Vers un retournement d’alliances aux Philippines ?

  13 Octobre 2016
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Vers un retournement d’alliances aux Philippines ?

Comment le Président des Philippines vient de snober les USA tout en s'ouvrant à la Chine

Par James Holbrooks pour theantimedia.org
Traduction Meta TV International

Pékin – Alors que le Président philippin Rodrigo Duterte continue de se distancer de l'Occident, se rapprochant plutôt de la puissance régionale chinoise, un représentant du Ministère des affaires étrangères chinois a déclaré mercredi que le leader controversé des Philippines rencontrera le président chinois la semaine prochaine à Pékin.

Comme le rapporte Reuters :

« Pékin a confirmé mercredi que le Président philippin Rodrigo Duterte se rendra en Chine la semaine prochaine, alors que les relations entre le leader sud-est asiatique et les USA, son allié traditionnel, se détériorent. »

« Sous Duterte, les relations de Manille avec Washington ont connu des tensions importantes et le Président récemment élu a choisi d'opter pour une mise à l'écart des longues années d'hostilités avec la Chine, particulièrement autour de la très disputée Mer de Chine du Sud, afin de lancer un nouveau partenariat. »

Geng Shuand, le porte-parole du Ministère des affaires étrangères, a déclaré que Duterte rencontrera le Président chinois Xi Jinping ainsi que le Premier Ministre Li Keqiand, lors d'une visite prévue pour débuter le 18 octobre.

« La Chine souhaite accroître la confiance mutuelle qui existe entre les deux pays, » déclarait Geng, « approfondir la coopération pratique et prolonger une tradition d'amitié à travers la visite du Président Duterte. »

Mais Duterte ne sera pas seul. Se joindront à lui 250 dirigeants d'entreprises, tous « impatients de discuter avec des hommes d'affaires chinois et des officiels du gouvernement à propos d'accords portant sur une grande variété de secteurs, des chemins de fer à la construction, en passant par le tourisme, l'agro-business, l'énergie et l'industrie, » d'après Reuters. Cela concorde parfaitement avec les déclarations émises par Duterte en Septembre, quand le Président déclarait aux reporters que les Philippines avaient atteint un « point de non-retour » avec les États-Unis et qu'il exprimait un désir « d'ouverture aux alliances avec la Chine. »

« Je vais leur ouvrir les Philippines pour les affaires, les alliances, les échanges et le commerce, » assurait-il.

Depuis lors, par ailleurs, l'hostilité de Duterte vis à vis des États-Unis s'est considérablement aggravée, comme nous le rapportions la semaine dernière lorsque le Président philippin a brutalement osé mettre la CIA au défi de le renverser et de lui faire quitter le pouvoir.

« Vous pouvez toujours essayer. J'en ai rien à foutre, » déclarait-il à la presse lors d'une conférence dans sa ville natale à Davao.

Toute cette situation – le fait que les États-Unis perdent potentiellement un allié au profit d'une nation avec laquelle ils sont actuellement au bord d'une guerre navale – est d'autant plus complexe compte tenu des événements qui ont lieu juste au nord de Philippines, au large de la côte est de la Chine.

Dans cette zone, le Japon, allié de longue date des États-Unis, affronte la Chine autour d'enjeux territoriaux en mer de Chine Orientale. Le Japon, qui a déjà planifié la construction d'un système de missiles de défense pour protéger ce qu'il considère comme ses intérêts nationaux, a également commencé à déployer des patrouilles de gardes-côtes pour chasser les navires de pêche chinois qui opèrent illégalement, selon eux.

Au même moment, les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud ont récemment mené les toutes premières manœuvres navales conjointes de leur histoire, lors d'exercices de coopération, sur fond d'inquiétudes hyper-médiatisées liées à la menace nucléaire nord-coréenne. Cette semaine d'ailleurs, les forces maritimes des USA et de la Corée du Sud mènent une série d'exercices qui simulent des attaques sur des installations nucléaires nord-coréennes.

La Chine en revanche, n'a jamais avalé le prétexte de la Corée du Nord. Elle a constamment insisté sur le fait que les U.S. utilisaient ces exercices comme une excuse pour préparer des attaques préventives contre les intérêts chinois, comme l'écrivait le quotidien d'État People's Daily au début du mois d'octobre :

« Comme n'importe quel autre pays, la Chine ne peut se contenter d'être vague ou indifférente sur les questions de sécurité qui affectent ses intérêts vitaux. Si les États-Unis et la Corée du Sud nuisent aux intérêts stratégiques sécuritaires de la région, y compris ceux de la Chine, ils sont destinés à en payer le prix et à subir une véritable contre-attaque. »

Sources :

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  15 Oct 2016 20h26

Quelque chose me dit qu’une vague d’attentats islamistes et une fièvre séparatiste ne va pas tarder à s’abattre sur les Philippines… Je sais pas… Comme ça…

  Alasso
  19 Oct 2016 15h27

La politique étrangère des USA creuse encore un peu plus sa tombe, et tout cela sous nos yeux.
Pour aller plus loin sur ce sujet, voir l’article qui fait suite à ce prologue et qui donne le ton de la rencontre entre Duterte et Xi Jinping : http://theantimedia.org/us-just-lost-philippines-china/

Morceaux choisis des déclarations de Duterte à la presse chinoise :

– « Il n’y a que la Chine qui puisse nous aider. »

– « Nous les philippins, sommes prêts à coopérer avec vous pour développer notre économie et construire notre pays »

– « Les politiques de la Chine sont saines, à l’intérieur comme à l’extérieur. »

– « Je dirais que la Chine mérite le respect dont elle jouit actuellement. »

– « Si nous pouvions obtenir ce que vous avez offert à d’autres pays par voie d’assistance, nous souhaiterions aussi en faire partie et avoir un rôle dans les plans plus larges de la Chine dans toute l’Asie et particulièrement dans l’Asie du Sud est. »

Des déclarations accueillies avec enthousiasme côté chinois avec une volonté de « consolider et renforcer les relations bilatérales » entre les deux pays, selon le Ministre du commerce. L’article suggère également que la preuve la plus évidente de ce repositionnement des Philippines concerne le conflit maritime qui les opposait jusque lors. Selon des sources liées aux autorités chinoises, « la Chine compte offrir aux pêcheurs philippins un accès conditionnel aux eaux disputées en Mer de Chine du Sud, après la rencontre des deux chefs d’État » (rapporté par Reuters).

Duterte quand à lui, affirme que désormais ce conflit territorial est terminé :

– « Entrer en guerre n’a aucun sens. Il serait insensé de se battre pour une étendue d’eau. Il vaut mieux discuter que faire la guerre. Nous souhaitons parler d’entente, de coopération, et surtout de business. La guerre ne nous mènerait à rien. »

Si le Président philippin semble prêt à confier l’avenir de la région toute entière à la Chine, rien ne dit qu’un plan de contingence ne se prépare pas dans le secret, à Washington. Affaire à suivre…