« Les compteurs intelligents causent le cancer » – Igor Belyaev, chef du laboratoire de radiobiologie de l’Académie des sciences russe

  25 Octobre 2015
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« Les compteurs intelligents causent le cancer » – Igor Belyaev, chef du laboratoire de radiobiologie de l’Académie des sciences russe

La science du déni : si on ne cherche pas, on ne trouve pas.

Le docteur en radiobiologie Igor Belyaev s’ennuie du bon vieux temps socialiste. « C’était bien mieux à l’époque soviétique, alors qu’on voulait développer la technologie en se préoccupant de la sécurité des gens. Les normes russes [d’exposition aux radiofréquences ou RF] sont plus saines mais aujourd’hui on les rejette parce qu’aucun téléphone cellulaire ne les respecte », m’expliquait cette sommité en effets des champs électromagnétiques (CEM) en mai dernier à Bruxelles. Belyaev était l’un des conférenciers vedettes (lire sa présentation ici) du 5e Colloque de l’Appel de Paris, tenu à l’Académie de médecine belge, et qui portait sur les hypersensibilités environnementales.

Igor Belyaev n’a rien d’un militant écologiste. C’est plutôt un chercheur de très haut calibre : d’abord ingénieur en physique et dosimétrie des radiations formé à la prestigieuse Académie des sciences soviétique à Moscou, il est également diplômé en génétique. Membre du groupe de travail sur les CEM de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il dirige le laboratoire de radiobiologie de deux académies nationales des sciences, l’une russe (à Moscou) et l’autre slovaque (à Bratislava). De plus, il est professeur agrégé au Département de génétique, microbiologie et toxicologie de l’Université de Stockholm, en Suède, depuis 2004.

En 2010, la revue scientifique Bioelectromagnetics lui a décerné ainsi qu’à ses sept coauteurs suédois le prix du meilleur article qu’elle a publié entre 2005 et 2009. Parue en mai 2006, leur étude a démontré que les RF/micro-ondes émises par un téléphone cellulaire pouvaient provoquer des changements dans l’expression des gènes dans le cerveau de rats. Ces changements modifiaient des protéines essentielles pour la lutte contre le cancer et autres mécanismes biologiques (régulation des neurotransmetteurs, perméance de la barrière hématoencéphalique et production de mélatonine).

Au sortir du colloque de Bruxelles, je me suis entretenu avec lui en marchant dans les rues de la capitale belge et siège du Parlement européen. Une douche de réalisme plutôt glaçante, voilà l’effet de ses propos. « Les CEM, c’est une très petite partie de mes recherches. Personne ne veut financer des études [rigoureuses], j’ai perdu tous mes projets en Suède. Peu importe le pays, ils sont tous gouvernés par les mêmes compagnies. Les compteurs intelligents causent le cancer et les compagnies pharmaceutiques en tirent tous les profits. Mais l’industrie trouvera toujours des centaines de médecins pour dire que ce n’est pas dangereux. » (Pour plus de détails, lire notre dossier Compteurs intelligents : des experts dénoncent la « désinformation flagrante »)

Belyaev venait d’apprendre d’un collègue que la Russie voulait harmoniser ses limites d’exposition aux RF avec les normes adoptées par la majorité des pays occidentaux et qui sont mille fois plus tolérantes. « J’ai été estomaqué de l’apprendre. Il n’y a aucune raison scientifique, ce n’est qu’une décision administrative. En Union soviétique, ça n’aurait pas été possible, ce genre de décision devait être basé sur la science. Ces limites laxistes ne seront jamais reconnues en Ukraine, par exemple. »

Des études bidon

Depuis trois décennies, cet expert des mécanismes biologiques du cancer a publié plus de 70 articles scientifiques, notamment sur les effets des CEM, les dommages et la réparation de l’ADN, les aberrations chromosomiques et les marqueurs moléculaires de la radiosensibilité. Selon lui, pour justifier leur politique de laisser-faire en matière d’électrosmog, les gouvernements, l’industrie et leurs mercenaires ne citent que les études qui font fi des variables physiques et biologiques qui expliquent pourquoi les faibles doses répétées de radiofréquences dans les fréquences des micro-ondes (radiofréquences entre 1 et 300 gigahertz) peuvent être nocives… ou bénéfiques : fréquence, largeur de bande, modulation, polarisation, dose, durée et cohérence du temps d’exposition et de non-exposition, environnement électromagnétique (dont le courant continu terrestre), densité des cellules, génétique, sexe, âge, différences individuelles et autres particularités physiologiques des sujets, présence de métaux lourds et de puissants antioxydants et de capteurs de radicaux libres, comme la mélatonine et le ginkgo biloba.

Ces études « négationnistes » sont presque toujours financées par l’industrie ou un État voulant légitimer les limites d’exposition actuelles¹. Des limites qui, selon Belyaev et plusieurs autres experts, menacent la santé publique car elles ne tiennent compte que des effets thermiques de ces micro-ondes. (Oui, votre four à micro-ondes utilise les mêmes ondes radio que votre cellulaire, téléphone sans fil ou votre tablette Wi-Fi.) Et dès qu’un chercheur soulève la possibilité d’un risque sanitaire (effets non thermiques comme le cancer) découlant de l’exposition prolongée à de faibles doses d’ondes émises par les antennes et les appareils sans fil, le financement de recherches visant à reproduire fidèlement son étude fond comme neige au soleil.

« Différents signaux électromagnétiques provoquent des effets différents, m’a-t-il expliqué. Par exemple, une télécommande ne fonctionne qu’avec des fréquences spécifiques » d’ondes radio ou infrarouges. De même, la thérapie par biorésonance est utilisée par environ 300 professionnels de la santé russes, dont le cinquième sont des médecins. Ils traitent divers problèmes de santé avec diverses radiofréquences et à des doses très précises. « Certaines thérapies ont eu de bons résultats, par exemple dans 70 à 80 % des cas d’ulcères gastriques, alors que d’autres n’étaient pas meilleures qu’un placebo, soit entre 40 et 50 % de succès. » (Lire notre dossier La biorésonance : guérir par les ondes.)

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