Général de Villiers : « Les personnels auraient du mal à accepter » de nouvelles coupes budgétaires

Visiblement, cette affaire de possibles nouvelles coupes dans le budget de la Défense qui fait beaucoup parler ne date pas de dimanche dernier, jour où le député Xavier Bertrand, par ailleurs colonel de la réserve citoyenne de l’armée de l’Air, et, dit-il, intéressé depuis longtemps par les questions militaires, l’a mise sur la place publique.

En effet, le 6 mai dernier, un autre député, Christophe Guilloteau, a dit qu’il semblait que « Bercy souhaitait encore diminuer le budget de la Défense », lors d’audition du général , le chef d’état-major des armées (CEMA), au sujet de l’avenir de la dissuasion nucléaire.

D’ailleurs, le CEMA a plusieurs fois abordé les questions budgétaires au cours de son intervention, pour insister sur le respect de la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, « cohérente mais déjà calculée au plus juste », qui implique une  » vigilance de chaque instant ». « C’est la capacité de notre défense à protéger, dissuader et intervenir, entendue comme la réponse globale à des défis globaux, qui est en jeu, que ce soit sur les plans capacitaire, industriel et social », a-t-il fait valoir, affimant mesurer « la réalité de la pression budgétaire au quotidien ».

En outre, a ajouté le CEMA, « la LPM, en l’état actuel, nous paraît réaliste et pragmatique. Il n’y a pas d’arbitrage budgétaire, j’insiste, qui puisse être pris au détriment de l’agrégat nucléaire à court terme », lequel a été « réduit de près de 2 milliards d’euros sur la période de la présente LPM par rapport à ce qui avait été envisagé en 2008″. Aussi, a-t-il indiqué, « on ne peut pas aller plus loin car il en va de la crédibilité permanente de la dissuasion ».

Par ailleurs, et étant donné que la trajectoire de la LPM a été calculée « au plus juste » pour prendre en compte la nécessité de redresser les comptes publics, le général de Villiers a par ailleurs affirmé qu’il a déjà peu de marges de manoeuvres, les seules étant, sur les rémunérations, « le recrutement, le vieillissement des combattants, ou l’avancement, ce qui ne serait pas bon pour le moral des troupes ».

Quant aux infrastructures, a-t-il ajouté, « tout a été fait pour réduire les dépenses alors que les besoins sont grands ; les travaux dans les ports ont été retardés, par exemple ». Et en « matière de maintien en condition opérationnelle (MCO), nous avons fait tout ce qui était possible, notamment en prolongeant la durée de vie de vieux équipements ».

S’agissant des dépenses de fonctionnement, que le gouvernement entend réduire pour tous les ministères, les forces armées sont déjà allées au bout de ce qui était possible. « L’an dernier, nous avions tellement réduit les dépenses que le ministre a dû dégager 30 millions d’euros en catastrophe, au mois d’octobre, pour chauffer les bâtiments! Je ne crois donc pas que l’on puisse gagner encore sur le fonctionnement. Je n’ai rien contre les gains de productivité, mais à un moment, la corde casse! », a rappelé le général de Villiers.

« Vous connaissez nos choix budgétaires en matière d’équipement, et vous savez combien ils ont été douloureux. Les hélicoptères interarmées légers (HIL) ont été repoussés à 2027 ! Les quelques programmes nouveaux qui doivent être lancés sont la seule marge de manœuvre. Je ne vois donc pas comment aller au-delà de ce qui a été fait », a-t-il encore déclaré devant les députés.

Et le CEMA, comme M. Le Drian, n’a pas manqué de souligner que la « la Défense a déjà beaucoup contribué à la réduction des dépenses publiques ». Et de préciser que « nous aurons perdu 80 000 postes entre 2008 et 2018, et 40 milliards d’une LPM à l’autre! ». Et cela « est déjà un effort absolument considérable », a-t-il estimé, en disant ne pas oublier « qu’aujourd’hui, notre armée combat sur des théâtres dangereux ».

Aussi, a estimé le général de Villiers, « si l’on devait aller plus loin dans la réduction des dépenses, les conséquences seraient nécessairement importantes : les capacités opérationnelles seraient touchées, ainsi que nos capacités industrielles, ce qui entraînerait des pertes d’emplois ; enfin, la conséquence la plus inquiétante serait sociale, car les personnels auraient du mal à l’accepter ».

Cela étant, outre la perspective d’un nouvel « effort » des forces armées pour le redressement des comptes publics, le budget de la Défense est menacé par d’autres éléments. Comme par exemple le niveau encore très incertain des recettes exceptionnelles attendues pour 2015 (1,8 milliards à trouver), tirées principalement de la vente aux enchères des fréquences hertziennes 700 MHz de la télévision numérique terrestre (TNT) aux opérateurs télécoms (voir l’article de Zone Militaire du 23 mars dernier). Et encore, il faut croiser les doigts pour que les taux d’intérêt auxquels la France emprunte actuellement n’augmentent pas prochainement….

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Source(s) : Opex360 / Par Laurent Lagneau, le 15.05.2014

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