Zbigniew Brzezinski Pour Un Réalignement Global

  29 Avril 2016
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Zbigniew Brzezinski Pour Un Réalignement Global

La Nouvelle Stratégie Américaine de Zbigniew Brzezinski Face à la Chine et à la Russie

Par Katheon.com repris par Russia Insider
Traduction Meta TV International

Le célèbre politologue américain Zbigniew Brzezinski vient encore terrifier l'humanité en déclarant que « la fin du rôle global de l'Amérique … serait probablement synonyme de chaos global. » Afin d'éviter cela, le défenseur de l'hégémonie des États-Unis suggère un Réalignement Global. C'est le titre de son article pour le journal The American Interest.

Quels sont donc les intérêts américains selon Brzezinski ?

Pour résumer brièvement le contenu de l'article de Brzezinski, on peut considérer essentiellement ces deux thèses :

  1. Les États-Unis ne sont plus une puissance impériale globale.

  2. [Comme mentionné précédemment] – Un risque de chaos résulterait de l'effondrement de l'hégémonie impériale américaine.

Pour que les États-Unis puissent conserver leur puissance, Brzezinski offre plusieurs recettes :

a) Faire en sorte que les principaux rivaux géopolitiques des États-Unis – la Russie et la Chine – œuvrent dans le sens des intérêts américains. Ceci est censé s'appuyer sur la crise au Proche-Orient, en tant que source de menaces prétendument communes aux trois puissances.

« L'Amérique ne peut être efficace dans la lutte actuelle contre les violences au Moyen-Orient, que si elle forme une coalition qui implique également, à différents degrés, la Russie et la Chine. »

« La perspective politique pour le futur proche de la Chine, est qu'elle va devenir le partenaire principal des États-Unis dans le confinement du chaos global face à sa propagation (en direction du nord-est notamment) depuis le Moyen-Orient. Si le chaos n'est pas maitrisé, il risque de contaminer les territoires du sud et de l'est de la Russie ainsi que les parties occidentales de la Chine. »

b) Faire en sorte que le monde Islamique œuvre dans le sens des intérêts américains. Pour ce faire, Brzezinski fait à nouveau référence à sa doctrine du « réveil démocratique global, » [Video FR, ndt] qui justifie l'implication U.S. dans le printemps arabe. L'idée principale est simple : utiliser les forces anti-américaines pour renforcer la domination U.S à travers différents mécanismes d'influence ou d'infiltration directe. Brzezinski affirme qu'une attention toute particulière doit être portée aux masses nouvellement politisées du monde non-occidental, et cela ne peut être compris que dans le contexte de sa théorie sur le réveil démocratique global. L'émergence d'ISIS, et avant elle les révolutions colorées des Frères Musulmans dans le monde islamique, peuvent être vues comme l'application pratique de cette dite stratégie. Ces forces engendrent des problèmes pour tout le monde mais « étonnamment » pas pour les États-Unis.

c) Maintenir la présence militaire U.S. au Moyen-Orient par tous les moyens. Le texte stipule que ce point est crucial pour les États-Unis, car le retrait déclencherait immédiatement l'effondrement de l'hégémonie américaine :

« Un retrait total des américains du monde musulman soutenu par les nations isolationnistes, pourrait donner lieu à de nouvelles guerres (par exemple, Israël contre l'Iran, l'Arabie Saoudite contre l'Iran, une intervention majeure de l'Egypte en Libye) et cela pourrait générer une crise de confiance encore plus grande quant au rôle américain de stabilisateur global. De différentes manières et certaines complètement imprévisibles, la Russie et la Chine pourraient devenir les bénéficiaires géopolitiques d'une telle évolution alors que l'ordre mondial lui-même serait la victime géopolitique la plus immédiate. Le dernier élément et non le moindre, dans de telles circonstances, une Europe divisée et apeurée verrait ses actuels États membres quérir de nouveaux protecteurs et rivaliser les uns contre les autres dans des arrangements alternatifs mais séparés du trio le plus puissant. »

En d'autres termes, Brzezinski offre la stratégie suivante, dans laquelle le Proche-Orient joue un rôle déterminant :

  1. Fomenter le chaos et la guerre dans la région, en s'appuyant sur la force du « réveil démocratique global. »
  1. Déclarer la guerre au terrorisme et en faire porter le fardeau à la Russie et la Chine, pour les attirer dans un conflit sans espoir dans la région.
  1. Maintenir voire augmenter la présence militaire sous prétexte de préserver la stabilité au Proche-Orient.

Évidemment, tout ceci est masqué par les arguments sur la lutte contre le terrorisme et l'attention qui doit être apportée à la souffrance des musulmans et aux populations du tiers-monde en général, étant donné que les principaux acteurs sur cet échiquier eurasien du Proche-Orient – la Russie, la Chine, l'Iran, la Turquie, Israël, l'Egypte, l'Europe et l'Arabie Saoudite – sont conviés à y participer. Le prétexte est qu'ils sont tous intéressés par la résolution du conflit, mais en fait cela va seulement mener à un conflit d'intérêts et ajouter au chaos.

« La menace globale du terrorisme islamique » n'est pas une « menace » à proprement parler. Les USA ont été réellement touchés par l'islamisme seulement une fois dans leur histoire, le 11 septembre 2001. Aux États-Unis, les musulmans représentent environ 1% de l'ensemble des citoyens, là où les populations musulmanes comptent plusieurs millions d'individus en Russie et en Chine. Et contrairement à ces deux pays, il n'y a aucune région des États-Unis où le séparatisme islamiste pourrait émerger.

Les États-Unis sont séparés de la région en conflit par l'océan Atlantique. Par conséquent, les USA peuvent se permettre de jouer sur deux tableaux en même temps – en soutenant secrètement les extrémistes et en combattant le terrorisme, pour attirer la Russie et la Chine dans le conflit et pour affaiblir consécutivement le monde islamique également.

L'Amérique espère pouvoir utiliser ses extrémistes islamistes « maison » pour ramener la Russie dans son giron comme nous l'avons noté – probablement après Poutine. C'est cette menace de l'islamisme qui sera utilisée dans le but de placer la Russie dans un système américano-centré. Brzezinski a déclaré ouvertement que cette stratégie pro-occidentale s'appuyait sur le nationalisme russe, ou sur la transition russe entre l'idéologie de l'expansionnisme byzantin et le concept d'État-nation bourgeois européen faisant partie du monde occidental :

« Le futur de la Russie dépend sur sa capacité à devenir un État-nation majeur et influent faisant partie d'une Europe en cours d'unification. »

Il est significatif que Brzezinski, en accord avec la tradition géopolitique classique, considère l'ennemi principal des USA comme étant la Russie et non la Chine :

« Et c'est pourquoi il incombe aux États-Unis d'élaborer une politique dans laquelle au moins un des deux États potentiellement menaçant devienne un partenaire dans cette quête pour la stabilité régionale et globale plus largement,  et ainsi dans le confinement du rival le moins prévisible mais le plus à même de devenir trop ambitieux. Actuellement, le plus susceptible d'aller trop loin est la Russie, mais sur le long terme, ça pourrait être la Chine. »

L'analyse de Brzezinski est basée sur une manipulation des faits et des mensonges éhontés, destinés à arrondir les angles de sa vision.

D'abord, il s'égare complètement lorsqu'il examine la position de la Russie. Du point de vue de Brzezinski, ce pays est dans la dernière phase convulsive de sa « dévolution » impériale. Dans le même temps, la Russie a réintégré la Crimée en 2014, et a mené une campagne militaire avec succès en Géorgie en 2008 avant cela. En 2015-2016, pour la première fois depuis la chute de l'URSS, la Russie a lancé une campagne militaire à l'étranger – en Syrie. La Russie démontre non pas une « dévolution » impériale, mais une renaissance impériale. Même si la Russie essayait de devenir un État-nation, elle sera forcément poussée à l'expansion, avec les millions de russes qui vivent sur les territoires d'Ukraine, de Biélorussie, dans les pays baltes et au Kazakhstan. La version impériale et la version réellement nationale de la Russie ne correspondent toutes deux aucunement à la vision de Brzezinski sur la Russie – en tant qu'État-membre de l'Union Européenne.

Deuxièmement, Brzezinski n'a pas pris en compte les nouvelles puissances émergentes : l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. Indirectement, cela peut signifier que les États-Unis les ont lâché, espérant renverser leurs élites indépendantes par des révolutions colorées et des coups d'état, comme ce qui est en train de se passer au Brésil. Toutefois, leur démographie, leur économie, et, comme dans le cas de l'Inde, leur potentiel idéologique antioccidental est extrêmement haut.

Troisièmement, il fait l'impasse sur la désintégration potentielle de « l'Union Européenne. » La crise migratoire, l'effondrement de Schengen, les positions diamétralement opposées entre les chefs d'État sur des questions cruciales, et la montée de l'Euroscepticisme, sont autant de problèmes auxquelles fait face la zone euro. Ce n'est pas une Union que la Russie aimerait rejoindre. Ce n'est pas une Union où les idées de Brzezinski pourrait promouvoir l'agenda mondialiste et « jouer un rôle constructif en prenant les devants sur les questions des menaces transnationales, le bien-être global et même la survie humaine. »

Quatrièmement, Brzezinski montre qu'il pense à partir du paradigme néoréaliste de « l'hégémonie de la stabilité. » L'effondrement de l'hégémonie US selon son opinion, signifierait l'effondrement de l'ordre mondial en tant que tel. Mais, premièrement, les USA ne contribuent d'aucune façon à la préservation de l'ordre mondial, en plongeant le monde entier dans une zone de chaos contrôlé suivant la théorie d'un autre analyste américain – Steven Mann. Pourquoi (comment) cela deviendrait-il un facteur de stabilité dans le futur ? Deuxièmement, un certain nombre de néoréalistes pensent que le monde bipolaire aurait un meilleur équilibre qu'un monde unipolaire. Troisièmement, il y a un modèle de monde multipolaire en tant que monde divisé par les « grands espaces » impériaux, qui prend en compte la diversité des civilisations du monde. Ce n'est pas le chaos non plus, mais l'alternative la plus adéquate à l'unilatéralisme américain.

On peut conclure que l'article de Brzezinski démontre les tentatives désespérées de l'élite américaine pour maintenir son hégémonie sur le monde. Dans le même temps, il est plein de clichés de propagande, et dans de nombreux cas, son évaluation de la situation ne correspond en rien à la réalité.

Sources :

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  29 Avr 2016 13h35

A enfermer en cage jusqu’à la fin de ses jours celui là. Ils nous prennent vraiment pour des animaux de zoo a qui on peut faire faire des jolis petits numéros, encore la propagande et ce genre de personnes ont toujours existé au seins des états, mais la c’est un américains qui parle à lui seul de ses projets pour jouer avec la terre entière. Allô docteur ?

  Sun Tzu
  29 Avr 2016 16h02

Ah Zbig, mon vieux salaud ! T’as bien compris que ton pays (les US, et l’Empire plus généralement) allait droit dans le mur avec sa monnaie-PQ que tout le monde commence à contester et son endettement massif… Sans compter la guerre de l’info qu’il est en train de perdre, avec toutes ses carabistouilles. Et ta seule réponse, c’est de mettre la pression aux Russes pour qu’ils s’enlisent dans des conflits sans fin… Mais Zbig, tu n’as pas compris qu’en détruisant le Moyen-orient jusqu’à la dernière brique, tu ne faisais que précipiter la chute (inévitable) de l’oligarchie de psychopathes pour laquelle tu te prostitues ?

Cela prouve en tous cas que la dernière arme américaine (et la seule), c’est l’armée et que les empires en fin de règne misent tout sur la violence… Jusqu’où va aller la surenchère ? Les Russes et les Chinois réussiront-ils à créer un monde multipolaire, ou est-ce que les autres tarés iront jusqu’à la guerre mondiale ? A moins qu’un collapsus économique n’arrive avant ?

  02 Mai 2016 15h26

Sun Tzu, mes respects pour ton Art de la guerre et pour ton analyse ! 😉
Dans mon bouquin, je mise sur collapsus et stratégie du choc en cadeau Bonux pour les populations. Chez les Brzezinski, on est hanté par la psychose « soviétique » de père en fils. Rien qu’à voir le titre de la thèse de doctorat de Zbig, on sait à qui on a affaire… 😉
http://metatv.org/jerome-menez-la-valse-des-irresponsables