MON PÈRE DISAIT : “QUAND JE PARTIRAI JE FERAI DE LA PLACE À UN JEUNE”


Adage vrai hier, complètement faux aujourd’hui ! Effectivement dans les années 60, alors que le chômage était pour ainsi dire inexistant, lorsqu’il y avait dans une le départ d’un ancien, automatiquement il était remplacé par un, voire deux jeunes.

Depuis les années 80, c’est plutôt l’inverse qui s’est passé. Cette croyance est toujours très ancrée dans l’esprit de nombreux français et pas seulement des « profanes », mais chez beaucoup de politiques, dirigeants, cadres, journalistes et même économistes ! La principale cause est . C’est de n’avoir fait des analyses qu’en terme comptable et non économique. Le comble de ce processus, c’est d’avoir essayé de « partager le travail » avec les 35 heures. Ce qui est le plus surprenant, c’est que l’on se soit « acharné » dans cette direction surtout depuis 1980.

C’est en 1972, qu’apparait la première forme de préretraite sous l’appellation de « Garantie de ressources licenciement » gérée par les partenaires sociaux avec l’assurance chômage. Elle garantissait après 60 ans un revenu de remplacement de 70% de leur salaire alors que la retraite dans le privé était à 65 ans. L’idée de base lors de l’instauration de ce processus dans le droit du travail était la création d’une mesure sociale constituant un instrument de solidarité entre les générations et de prévention du chômage.

En 1977, cette garantie est étendue aux démissionnaires. C’est un total de 72.000 bénéficiaires qui est atteint en 1982. Devant les baisses d’activités, les entreprises ont privilégié le recours aux contrats de solidarité préretraite démission. Ce qui a rapidement augmenté le nombre de nouveaux bénéficiaires dépassant les 143.000 pour la seule année 1983.

Même la retraite à 60 ans instituée le 1er avril 1983 n’a pas stoppé le processus des préretraites. Plusieurs types de préretraites ont été mis en place. C’est le dispositif de préretraites sous forme progressive qui a été favorisé sous trois formes :
– Les contrats de préretraites progressives (27.623 en 1983).
– Les allocations spéciales du FNE (Fond National Européen) recours intensifié début les années 90 (45.837 en 1982).
– Les préretraites avec convention sur l’emploi dans la sidérurgie avec dispense d’activité dès 50 ans ou cessation d’activité à 55 ans. Il existait aussi la possibilité de maintenir des allocations chômage jusqu’à 65 ans !

Avec les baisses d’activités successives, les entreprises ont géré leurs effectifs en jouant au maximum avec les préretraites. Un choix qui était beaucoup moins onéreux pour elles. Licencier des seniors de plus de 50 ans permettait de diminuer plus facilement la masse salariale pour deux raisons : salaires et charges plus importantes et moins de personnes licenciées pour le même montant. Ce qui dégrade moins l’image de marque des sociétés. Inconvénient : perte du savoir faire des entreprises avec moins en moins de tuteurs restants.

Plus les durées de travail ont diminué, sur la semaine, sur le mois, l’année, la durée de vie, plus les charges ont augmenté et d’une façon automatique les marges des entreprises se sont mises à fondre. Ce qui a contraint bon nombre d’entreprises à aller chercher de meilleurs rendements hors du territoire national. Le processus des délocalisations s’est mis en marche. Phénomène encore accentué par l’arrivée des produits moins chers venus de différents pays : , Maghreb, pays de l’est, etc…

Heureusement, à force de constats, d’analyses, un virage s’est fait jour après plus de vingt cinq années de préretraites catastrophiques pour la consommation, l’activité, les caisses de l’état, de la sécurité sociale, celles des retraites et aussi celle de l’Assedic. Cela a aussi asséché les possibilités d’investissement dans tous les corps de métiers de l’état : , éducation, police, armée, etc, y compris les agriculteurs coincés avec des prix trop bas ; lait, viande, céréales, etc…, dû à un pouvoir d’achat trop faible.

Le coup d’arrêt porté aux préretraites a eu pour objectif de changer les mentalités afin d’inciter les entreprises à garder leurs seniors, ce qui n’a toutefois pas suffit à faire diminuer le chômage et les arrêts maladie. Le problème de base n’ayant jamais été abordé : Des horaires de travail trop faibles et une durée d’emploi bien trop courte amplifiés par une durée de vie qui n’arrête pas d’augmenter à un rythme de sept heures par jour. Il faut rappeler que les seniors français ont un des taux d’emploi des plus faibles du monde industrialisé !

Selon les chiffre d’Eurostat de 2001, le taux d’emplois des seniors de 55 à 64 ans étaient de :
– 31% pour les Français
– 52 pour les Britanniques
– 58% pour les Danois
– 67% pour les Suédois

En 2016, les taux ont très sensiblement évolué surtout pour la avec la retraite à 62 ans, voir le tableau ci-dessous

Vous pouvez remarquer qu’à quelques exceptions près, le chômage des jeunes est bien proportionnel au taux d’emploi des seniors.

Selon Robert Rochefort Directeur du Credoc de l’époque (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie), si l’ ne se reconcilie pas avec ses seniors, on risque faute de main-d’œuvre, de produire moins. Soit on délocalisera encore davantage, soit on entrera dans une de contraction, voire récessive. « C’est le scénario catastrophe » Les 35 heures de Martine Aubry ont encore fortement amplifié ce processus de baisse généralisée des temps d’emploi ! Heureusement, elle a eu une initiative intéressante en poursuivant le dispositif de réduction des préretraites qui avait commencé à se mettre en place.

Fin 2002, le nombre de bénéficiaires des programmes publics type AS-FNE, ARPE, CATS, CAATA, PRP, est passé pour la première fois depuis dix ans sous la barre des 200.000, concernant encore 181.500 personnes. C’est les lois Fillon qui ont véritablement sonné le glas des préretraites avec objectif de prévoir la quasi-disparition des préretraites à partir de 2005. La première loi prévoyait de repousser l’âge moyen de départ en retraite de 57 ans à 59 ans en 2008.

La deuxième, de taxer à hauteur de 24% les « préretraites maisons ». Dommage qu’un nombre non négligeable d’entreprises dès l’annonce de cette loi du 1er janvier, se soient hâtées de mettre en place des plans de préretraites. C’est encore en 2010 qui a permis la prolongation de la durée d’emploi en instituant la retraite à 62 ans avec entrée en vigueur définitive au 1er janvier 2017. Malgré cela nous sommes encore très très loin de presque tous les pays européens ! Il est intéressant de savoir que chaque retraité qui part trop tôt, avant (65/66ans) fait perdre la valeur financière de 4 jeunes embauchés (20/25ans).

POURQUOI ? Explication ci-dessous :

1 personne qui part en retraite = 1 de salaire (de 60/62 ans env, trop tôt)                                                  
                                                = 1 de charges (salariées et employeur)

                                                = 0,7 de pension payée

Soit :                                         = 2,7 de perdu  

1 jeune entre 20/25ans          = 0,40 de salaire                                                
                                             = 0,40 de charges (S+E)

Soit                                          = 0,80 2,7 par rapport à 0,80           = 3,375   c’est à dire plus de 3 jeunes embauchés pour ne pas y perdre en PIB, pouvoir d’achat, charges, impôts.

Si l’on rajoute les pertes de pouvoir d’achat et impôts supplémentaires :
– + 35% de revenus en moins (différence salaire/pension)
– + 40% d’impôts en moins (idem)

Nous arrivons bien au niveau financier de 4 jeunes embauchés (Montant financier perdu pour l’)

CONSTAT : Le chômage des jeunes est proportionnel au taux d’emploi des seniors. Plus nous avons supprimé de senior en emploi, plus le chômage des jeunes s’est accentué. Pendant les 30 glorieuses, époque du plein emploi (zéro chômeur) le contexte se trouvait différent puisque qu’à chaque départ, il y avait une embauche et parfois deux si c’était des jeunes !

www.livres-daniel-moinier.com

 

Source : Économie Matin

D'autres articles Meta TV

Laissez un commentaire