation et de partenariat gagnant-gagnant.

Les exemples de co-localisations réussies au Maroc ne manquent d’ailleurs pas, que cela soit EADS pour la fabrication des sièges d’avions, Safran pour les nacelles des moteurs et le câblage des avions ou encore Renault pour l’ingénierie et certaines pièces détachées des voitures produites à Tanger.

La France a confiance dans le Maroc

Vous avez dialogué avec des chefs d’entreprises au Maroc, quel a été votre message ?

Un message de confiance. Comme l’a dit le président de la République lors de sa visite d’État au Maroc en avril dernier, la France a confiance dans le Maroc.

Voilà en effet un pays qui s’est engagé depuis plusieurs années déjà dans un processus de réformes ambitieuses, sous l’impulsion du Roi Mohammed VI. Ces réformes ont permis, bien avant le début des printemps arabes, de répondre aux aspirations de la population à davantage de liberté et de dignité.

Le Maroc constitue aujourd’hui un modèle qui démontre qu’il est possible de réformer dans le consensus et la stabilité. C’est un motif d’espoir pour toute la région. J’ai dit aux chefs d’entreprises français et marocains que j’ai rencontré que je pense que le gouvernement issu des élections législatives de 2011, remanié il y a quelques jours, a toutes les cartes en main pour répondre aux défis économiques et sociaux auxquels fait face le Maroc et que la France est pleinement disponible pour l’accompagner en ce sens.

L’ négocie un accord de libre-échange avec le Maroc, quels sont les points  particuliers sur lesquels la France est vigilante pour défendre ses intérêts ?

La mise en œuvre d’un accord de libre-échange complet et approfondi entre l’Union européenne et le Maroc s’inscrit dans le cadre du statut avancé accordé au Maroc en 2008. Elle vise à instaurer un espace économique commun entre le Maroc et l’UE, au moyen d’une convergence de la législation et des réglementations marocaines avec les normes communautaires dans plusieurs secteurs : le commerce des biens industriels, des produits agricoles et des services ; la protection des investissements ; les marchés publics ; la politique de la concurrence ; la protection des droits de propriété intellectuelle.

Notre objectif est d’aboutir à un accord “gagnant-gagnant” qui se traduise, d’un côté, par un accroissement des débouchés et de la sécurité juridique des investissements des entreprises européennes au Maroc, et de l’autre, par un meilleur accès au marché européen pour le Maroc. Avec, au total, une augmentation du PIB à attendre pour les deux parties.

Deux sujets attireront plus particulièrement notre attention dans le cadre de la négociation en cours : le respect de la parité en matière de services avec l’accord conclu par les États-Unis (notamment en ce qui concerne les services financiers) ainsi que le rapprochement réglementaire en vue de faciliter le commerce de certains produits (cosmétiques par exemple).

La France a perdu des parts de marchés au Maroc, dans quelle mesure est-ce durable et comment y remédier ?

La France reste aujourd’hui, de loin, le premier partenaire économique du Maroc : les investissements français y représentent plus de la moitié du stock des IDE (Investissements directs étrangers ndlr) ; 750 filiales d’entreprises françaises sont implantées sur le territoire marocain, assurant plus de 120 000 emplois ; le Maroc est le premier pays d’intervention de lAgence française de développement, avec un stock d’engagements s’élevant à près de 3 milliards d’euros ; enfin, la France reste, selon les statistiques marocaines, le premier partenaire commercial du pays, avec plus de 8 milliards d’euros d’échanges annuels.

Pour autant, nous sommes bien conscients que nos positions ne sont plus acquises au Maroc et que la France doit sans cesse innover et s’adapter à un pays en pleine évolution si elle veut y conserver son statut de partenaire de référence.

C’est exactement le message qu’a délivré le président de la République lors de son intervention devant les chefs d’entreprises français et marocains le 4 avril dernier à Rabat. Il y a rappelé notre volonté : de mieux nous positionner sur les secteurs stratégiques pour le développement du Maroc que sont le développement durable, l’aménagement des villes, les énergies renouvelables et l’agroalimentaire ; d’amplifier le courant d’investissements français au Maroc dans tous les domaines mais également de susciter des investissements marocains en France ; d’encourager les PME françaises à venir s’installer au Maroc ; d’encourager les stratégies partenariales entre les entreprises de nos deux pays vers les marchés africains, car le Maroc a une réelle plus-value à apporter aux groupes français dans leur développement vers l’.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

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Source(s): Usine Nouvelle / Par PIERRE-OLIVIER ROUAUD, le 04.11.2013 / Relayé par Meta TV )

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