Jared Kushner

Jared Kushner, fidèle de Trump ou protégé de Kissinger ? 1


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Jamais auparavant, dans les annales de la politique américaine, un conseiller présidentiel de haut rang n’avait eu plus d’influence sur la Maison-Blanche que le beau-fils de Donald Trump, Jared Kushner. Cela va-t-il devenir un problème pour Trump dans le futur?

Citez un événement majeur au cours de la première année de mandat de Trump et vous trouverez sans aucun doute le visage triste de Jared Kushner caché quelque part dans la foule, regardant avec attention (ou est-ce une sombre satisfaction?), un peu comme un novice piégé dans les projecteurs du pouvoir ultime.

Au-delà de la question de l’omniprésence de Jared, il semble avoir un don pour la survie politique. Bien que Trump ait tendance à passer par les officiels aussi rapidement que ses tweets, Jared a réussi jusqu’à présent à surmonter la tempête. Pourtant, virer Jared – le mari de la fille de Trump, Ivanka – serait plus qu’une décision politique banale, ce qui est probablement la raison pour laquelle Trump n’aurait jamais dû s’aventurer dans le népotisme pour commencer. A moins que Jared Kushner soit dans sa position de haut niveau, non pas parce qu’il est le gendre de Donald Trump, ou parce qu’il est politiquement très astucieux (jusqu’à présent, il semble qu’il ne le soit pas), mais précisément parce que certaines personnes haut-placées de l’establishment le veulent là.

Quoi qu’il en soit, il est à noter que même si les principaux alliés de Trump – Mike Flynn, Steve Bannon et Reince Priebus (qui étaient tous détestés par les gens de l’establishment, soit dit en passant) – sont tombés à la trappe, Kushner est un des seuls hauts fonctionnaires restants de la formation originelle de Trump. Et sa popularité parmi l’élite de l’establishment semble sans tache.

Rappelant le jour où Barack Obama a reçu le prix Nobel de la paix sans jamais avoir négocié un seul accord de paix, le magazine Time a récemment nommé Jared Kushner parmi ses «100 personnes les plus influentes». Et ce n’était autre que Henry Kissinger, 94 ans, l’ancien homme d’Etat américain, sévèrement critiqué, qui a écrit le texte de présentation qui accompagnait la mention de Jared.

Kissinger, expert du « mensonge stratégique », dit qu’il a rencontré Kushner pour la première fois « il y a environ 18 mois, quand il s’est présenté après une conférence sur la politique étrangère que j’avais donnée ». La ligne suivante suggère que Kissinger se cache dans l’ombre de l’administration Trump. « Nous avons échangé de temps à autre des points de vue depuis. »

Vraiment? Ce bref commentaire aurait dû déclencher quelques alarmes. Qu’est-ce que Kissinger entend par « de temps à autre », et de quoi lui et Jared discutent? D’une manière ou d’une autre, je doute que ce soit de la pluie et du beau temps. Et Trump est-il conscient du contenu de ces conversations «sporadiques», ou se contente-t-il des petits résumés de Kushner?

Considérant le passé extrêmement agité de Henry Kissinger – pour commencer, il a convaincu Nixon de bombarder le Cambodge et le Laos, et de remplacer le gouvernement démocratiquement élu du Chili par une dictature militaire brutale – ce ne sont pas des questions futiles. Et il se trouve qu’il y a déjà des soupçons sur une série de méfaits dans l’air qui impliquent directement Jared Kushner, et, indirectement ou autrement, Henry Kissinger.

L’art de faire l’idiot

À ce jour, le président Trump a pris deux décisions cruciales qui, pour de nombreux analystes, ont défié toute logique et même le bon sens. En fait, ils étaient désastreux. Le premier concernait le renvoi de Michael Flynn moins d’un mois après avoir été nommé Conseiller à la sécurité nationale. La raison invoquée pour cette décision était les conversations que Flynn aurait eues avec l’ancien ambassadeur de Russie, Sergey Kislyak, un mois avant que Trump ne prenne officiellement ses fonctions. Cependant, Flynn ne faisait rien de «subversif» si ce n’est d’essayer de calmer la fureur compréhensible de la Russie d’être traitée si brutalement par l’administration Obama.

Dans le raz-de-marée de la russophobie qui a déferlé sur Washington suite à la défaite spectaculaire de Hillary Clinton, Barack Obama – après avoir initialement reconnu que l’élection avait été juste – a soudainement changé d’avis. Apparemment, quelqu’un a eu une conversation avec lui, et le 29 décembre, sur la base des allégations infondées selon lesquelles la Russie aurait falsifié les élections, Obama a expulsé 35 membres du personnel de l’ambassade russe et imposé des sanctions – juste quelques jours avant le Nouvel An.

C’est au cours de ce grave effondrement dramatique entre les deux puissances nucléaires du monde que Flynn et Kislyak se sont entretenus à plusieurs reprises au téléphone afin de réparer les dégâts (Il faut noter que Jared Kushner a également participé à une réunion antérieure à la Trump Tower avec Michael Flynn et Sergey Kislyak). Le but de cette réunion était « d’établir une ligne de communication » entre le futur gouvernement Trump et le Kremlin, a déclaré la Maison Blanche au New York Times. Tout compte fait, c’était la chose honorable à faire. D’autres, bien sûr, ont vu les choses différemment. Pourtant Flynn a été viré, alors que Kushner continue dans son poste relativement indemne.

Quand les loups du Parti Démocrate ont frappé à la porte, Trump a probablement pensé qu’il pouvait satisfaire ceux qui voulaient saboter les relations américano-russes en sacrifiant Flynn comme un pion facilement jetable. Le franc-tireur de Manhattan semble avoir mal joué. Trump aurait « regretté » d’avoir viré Flynn, qui, selon lui, est « en très mauvais termes » avec les médias.

Cette semaine, Flynn a plaidé coupable d’avoir menti au FBI au sujet de conversations qu’il avait eues avec l’ancien ambassadeur de Russie aux Etats-Unis, Sergey Kislyak. Cependant, les pourparlers ont eu lieu alors que Trump était président élu, et que l’administration Obama faisait des heures supplémentaires pour saboter tout espoir que l’administration Trump aurait pu avoir d’établir une relation de travail avec les Russes, comme Trump l’avait promis durant sa campagne électorale. Donc, la question de savoir pourquoi le FBI interrogeait Flynn à propos de ces contacts reste inconnue.

Dans le même temps, ABC News a diffusé la fausse information selon laquelle Donald Trump aurait ordonné à Flynn de prendre contact avec les Russes pendant la campagne électorale. ABC News a par la suite « précisé » que le reportage parlait de Trump donnant l’ordre en tant que président élu.

La deuxième «erreur» encore plus mystérieuse a impliqué le renvoi de James Comey, le directeur du FBI qui était en train d’enquêter sur les allégations de collusion entre Trump et la Russie au cours de l’élection présidentielle de 2016. Il ne faut pas être un génie politique pour comprendre que le renvoi de Comey alors qu’il enquêtait sur ces affirmations ne ferait que renforcer ce mythe – et pire, apparaîtrait comme une tentative de dissimulation de la part de Trump. Le président des États-Unis, naturellement à bout de nerfs dans cette interminable chasse aux sorcières, semblait maintenant coupable d’essayer de se débarrasser du trop curieux Comey. En contrepartie, il y aura juste un peu plus de barbares à sa porte.

L’ancien stratège en chef de la Maison-Blanche Steve Bannon, un autre loyaliste dévoué de Trump et qui a reçu sa lettre de licenciement, a déclaré dans une interview à Charlie Rose que la décision du président Trump de licencier James Comey était «la plus grande erreur de l’histoire politique moderne».

Alors, qui a donné à Trump un conseil si terrible? Certains initiés de Washington pointent le doigt vers Kushner.

Selon un rapport de Vanity Fair, « Trump a reproché à Jared Kushner son rôle dans ces décisions, en particulier les licenciements de Mike Flynn et James Comey, qui ont conduit à la nomination de Mueller. » Ce commentaire serait basé sur un appel téléphonique entre Bannon et Trump. Dans une autre conversation, l’analyste politique Roger Stone aurait dit à Trump que Kushner lui donnait de mauvais conseils politiques, et Trump était d’accord.

« Jared est le pire conseiller politique de la Maison-Blanche dans l’histoire moderne », a déclaré Sam Nunberg, ancien assistant de Trump. « Je ne fais que dire publiquement ce que tout le monde dit dans les coulisses de Fox News, dans les médias conservateurs, au Sénat et au Congrès. »

Cependant, le jugement de Nunberg n’est vrai que si nous supposons que Kushner est vraiment dévoué à servir fidèlement Donald Trump, mais qu’il est tout simplement nul dans son travail. Ou, encore, s’il prend plutôt les demandes et les conseils qui lui sont donnés par des personnes comme Henry Kissinger, les représentants de l’establishment. Dans ce cas, on pourrait soutenir qu’il fait un travail remarquable.

Bienvenue, Henry Kissinger

En gardant à l’esprit l’observation de Mark Twain selon laquelle «l’histoire ne se répète pas, mais elle rime», il était impossible de passer à côté de la coïncidence historique de l’apparition de Kissinger à côté de Donald Trump en mai, peu après la mise à la porte sans cérémonie de Comey. Pourquoi était-ce une coïncidence?

Henry Kissinger, alors qu’il servait sous les ordres de Richard Nixon comme conseiller à la sécurité nationale et secrétaire d’État, a joué un rôle majeur dans le «massacre du samedi soir», où Nixon a renvoyé le procureur spécial du Watergate, Archibald Cox qui tentait de récupérer les enregistrements téléphoniques liés à l’affaire.

En conséquence de cette décision désastreuse, Nixon a finalement été forcé de démissionner en disgrâce, une calamité politique dont certains experts disent qu’elle pourrait finir par arriver à Trump si le ‘Russiagate’ devient encore plus hors de contrôle.

« Le licenciement inattendu d’un enquêteur de haut niveau sur les malversations politiques potentielles liées à la Maison Blanche, suivi d’une visite de Henry Kissinger au bureau ovale. Non, ce n’est pas octobre 1973″, ainsi commence un reportage d’ABC News décrivant l’invitation étrangement chronométrée de Kissinger à la Maison Blanche.

Trump a déclaré que la rencontre avec Kissinger était axée sur la Russie, la Syrie et « d’autres questions », qualifiant Kissinger d’« ami de longue date ».

Coïncidence ou non, Kissinger était l’un des plus proches confidents de Nixon et l’a rencontré après le massacre du Saturday Night.

« Je ne pense pas que nous puissions en savoir beaucoup plus là-dessus, mais ce serait intéressant s’ils le consultent pour la résolution des problèmes, auquel cas, Kissinger ne serait pas la première personne à qui je ferais appel », déclare à ABC News David Greenberg, professeur d’histoire, de journalisme et d’études des médias à l’Université Rutgers dans le New Jersey.

En tout cas, si c’était vraiment Jared Kushner qui a conseillé à Trump de laisser tomber Flynn et Comey, comme le suggèrent de nombreux analystes, la soudaine apparition du gourou géopolitique Kissinger à la Maison Blanche peu après est pour le moins étrange.

Mille et Une arrestations arabes

Tout récemment, nous avons peut-être pu voir, bien que ce soit par des récits de seconde main, Jared Kushner faire ses premiers pas en tant que protégé géopolitique de Kissinger.

Le 3 novembre, l’Arabie Saoudite a appelé le Premier ministre actuel du Liban, Saad Hariri, pour lui demander de se rendre à Riyad. Hariri n’a pas du tout perdu de temps et se serait envolé pour l’Arabie Saoudite sans son staff. Le jour suivant, Hariri a fait quelque chose de complètement inouï : dans une apparition télévisée, dans la capitale saoudienne, il a annoncé qu’il démissionnait de son poste de Premier ministre.

Les médias occidentaux ont minimisé le fait que Hariri avait fait sa déclaration sur un sol étranger, en l’occurrence sur le sol saoudien, mais ont accordé une attention particulière à l’explication de sa démission soudaine : l’Iran et le Hezbollah qui viennent d’aider la Syrie à se libérer des terroristes.

« Partout où l’Iran s’installe, il sème la discorde, la dévastation et la destruction, prouvé par son ingérence dans les affaires intérieures des pays arabes », disait-il dans sa déclaration. Il disait également qu’il craignait pour sa vie.

Ce soir-là, le prince héritier Mohammed bin Salman a arrêté 11 princes saoudiens, 4 responsables gouvernementaux et des dizaines d’hommes d’affaires, tout en affirmant que l’Arabie Saoudite avait intercepté un missile balistique lancé par les rebelles Houthis du Yémen. Les accusations pour cet événement non confirmé sont naturellement allées à l’Iran aussi.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré que la démission de Hariri était un stratagème pour « créer des tensions au Liban et dans la région ».

« La démission de M. Hariri a été planifiée par Donald Trump, le président des Etats-Unis, et Mohammed bin Salman (MBS), le prince héritier d’Arabie Saoudite », a déclaré Hussein Sheikh al-Islam, conseiller du chef suprême iranien.

Cependant, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a poussé le jeu des accusations un peu plus loin en désignant Jared Kushner comme la cause de ce spectacle.

« Les visites de Kushner et du Premier ministre libanais ont abouti à la démission bizarre de [Saad] Hariri à partir de l’étranger », a tweeté Mohammad Javad Zarif . « Bien sûr, l’Iran est accusé d’ingérence. »

Aujourd’hui, Hariri, après une tournée éclair qui l’a emmené à Paris après son séjour à Riyad, est de retour au Liban où il reste Premier ministre.

En effet, Kushner a effectué une visite en Arabie Saoudite en octobre dans le cadre d’un voyage de quatre jours qui comprenait également des arrêts en Israël, en Jordanie et en Égypte.

Le Washington Post a fourni quelques détails sur la rencontre secrète de Kushner avec MBS: « MBS est encouragé par le fort soutien du président Trump et de son entourage … Ce n’est probablement pas un hasard si le mois dernier, Jared Kushner, conseiller principal et gendre de Trump, a fait une visite personnelle à Riyad. Les deux princes seraient restés éveillés jusqu’à près de 4 heures du matin plusieurs nuits, discutant et planifiant leur stratégie.

Dans le même temps, l’intérêt d’Israël pour ce qui se passe entre l’Arabie Saoudite et le Liban n’est pas l’un des moindres, compte tenu de sa méfiance à l’égard des mouvements iraniens dans la région, comme le souligne The Spectator: « L’Etat juif n’est pas un allié naturel pour l’Arabie Saoudite, mais ils ont partagé depuis longtemps un ennemi commun: l’Iran. Ils craignent tous les deux que ce dernier n’exploite l’ouverture créée par la chute de l’EI, et le triomphe du régime Assad en Syrie, pour dominer la région … « 

La question se pose toutefois de savoir quel rôle Jared Kushner a joué dans tout cela et à quelle fin. Sert-il loyalement et consciencieusement les intérêts de Donald Trump, tout en se préparant tranquillement comme le prochain Henry Kissinger, peut-être éventuellement passer sans heurts d’une administration à l’autre, comme Kissinger quand il a survécu à la chute de Nixon et a continué de servir sous Gerald Ford?

Ou est-ce que Jared Kushner, bien qu’il soit le gendre et le premier conseiller de Donald Trump, répond aux exigences d’un autre maître ?

Source : Strategic Cultural Foundation 

Via : https://www.rt.com/op-edge/411723-jared-kushner-trump-politics/

Traduction : AvicRéseau International

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