Ils apprennent leur hépatite C trente ans après avoir été transfusés


L’État a versé 19,8 M€ en 2013 pour dédommager 689 malades du VHC. Des patients témoignent.

C’est une réalité méconnue. Des personnes apprennent encore aujourd’hui qu’elles sont positives au de l’hépatite C… trente ans après avoir été transfusées dans les années 1980. Selon nos informations, le montant des indemnités versées pour dédommager 689 personnes, dont les dossiers avaient été jugés recevables au cours des années 2011 et 2012, s’élève à 19,8 M€.. Éric Rance, un des responsables de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, ajoute : « En 2013, pas moins de 228 personnes ont soumis leur dossier pour appréciation. »

Dans les années 1980, le de l’hépatite C (VHC) circulait, était présent dans le sang, mais ce n’est qu’à partir de 1990 qu’il a été clairement identifié et détecté à l’occasion des transfusions à l’hôpital. Parfois, les pathologies provoquées par ce (comme des problèmes graves au foie ou certains cancers) mettent des dizaines d’années à se déclarer, et les patients ne le découvrent qu’à l’occasion d’un rendez-vous médical pour un autre motif.

Cela fait partie des accidents médicaux qui surviennent à l’hôpital sans qu’il y ait une faute des médecins. Un fonds d’indemnisation spécial est dédié à ces patients, au titre du « préjudice du risque » auquel ils ont été exposés.

Comment expliquer cependant que l’État indemnise des patients pour des transfusions sanguines survenues avant 1989… date à laquelle le VHC a été identifié ? En d’autres termes, que peut-on reprocher concrètement aux hôpitaux et aux médecins dans ce contexte ? Samuel Valcke, le directeur juridique de l’Établissement français du sang (la structure qui, aujourd’hui, a le monopole de la collecte et de la transfusion sanguines), donne des clés de compréhension : « Même s’il n’y a pas eu de faute, les produits sanguins transfusés à l’époque n’étaient pas sans risque. Des poches de sang étaient positives au VHC. Le législateur a donc estimé que les patients concernés pouvaient être indemnisés. »

Mais tout le monde n’est pas concerné, bien sûr. Éric Merlet, président de SOS Hépatites, précise que « le patient porteur du VHC doit prouver qu’il a été transfusé pour espérer être indemnisé. Les hôpitaux et les cliniques sont obligés de lui transmettre son dossier médical depuis la loi Kouchner de 2002 ».

Même si cette affaire n’a rien à voir avec le drame du sang contaminé, où des poches de sang positives au VIH étaient revendues, cet épisode rappelle qu’il y a trente ans la transfusion sanguine était loin d’être sûre et que des patients en subissent encore aujourd’hui des conséquences.
 

«J’espère obtenir réparation»

Monique Réveillon, aujourd’hui âgée de 59 ans, habitant la région de Poitiers, a découvert son hépatite C en 2008. L’expertise médicale de son dossier conclut qu’elle l’a attrapée de façon transfusionnelle lorsqu’elle a accouché de l’un de ses enfants, à l’hôpital de Poitiers. « J’ai accouché trois fois, en 1975, 1977 et 1981 et, à chaque fois, j’ai dû être transfusée. Les experts font le lien avec mon hépatite C, mais sans pouvoir dire avec certitude de quel accouchement il s’agit, car cela a pu se produire dans les trois cas », explique Monique.

Elle doit passer une nouvelle expertise qui aura lieu dans les prochains jours à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, car Monique Réveillon n’accepte pas la première proposition d’indemnisation que lui a faite l’Oniam (Office national d’indemnisation des accidents médicaux). Revenant sur son histoire médicale, elle confie « être en colère d’avoir attrapé une pathologie sérieuse suite à une transfusion sanguine, alors que les hôpitaux doivent garantir à 100% l’innocuité des transfusions sanguines. Or, malheureusement, à l’époque ce n’était pas toujours le cas. J’espère obtenir réparation. » Heureusement pour Monique, les médicaments ont été efficaces et, aujourd’hui, elle va mieux.

 

«Je suis tombé des nues»

A l’occasion d’un simple bilan de santé chez son généraliste, Jacques Pouzaint, 55 ans, facteur à Sallanches (Haute-Savoie) apprend à sa grande surprise qu’il est « positif au de l’hépatite C », et qu’il doit passer des examens. En janvier 2013, à l’hôpital, il apprend que son foie est fibrosé, nécessitant un traitement « très lourd » à base de trithérapies (notamment administration d’interférons) à l’hôpital. « Je suis tombé des nues. Je ne comprenais pas comment j’avais pu attraper l’hépatite C », témoigne-t-il.

Ce virus se transmet en effet quasi exclusivement par le sang. En prenant connaissance de son histoire médicale, son hépatologue va l’éclairer. Trente ans plus tôt, en novembre 1983, Jacques a eu un accident de voiture, provoquant de multiples fractures au fémur et un éclatement de la rate pour lesquels il est opéré en urgence à l’hôpital de Sallanches. « Je me rappelle que l’on m’a transfusé plusieurs poches de sang. » A cette époque, le VHC n’est pas encore identifié et il est donc parfois présent dans les transfusions. « L’hépatologue m’a dit : C’est sûr à 99% que vous l’avez attrapé à cette époque, lors des transfusions sanguines, au moment de vos opérations. »

Après prise de contact avec une association de défense des patients, il se fait communiquer son dossier médical conservé à l’hôpital de Sallanches, où la preuve de la transfusion est conservée. Son avocat, Jean-Christophe Coubris, explique que « ce patient, comme d’autres, a droit à une indemnisation, car il a été exposé à un préjudice pour risque, même s’il n’y a pas eu de faute à proprement parler des médecins. »

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Source(s): LeParisien / Par Marc Payet, le 24.01.2014 / Relayé par Meta TV )

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