Un débat pour rien

  14 Octobre 2016
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Un débat pour rien

Un article de la rédaction #metatv

Un débat pour rien


Nous venons d'assister à la nouvelle superproduction hollywoodienne offerte par le RPR,  alias l'UMP, alias les Républicains,  qui nous ont proposé une formule à l'américaine avec un débat à sept en direct.

On a mis les petits plats dans les grands, avec un plateau hi-tec digne d'un meeting présidentiel de Sarkozy, avec une facturation légale cette fois j'imagine.

Les candidats de droite se sont prêtés à un nouvel exercice où l'on sent qu'ils ne sont pas à l'aise, d'autant que le casting est plutôt cocasse, car autour de la table, on compte pas moins de cinq membres du  gouvernement de l'ancienne majorité, ainsi qu'un Coppé revanchard qui dégaine dès les premières secondes.

La droite c'est plutôt un chef charismatique derrière lequel tout le monde se range sans broncher, mais, depuis la défaite de Sarkozy, la place est vacante, d'autant que l'intéressé avait juré à qui voulait l'entendre qu'il se retirerait de la vie politique s'il perdait.

Comme l'histoire se répète c'est donc un ancien président qui doit repasser l'oral du bac avec ses anciens collègues dont il était le boss.

On croirait un conseil d'administration qui doit élire son nouveau président ,mais, l'ancien PDG participerait au vote et défendrait son bilan face à ses anciens collaborateurs rebaptisés "mes concurrents" pour la circonstance par le Roi.

Tout le monde s'attendait à un règlement de compte à Ok Coral sur fond "d'affaires" et de petite phrases qui ont émaillé la campagne.

C'est Coppé qui dégaine le premier, et pendant toute la séquence il multipliera les attaques envers l'ancien président , et nous avons aucun doute que sa candidature est juste une épine dans le pied de l'ex patron sur lequel il veut une revanche après l'humiliation dans l'affaire Bygmalion.

Tout le monde s'acharne sur l'ancien président et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas trop la reconnaissance du ventre tous ces anciens "collaborateurs".

Au début, le ton est détendu et les candidats se tutoient en s'appelant  par leur prénom, cette apparente intimité replace tout le monde à égalité loin du formalisme hiérarchique qui règne lorsqu'on évoque le président en tant que membre d'un gouvernement en exercice.

La première partie fut molle et convenue et on sent bien que sur les questions économiques,  chaque acteur s'en est donné à cœur joie pour nous inonder de chiffres en milliards qu'ils dépenseraient ou économiseraient, sans qu'on comprenne vraiment où est ce qu'ils voulaient en venir, car ils  se ressemblent tous et il n'y aucune différence notable sur le fond.

Tout le monde veut casser du fonctionnaire, à une sauce différente.

Chacun d'entre eux nous revend les directives européennes demandées par Bruxelles et sa fameuse flexibilité sur le temps du travail.

35h 39h 40h là aussi ce sont les enchères ouvertes sur le temps de travail avec un François Fillon qui propose même de ne poser aucune limite .

Sur la dette qu'ils fustigent tous comme "étant le cancer de notre nation", aucun ne fait mention de la création monétaire et de sa privatisation par les banques privées.

Régler le problème de la dette sans remettre en question les fondements du système financier c'est de la littérature.

Aucun d'entre eux ne fait référence au contexte européen, alors que les domaines évoqués concernent directement sa compétence.

Idem sur la question migratoire où l'on sent bien que personne ne se démarque , et surtout pas un Sarkozy qui nous promet de revenir sur le droit au regroupement familial, alors même que la France est signataire de nombreux traités internationaux sur ce sujet, et qu'il n'a pas réussi à mettre en place sa politique dans ce domaine, et pour cause voilà encore un domaine de compétence dans les mains de l'union.

Hypocrisie d'un président qui incarne tous les échecs de son  gouvernement , et de ce même gouvernement qui porte aussi sa responsabilité en nous expliquant maintenant qu'ils n'ont pas pu appliquer leur propositions c'est bien parce qu'ils n'avaient pas le bon leadership..

Mais comment un vieux rusé comme Juppé, présent depuis plus de quarante ans dans la vie politique française, ayant occupé les plus hautes fonctions de l'état jusqu'à il y a encore cinq ans , serait l'homme de l'avenir qui va nous mener au redressement?

Juppé et Sarkozy forme le duo qui a initié la guerre en Syrie après les massacres de la guerre en Libye et le fiasco actuel dont aucun journaliste n'aura eu la pugnacité ni le courage de rappeler.

Le seul à adopter une position originale sur la Syrie est François Fillon qui devrait être taxé immédiatement de complotisme par la police de la pensée  (qu'on appelle Rudy Reichstadt !) , après avoir explicitement expliqué pourquoi il fallait se rapprocher des russes , et que dans cette affaire syrienne il ne fallait pas se masquer les yeux "il y a deux camps en Syrie pas trois".. une vision qui diffère brutalement avec l'image qui nous est renvoyée depuis des années par l'ensemble des médias occidentaux.

Cette position nous fait supputer que l'ancien premier ministre n'était pas forcément en accord avec les choix atlantistes du couple Juppé Sarkozy .

On notera aussi la sortie de Bruno Lemaire sur le Qatar et l'Arabie saoudite en guise de  gentille délicatesse à l'intention de son ancien taulier.

La question de l'identité a été abordé, et là encore Sarkozy se fait tacler insidieusement par NKM qui lui rappelle son ascendance hongroise.

Plus inconsistant les uns que les autres , il est vrai que l'on marche sur des œufs  avec le risque d'imploser en vol, à cet exercice Sarkozy leur donne des leçons d'équilibriste

Assimilation ou intégration personne n'ose vraiment se prononcer à part Sarkozy et Fillon.

Sur la laïcité c'est pareil,  tous frileux sauf Fillon qui affirme que seul l'islam pose problème.

Finalement  le spectacle de cette primaire à l'américaine avec le strass et paillettes a mené le débat dans le même bouche d'évacuation qu'outre-Atlantique.

De la posture mais pas de débat, rien sur l'union européenne qui pourtant aurait du être au centre de toutes les questions qui ont été soulevées, rien sur le système financier et la catastrophe économique qui nous pend au nez, rien sur l'euro, rien que de la sueur et des larmes qui vous serons exigés en cas de victoire, serrez la ceinture brave gens si la droite passe, mais rien de nouveau sous le soleil, juste un ancien gouvernement qui mène une bataille de chef en interne dans le but de reprendre les manettes d'un bateau en perdition pour nous mener droit dans le mur.




TEPA

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  Batu_fR
  14 Oct 2016 07h33

Merci pour l’analyse judicieuse.

  14 Oct 2016 16h18

C’est fatiguant de devoir supporter cette supercherie ambiante…. pourquoi la sortie de l’Europe n’est jamais évoquée? Marre de cette désinformation. Vive Meta TV

  Mkno
  18 Oct 2016 00h01

J’ai regarde l’emission , en Bref ils ont beaucoup parle mais n’ont rien dit 😄, comme toujours . Analyse tres pertinente , merci Tepa et meta tv .

  Sun Tzu
  18 Oct 2016 14h50

Parler pour ne rien dire, c’est la base du métier de VRP. Comme ces gens ont été achetés depuis longtemps (par les banques, les lobbies ou tout simplement par l’establishment qui profite de leur consentement tacite), ils ne font plus de politique, ils ne sont plus là pour décider du sort de la cité. Ils sont simplement là pour nous vendre des idées: « moins d’immigrés » mais quand même des réfugiés, plus de précarité, plus de mondialisme, d’UE et de libéralisme.

Et quand on est représentant de commerce pour de telles saletés, bien sûr qu’il faut savoir embrouiller la clientèle !

  23 Oct 2016 18h05

Comme entendu sur RMC de la part d’un auditeur, le seul véritable gagnant de ce débat qui n’en était pas un est… TF1.