Le laissez-passer avec le tampon de Daech qui prouve l’existence d’un accord avec Lafarge en Syrie


Le cimentier Lafarge a-t-il conclu un accord avec Daech pour continuer à faire tourner son usine en ? Les salariés de l’usine en ont confié la preuve aux journalistes de “Complément d’enquête” : un laissez-passer portant le tampon du trésorier de l’État islamique et mentionnant cet accord.

En 2014, quand l’organisation État islamique prend le contrôle de la région de Raqqa, malgré la menace grandissante pour les salariés syriens, le comité de sûreté parisien de Lafarge ne se résout pas à fermer son usine, qui vend toujours du ciment. 

Les principaux points d’accès à l’usine sont alors contrôlés par les jihadistes. Abu Eskandar, le responsable d’une équipe de 60 chauffeurs, se souvient de cette période éprouvante. Les journalistes de “Complément d’enquête” ont repris avec lui la route qu’ils empruntaient quotidiennement pour acheminer le ciment et les matières premières. Il se souvient de l’endroit où commençaient les positions de Daech, avec le front qui courait sur quinze kilomètres.

“Tu fais rouler tes camions, et on s’occupe du reste”

Sur la route qui relie l’usine à Raqqa, les chauffeurs devaient s’arrêter à un checkpoint et montrer patte blanche aux soldats de Daech armés jusqu’aux dents. “Un jour, raconte-t-il, le responsable de la sécurité de l’usine m’a appelé. Je lui ai dit ‘J’ai peur de passer ce checkpoint.’ Il m’a dit ‘T’en fais pas ! On s’est mis d’accord avec Daech. Tu fais rouler tes camions, et on s’occupe du reste’.”

Un accord avec Daech ? Les salariés de l’usine en ont confié la preuve à “Complément d’enquête”. C’est un laissez-passer portant le tampon du trésorier de l’Etat islamique, sur lequel on peut lire ceci : “Au nom d’Allah le miséricordieux, les frères moudjahidine sont priés de laisser passer aux barrages ce véhicule transportant du ciment de l’usine Lafarge, après accord avec l’ pour le commerce de cette matière.”

Tous les chauffeurs de Lafarge avaient ce document

Ce laissez-passer, Abu Eskandar le connaît très bien : “Tous mes chauffeurs qui transportaient de la pouzzolane et du avaient un papier comme celui-là”, affirme-t-il. Et les autres entreprises, avaient-elles ce papier aussi ? “Non, il n’y avait que ceux de Lafarge qui avaient ce document.”

Extrait de “Complément d’enquête” du 22 mars 2018.

 

Source : francetvinfo

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