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Norman Finkelstein : l’aide US aux Palestiniens coûte moins qu’un yacht saoudien par Amy Goodman


Amy Goodman : Avant d’en venir à votre ouvrage sur Gaza, je voudrais également solliciter votre avis sur cette menace des de couper des millions de dollars d’aide à l’UNRWA, l’agence pour les réfugiés palestiniens. Expliquez l’importance de cette agence et pourquoi les Palestiniens comptent tellement sur elle.

 : Ok. Tout d’abord, vous devez garder à l’esprit que 70% des Palestiniens à Gaza – appelons-les simplement les Gazaouis – 70% des habitants de Gaza sont classés comme réfugiés. Techniquement, cela signifie, des réfugiés réels et des enfants de réfugiés. Mais selon la catégorisation utilisée à Gaza, ils sont tous classés comme réfugiés. Ca fait donc 70%. Deuxièmement, la moitié de la population de Gaza, ou un peu plus, sont des enfants. Et vous avez donc cette population massive d’enfants réfugiée, et ils dépendent massivement de l’UNRWA, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés (de Palestine).

L’UNRWA est financé entre 25 et 30% par les , ce qui représente environ 300 millions de dollars par an. Par conséquent, la menace de couper l’argent à l’UNRWA serait dévastatrice pour une population déjà dévastée, dont une écrasante majorité d’enfants. Néanmoins, je voudrais garder les choses dans leur juste proportion. Ce serait sans aucun doute une catastrophe si l’UNRWA n’était plus financée par les . Cependant, regardons les chiffres. Nous parlons de 300 millions de dollars par année. Mohammad bin Salman, le prince héritier d’, a payé 500 millions de dollars pour un yacht. Cela aurait couvert toutes les dépenses américaines de l’UNRWA – la partie américaine –, pour plus d’un an. Il a payé 450 millions de dollars pour une peinture de (Léonard) de Vinci. Cela aurait couvert toutes les dépenses des , encore une fois, pour plus d’un an. Il a payé 300 millions de dollars pour une maison à Versailles**. Cela aurait couvert toutes les dépenses de l’UNRWA des États-Unis. Et Dieu seul sait combien d’argent il a payé pour la chronique de Tom Friedman dans le New York Times.

Amy Goodman : Eh bien, pourquoi n’expliquez-vous pas de quoi vous parlez, l’éditorial du New York Times à propos de Mohammad bin Salman, le prince héritier d’ ?

 : Il y a des jeunes gens ici, donc je dois faire attention à mon langage. Mais ce n’était rien d’autre qu’une très chère, c’était une…

Amy Goodman : Oui, faites attention. Pas de mots grossiers ici.

 : Non, ce ne sont pas des grossièretés. Mais c’était une très longue fellation verbale, probablement la plus chère de l’histoire du monde, qui a été administrée à Mohammad bin Salman, la colonne qu’il a écrite dans le Times. C’était le millésime Tom Friedman. Il se rend en pendant trois jours, dit que tout est merveilleux, parle à la sœur du prince héritier, qui est représentative du peuple saoudien, dit qu’ils sont tous très enthousiastes à son sujet, puis il s’en va et écrit cette chronique.

 Amy Goodman : Mentionnant à peine, dans cette colonne, entre autres problèmes, le . Mohammad bin Salman, responsable de l’agression saoudienne soutenue par les États-Unis contre le .

 Norman Finkelstein : Oui. Eh bien, le est… Vous voyez, le fait est que tous les mouvements réactionnaires et régressifs du monde arabe sont financés par les Saoudiens, que ce soit le , que ce soit le Bahreïn, que ce soit la Syrie ou l’Egypte. Partout, c’est l’argent saoudien. Et c’est aussi, incidemment, l’argent saoudien qui maintient l’Autorité palestinienne à flot. C’est pourquoi ils doivent tous rendre [hommage]… ils doivent tous faire preuve de déférence envers les Saoudiens. C’est un régime pourri et parasitaire.

Amy Goodman : Qu’en est-il de la relation de avec Mohammad bin Salman ? Et comment influe-t-elle sur la situation ? Il est allé à plusieurs reprises en Arabie Saoudite. , conseiller principal de son beau-père, le Président Trump, est apparemment responsable du processus de paix au . Et ils ont apparemment élaboré un plan – et Mohammad bin Salman – pour la paix au .

 Norman Finkelstein : Eh bien, tout d’abord, nous devons regarder le contexte : ne connait rien à rien. est seulement là parce qu’il est marié à la fille de Trump. Il est le fils de Charles Kushner. Charles Kushner est un magnat de l’immobilier, un milliardaire qui a la distinction d’avoir été arrêté et d’avoir passé du temps en prison. C’est quelque chose de très rare…

Amy Goodman : Par Chris Christie, quand il était procureur au New Jersey.

Norman Finkelstein : Oui. C’est très rare aux États-Unis pour un milliardaire de passer du temps en prison. Entre autres choses, il a embauché une prostituée et l’a fait photographier avec son beau-frère, puis a présenté la à sa femme lors d’une réunion de famille. , il est entré à l’Université d’Harvard parce que l’année où il a postulé, son père a donné 2,3 millions de dollars à Harvard. Tout le monde était d’accord pour dire qu’il n’avait pas les résultats suffisants, il n’avait pas les résultats requis aux tests. Ce sont des gens qui profitent, qui profitent du profit de leurs parents. Personne n’a jamais entendu parler de la moindre connaissance qu’il possèderait au sujet du

Et d’ailleurs, c’est la même chose avec Mohammad bin Salman. Son seul intérêt est… Il n’a qu’un seul intérêt. Et, bien sûr, l’intérêt est de maintenir son pouvoir. Mais le régime saoudien est un régime parasitaire. Littéralement, « travailler » en Arabie Saoudite, le mot « travail » est LE mot de quatre lettres (injure obscène). Si vous dites que vous avez un travail, que vous travaillez, la classe dirigeante saoudienne vous regarde avec mépris. « Vous travaillez ?! » Et donc, les Saoudiens savent que dans leur confrontation actuelle avec l’, ils savent qu’ils ne pourraient pas l’emporter sur l’ sur le plan militaire, sur le plan stratégique. Vous savez, l’ est une civilisation vieille de 5 000 ans. C’est un endroit très impressionnant. Et ils espèrent que les États-Unis et vont leur tirer les marrons du feu. Ils veulent donc qu’ et les États-Unis partent en contre l’. Et donc ils sont prêts à faire n’importe quoi. Vous savez, ils sont prêts à donner la Palestine. Ils donneraient ce studio. Ils l’achèteraient et le donneraient pour que les États-Unis et fassent ce qu’ils veulent. Donc, nous ne parlons pas vraiment d’un plan de paix. Nous parlons de donner à tout ce qu’il veut, en échange d’ et des États-Unis qui éliminent l’.

Le politologue étatsunien Norman Finkelstein, fils de juifs survivants du ghetto de Varsovie,  est l’auteur de nombreux ouvrages dont « L’industrie de l’Holocauste : Réflexions sur l’exploitation de la souffrance humaine » et de « On en sait trop : Pourquoi la romance des Juifs américains avec arrive à sa fin ».

*Source : intégralité de l’interview sur le site Agora Vox 20 janvier 2018

Traduction: Sayed Hasan (son site)Version originale : Democracy Now

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