Ils ont changé radicalement de vie pour devenir agriculteurs


– De plus en plus de citadins sont tentés de reprendre une exploitation agricole. Rencontres avec des cuisiniers, un opticien et un amateur de vin qui ont sauté le pas.

Sur les hauteurs de la commune d'Éveux, à une vingtaine de kilomètres de Lyon, Aurélie et Gérard Venet accueillent 11 mois sur 12 des clients dans leur ferme-auberge. Éleveurs de chèvres, de volailles et de porcs et restaurateurs le midi et les week-ends, voici leur nouvelle vie depuis bientôt 3 ans. Et à en croire leur large sourire, ils ne reviendraient pour rien au monde en arrière malgré leurs emplois du temps chargés. "Après plusieurs années en restauration, on en pouvait plus, on avait envie de savoir ce qu'on mettait dans l'assiette des gens. On a alors cherché une exploitation susceptible d'y implanter une ferme-auberge", explique Aurélie Venet (voir vidéo en bas d'article)

Tous deux ont pu bénéficier des aides à l'installation et notamment de formations diplômantes et de stages pour apprendre leur futur métier aux côtés de professionnels. "De octobre à janvier, j'ai pu m'installer avec nos cédants pour qu'ils me montrent comment faire les fromages et établir le contact avec les clients. Pendant ce temps, j'étais payé. C'était vraiment un plus", se souvient Aurélie Venet. En plus de reprendre l'activité de production de lait de chèvre, le couple développe l'élevage de porcs et la transformation en produits de charcuterie puis ouvrent un restaurant. Ils y proposent un menu unique à 27 euros, avec trois entrées, trois plats et trois desserts composés de produits fabriqués sur place ou fournis par les agriculteurs des environs. Avec un salaire de 1.000€ chacun, ils gagnent moins que dans leur ancienne profession mais ils ont le sentiment d'avoir bâti quelque chose de tangible à transmettre à leurs enfants. Pour eux, donc, le pari est réussi. 

 


Ex-cuisiniers, ils élèvent maintenant chèvres… par Challenges

A l'instar d'Aurélie et Gérard Venet, les citadins sont de plus en plus nombreux à vouloir changer de vie et revenir à la campagne. Il n'existe pas de donnée chiffrée mais c'est un phénomène très régulièrement rencontré par les représentants dans les Chambres d' et qui réjouit les responsables locaux dans les collectivités rurales, confrontés à la désertification des villages. "Il y a une vraie demande des gens non-issus du milieu agricole pour un retour aux sources, constate Dominique Bouvier, responsable du service "entreprises" à l'assemblée permanente des chambres d'agricultures (APCA). Notre travail est d'accompagner ces personnes pour qu'elles s'installent en connaissance de cause car la vie en milieu rural n'est pas forcément facile".

Véritable changement de vie, l'accompagnement de la famille est en effet crucial. "S'installer quand on est marié et que l'on a trois enfants c'est un projet qui ne s'improvise pas. Il faut bien réfléchir", prévient Guillaume Banchet, 35 ans, viticulteur depuis un an sur la commune de Juliénas dans le Rhône. Pour limiter les investissements, ces "hors cadres familiaux" s'installent principalement dans des élevages de chèvres, en viticulture ou en apiculture. "Les investissements dans les grandes cultures peuvent être 10 fois plus importants, ça se comprend facilement", soutien Dominique Bouvier.  

S'adapter et développer de nouvelles activités

Pour répondre à cette nouvelle demande, les dispositifs d'aide ont été aménagés. "Les profils des repreneurs ont beaucoup évolué ces dernières années. Du coup, nous avons mis en place des plans de préprofessionnalisation pour aider les jeunes à construire leurs projets en fonction de leurs compétences", relate Jérémy Decerle, membre du bureau du syndicat des Jeunes agriculteurs. Objectif: capitaliser sur l'expérience passée pour développer de nouvelles activités autour de l'exploitation agricole et ainsi viabiliser le plus possible la future activité. La loi d'avenir en préparation devrait également créer un contrat d'avenir spécifique avec un tutorat du cédant au repreneur. 

"J'ai toujours habité en ville. Mes parents et mes beaux-parents ne sont pas du tout du milieu agricole. C'est vraiment l'amour du vin qui m'a fait choisir cette voie, explique Guillaume Banchet. Il y a tout à faire ici. Je lance dans quelques semaines un site Internet pour commercialiser mes bouteilles et je pense que je vais faire des ventes chez des particuliers ou aller dans des campings l'été. J'envisage aussi de proposer mes produits dans des magasins fermiers et de faire un peu de restauration." Son domaine, actuellement de 6,8 hectares dont une bonne partie en appellation Beaujolais, en perte de vitesse commerciale, ne lui laisse pas le choix s'il veut faire vivre sa petite famille. Il faut développer ses activités et innover pour trouver de nouveaux canaux de distribution.

 

"C'est souvent un vrai plus car ils apportent leur expérience antérieure et ils valorisent autrement l'exploitation", confirme Dominique Bouvier. A quelques kilomètres, Gérard Presle, viticulteur de père en fils, en témoigne. A 57 ans, il vit une seconde jeunesse depuis qu'il s'est associé avec Jean-François Pluvinage, un opticien de formation âgé de 47 ans. "Comme on développe la vente directe, on n'a plus de places pour mettre les bouteilles donc on est en train de redévelopper la cuverie. Ce sont des choses que je n'aurais jamais faites car normalement, à mon âge, on lève le pied alors que là j'ai des projets pour 20 ans", explique-t-il les yeux pétillants (voir vidéo). En deux ans, grâce à l'expérience commerciale de son associé qui gérait une boutique et des salariés à Paris, le Domaine des Joséphins est passé de 6.500 à 12.000 bouteilles par an. 


A 45 ans, il change de métier et devient… par Challenges

"Ils sont ingénieurs, informaticiens, secrétaires, pharmaciens et viennent s'engager durablement à la campagne. Ce ne sont pas des gens qui agissent sur un coup de tête mais ils ont souvent bien étudiés le dossier. Ils ont une vraie démarche de chefs d'entreprises", conclut Joseph Giroud, le président de la Chambre d' Rhône-Alpes. Environ 10.000 installations sont réalisées chaque année en France. 

 
 

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Source(s) : Challenges / Par Laure-Emmanuelle HUSSON, le 09.04.2014

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