Quand on dit « merci patron », il répond « de rien » ! [Lettre ouverte à François Ruffin]

 
  11 Avril 2016
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Quand on dit « merci patron », il répond « de rien » ! [Lettre ouverte à François Ruffin]
Salut François,

 

J'espère que tu n'en seras pas étonné, mais j'aime beaucoup ce que tu fais. Je crains cependant de devoir utiliser le titre de ton film pour rebondir sur un problème : lorsque tu places le curseur des revendications à porter dans une mobilisation populaire durable, tu te trompes de près d'un demi-siècle s'agissant de l'ennemi à désigner :

Avec "Merci patron !", l'ennemi distingué est diffus : il va du petit artisan au principal actionnaire d'une multinationale ; autrement dit au capitalisme dans son ensemble. Sauf que les aspirations d'une civilisation accouchant d'internet et parvenant à s'ouvrir à une encyclopédie universelle dans ses toutes premières années d'existence, ne peut s'émanciper que par une révolution établissant en premier lieu la Démocratie. Ce ne peut être même que sa première revendication.
 
Le capitalisme n'est qu'une conséquence d'une impossibilité démocratique quant à entraver sa concurrence "libre" et acharnée sur nos vies. A l'ère des réseaux sociaux, où des millions de Français utilisent un outil aussi boiteux que Facebook, le peuple dispose sans réellement encore l'admettre d'un espace de démocratie directe.
 
Mais la réalité de la démocratie parfois appelée "liquide" ; surtout dès lors que l'on connait l'espace de non-censure quasi absolu qu'est internet ; c'est qu'elle ne peut que se réapproprier l'espace public en se voulant forger ses proto-institutions populaires à son image, cela à l'occasion de rassemblements unitaires. Car on ne peut recréer un espace autant qu'un modèle économique sur une place dans laquelle on converge durant quelques semaines, aussi aisément que l'on peut instaurer la démocratie durant nos rassemblements. On ne peut pas non plus mettre d'accord un néo-gaulliste, un décroissant, un communiste, un anarchiste ou "un je-m'en-foutiste" en quelques jours sur un programme politique ;  soit dit autrement : "faire converger les luttes". Certaines luttes ne peuvent pas converger intrinsèquement. Celles qui en général, ne sont pas de nature à faire respecter nos intérêts fondamentaux. Elles sont dans ce cas de l'ordre des valeurs sociétales. Et en fonction de notre part de conservatisme moral ou notre dose de libertarisme variant d'un individu à un autre, c'est bien notre modération collective dans un esprit de bienveillance qui forge le droit pour chacun d'être libre de ses opinions en République. Nous sommes Unis par cette Liberté dès lors qu'elle est garantie à Tous au sein même de nos assemblées populaires.
 
Ainsi, en demandant à des rmistes révolutionnaires dans mon genre, des retraités qui n'ont plus de méchants patrons cupides et tyranniques à se coltiner (oui, nous savons qu'ils le sont tous, c'est toujours très binaire la vie), ou encore des étudiants qui découvrent Etienne Chouard et Pierre Rhabi sur internet et qui commencent à imaginer le monde qu'il voudraient pour leur première trentaine d'année ; quand tu leurs demandes François, d'avoir pour première revendication de taper sur la gueule du patron plutôt que sur les responsables politiques qui leur donnent les pleins pouvoirs constitutionnels pour piller les peuples, tu déplaces le curseur sur le mauvais adversaire.
 
L'ennemi pour tout révolutionnaire, c'est l'autorité politique suprême du pays.

C'est en renversant le Général Batista que Fidel Castro instaura le Communisme sur l'île de Cuba. C'est donc bien au niveau politique qu'un modèle économique s'établit. Par conséquent, lorsque tu aiguilles notre regard sur un patron pourtant asservi (à de moins en moins) de normes que des élus ont voté ou fait appliquer contre notre bien être social, tu nous empêches de regarder vers le primo-responsable de la signature de tous les traités et décrets d'application des lois, sans omettre les ordonnances et circulaires pour parachever l'arsenal juridique permettant à l'ultra-capitalisme de se pérenniser et aggraver ses méfaits.
Or, quand tu acceptes de regarder droit dans les yeux ton président de la République, et lui signifier qu'il est remercié et sera prochainement traduit en justice pour crimes de haute trahison et financement d'une entreprise terroriste, tu touches à un problème de démocratie extrêmement sensible qui pourrait pourtant régler le problème que posent certains patrons-voyous. Doit-on pourtant s'en faire un tabou ? Repousser le sujet avec pudeur et le laisser à qui sera assez "tordu" politiquement pour s'y risquer ? Non, il faut désigner les responsables de notre misère et des guerres qui ensanglantent le Monde ! Les patrons n'ont pas la main mise sur l'Armée, ce sont les gouvernements qui en disposent. De même que les patrons ne votent pas les lois, ce sont les parlements (et plus rarement les peuples) qui en édictent les normes.
 
Lorsqu'on ne peut fédérer tout un peuple sur des idéaux profondément politiques, particulièrement lorsque cela touche aux valeurs morales de chacun, il n'y a rien à attendre d'une mobilisation. Le Mouvement que tu as accepté de contribuer à mettre en route se nourrit d'abord de foules bigarrées qui ne sont pas forcément en osmose intellectuelle à tous sujets avec les primo-organisateurs.
 
Tous ne sont pas anarcho-libertaires, tous ne sont pas européïstes ou mondialistes, tous ne déconsidèrent pas la Liberté d'expression. Je dirais même que l'essentiel des Français qui n'ont pas peur d'assumer leurs idées et les soumettre à la contradiction, sont très à l'aise avec la Liberté d'expression. Nous la pratiquons en famille, dans les bars, devant une machine à café, car les Français à la vie courante, ne s'interdisent pas de parler. Plus encore sur les réseaux sociaux ou absolument aucune milice politique n'a un quelconque pouvoir de contrainte physique sur nos opinions. En t'écrivant ici, j'ai l'assurance qu'aucun facho ne cherche à me couper les doigts pour qu'ils cessent de répandre ma "haine" sur ce clavier. Je suis en sécurité derrière cet écran, comme tous ceux qui utilisent les réseaux sociaux, et ne se posent donc aucune contrainte sur leur Liberté d'expression. Du plus xénophobe identitaire au plus exalté nihiliste, Facebook révèle l'âme de la France dans tous ses contrastes. Mais la majorité est modérée, à tous points de vue !
 
Si le Mouvement "Nuit Debout" ignore cette réalité démocratique existant déjà de fait à des niveaux cellulaires entre personnes physiques, et, numériques à l'échelle d'internet, alors il mourra de lui-même. Si au contraire, il garantit à chacun des Français, qu'importe leurs opinions, y compris celles qui heurtent ou qui dérangent nos sensibilités individuelles, qu'elles puissent être exprimées sans qu'une milice politique ne contraigne cette parole publique, alors la Révolution prendra.
 
Son premier principe étant donc : Liberté d'expression totale pour ses participants.
 
Son second principe étant : Occupation Constante et Stratégique de l'espace public !
 
Je voulais expliquer ce que je savais sur toutes ces questions aux manifestants mais on me contraint par la violence à ne pas pouvoir venir sur la place de la République. J'ai quand même eu le temps de te communiquer mon essai à ce sujet, cela presque à la sauvette, et tu as désormais matière à juger de mon fascisme supposé. Il est vrai que je m'affranchi aisément des tabous de la gauche de Posture lorsqu'il s'agit de réfléchir à toutes les questions régaliennes de l'Etat, qui sont associées au principe d'autorité et de système pyramidal. Si les anarchistes veulent abolir les institutions, je n'en fais pas partie. On peut les repenser en rédigeant une autre Constitution pour qu'elles respecte bien mieux les valeurs que nous estimons devoir cristalliser dans la vie publique, mais encore faut-il avoir foutu à la porte un chef d'Etat qui nous avait jusque là trahi en compagnie de ses "alliés" de toutes natures parmi nos mandataires corrompus. Organiser un processus constituant à l'échelle d'un pays, exige d'avoir la main-mise sur les institutions, en particulier sur le Ministère de l'Intérieur.

Si la Révolution n'institue pas ses procès contre les responsables physiques de l'Oppression, mais préfère focaliser le regard sur une doctrine politico-économique (le capitalisme), alors les Révolutionnaires sont sans cible réelle pour donner de la cohérence à leurs revendications. En effet, par la destitution populaire d'un chef d'Etat, tu obtiens le gel d'un ordre politique et social laissant le temps nécessaire pour en établir un nouveau. Ordre qui peut s'écrire dans les assemblées populaires sur la place de la République comme ailleurs en France, sous la forme d'un Mandat Impératif.

La Révolution a à ce titre besoin de ses experts, et ces mêmes assemblées pourraient proposer des noms d'intellectuels, d'ingénieurs, de techniciens, de journalistes, qui seraient compétents sur certains ministères, avant d'organiser des référendums pour faire approuver ce gouvernement composite issu du bouillonnement intellectuel permis par une Liberté d'expression sincèrement respectée.

Bien d'autres initiatives peuvent naître d'une Démocratie Directe intègre dans son pilier porteur. C'est d'ailleurs parce que ton appel a été bien partagé sur facebook que je fus là les deux premières nuits, cela avant que des milices politiques "mandatées" par de mystérieuses commissions émanant du Collectif "Convergence des Luttes" m'agressent littéralement à partir de la troisième pour m'empêcher de revenir.

Chaque fois que j'y suis retourné, heureusement en compagnie de personnes absolument irréprochables dans leurs aspirations humanistes personnelles, nous fûmes repoussés vers la sortie par cette milice. J'ai ainsi en ma connaissance l'identité d'une personne faisant partie de cette milice -  se faisant passer pour "service d'ordre" - contre qui je réserve mon dépôt de plainte pour violence en bande organisée ; entrave à ma liberté d'expression et de réunion ; discrimination sur mes opinions politiques. Ce service d'ordre, ne donne pas envie de dormir à la Belle Etoile en tout cas...

En termes de valeurs, je ne crois pas que la violence, la censure et la discrimination soient à proprement parlé des thématiques défendues par la gauche. Je sais à laquelle j'appartiens, et je ne succomberai pas au Diktat de la gauche de Posture jusqu'à son versant fascisant qui consiste à s'auto-censurer. Je suis un garçon obstiné.

Si tu as lu mon essai, tu m'objecteras qu'il ne permet pas de savoir si je suis de gauche ou de droite, mais je préfère m'en justifier qu'autour d'une bonne bière, et non à l'écrit. Mais reconnais au moins que je propose un plan de reconquête du pays, et que je parle énormément de Démocratie à ma façon. Ce qui peut difficilement faire de moi un fasciste ou tout autre hurluberlu associé dans les listings des réseaux dits "antifas". Je suis tout à fait conscient que si Pierre Rhabbi et Etienne Chouard parviennent à se faire qualifier de "crypto-fascisants" par des conspirationnistes totalement paranoïaques, dans ce cas, n'importe qui peut se faire insulter de la sorte.

Les "Commissions" ont fait approuver un vote visant à faire interdire de citer sur la place de la République, des "valeurs" qui pourraient nuire à l'image de "Nuit Debout" quelques heures après qu'une première assemblée avait voté en plus grand nombre, une motion décrétant la liberté d'expression totale au sein de nos assemblées citoyennes. Ce qui est en soi un déni de démocratie. Quand on est en plus capable de caser dans des "valeurs" d'extrême droite n'importe quel intellectuel ou penseur un peu original, et que d'autres philosophes-économistes ou journalistes alternatifs, derniers remparts à cette dictature de la bien-pensence, se prennent au jeu de succomber à une telle tyrannie intellectuelle, cela se traduit par de l'auto-censure sur l'espace public, voire à des agressions physiques bien réelles et une absence de Démocratie dans les assemblées populaires formées par nos rassemblements. Si l'on ne veut pas écouter ce que pense son adversaire, non seulement on prouve ne pas être certain de pouvoir contrarier ses arguments - et en ce cas, nous assumons notre censure pour ne pas nous vexer de notre ignorance par anticipation - mais on se contraint de toute façon à ne pas repenser l'organisation de notre pays en tant que peuple unifié.

Peut-être est-ce la thèse de la gauche de posture que de considérer que le chômeur qui vote Hollande ou Sarkozy au premier tour, ou encore l'ouvrier qui vote Marine Le Pen sans état d'âme, ne méritent plus de faire parties du peuple, et d'être entendus. Mais ma gauche à moi est évangélisatrice. Elle écoute beaucoup, elle médite ensuite, et tente de bâtir une réponse pour rallier à sa cause un gauchiste qui s'ignorait. Elle cherche à opposer son analyse de la complexité d'un problème politique, pour démontrer qu'en traitant d'abord en amont celui-ci, on peut parvenir à une Société plus juste et plus sociale mieux que si l'on se borne à en régler les seules conséquences. Mais ma gauche n'ignore pourtant pas le pus social et culturel général généré par des décennies de reniements politiques, cela dans tous les aspects sociaux y compris les plus sensibles. Ma gauche préfère y méditer sans tabous, plutôt que de placer trop de pudeur, voire de la censure y compris par la violence, pour n'avoir jamais à y répondre. C'est d'ailleurs parce que la Gauche radicale s'est laissée piéger par les mystifications d'une minorité d'elle-même, qu'elle laisse aujourd'hui le Front National écoper à grands sceaux les voix aussi protestataires qu'orphelines. On ne lutte donc pas contre le Front National par la censure et la violence, mais bien par la Liberté d'expression.

Si je t'écris François, c'est que j'en ai marre de me faire rejeter par des MILICES POLITIQUES sur la place de la République, "mandatées" par de jeunes responsables un peu sectaires du Collectif "Convergence des Luttes". Toi qui est journaliste, qui connaît bien ce qu'est la Charte de Munich, tu ne peux pas être insensible à l'importance de respecter la Liberté d'expression. Tu es aussi un peu le parrain avec Frédéric Lordon de ces rassemblements, et tu ne fais pas des questions de souveraineté et d'indépendance nationale, des thèses renvoyant automatiquement au fascisme. Bien au contraire, traiter de ces questions, nous obligent à parler de démocratie.

Si ma lettre ouverte parvient jusqu'à tes yeux, j'aimerais que tu parles à ces "commissaires" et que tu leur fasses comprendre que ce Mouvement aura besoin de tous les Français. Beaucoup, sur les réseaux sociaux, n'osent pas venir, car ils savent ce Mouvement "noyauté" politiquement ce qui suscite leur méfiance. Si cette impression reste maintenue dans les consciences, le Mouvement perdra de son aura populaire. Je ne te demande donc pas de passer quelques coups de téléphone seulement pour que je puisse me sentir en sécurité sur la place de la République, mais davantage pour nous tous : pour nous garantir que chacun peut venir tel qu'il est, car une Révolution n'appartient qu'au peuple, pas à ses primo-initiateurs.

Avec mes amitiés résistantes,
 
Sylvain 

Sources :

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  Acemino
  12 Avr 2016 20h37

ll me semble que dans merci patron ruffin dénonce les pratiques de bernard arnaud qui est loin d’etre un artisan ou un patron de tpe/pme. Tapper uniquement sur les politiques ne suffit pas a mon sens. Qui finance les campagnes electorales? Qui sont les actionnaires majoritaires des grands journaux? La politique européenne de libre circulation des capitaux, dumping social, dumping fiscal ne s’est pas faite sans lobbying permanent des gens comme bernard arnaud qui apres avoir délocalisé en pologne est allé installé son entreprise dans un autre pays de l’est avec des couts salariaux inférieurs.
Ruffin n’est pas parfait je ne suis pas d’accord sur tout mais son influence est tres limité. il serait plus cohérent de s’attaquer a M.Cohen, Mme Salamé, M Barbier, M. Gisbert et consorts qui font la pluie et le beau temps dans nos médias.

  Sun Tzu
  12 Avr 2016 21h39

L’argent est daas notre société le principal vecteur du pouvoir, donc les véritables dirigeants sont les possesseurs du Capital avec ceux qui jouent avec. Même un PD-G très bien payé, ajd, il est sur un siège éjectable s’il ne satisfait pas les actionnaires.

«Donnez-moi le contrôle sur la monnaie d’une nation et je n’aurai pas à me soucier de qui fait ses lois», devinez de qui est cette jolie citation ? 🙂 et c’est de la pure logique: les moyens de mettre en application les lois « votées » par le politique, la vie du pays en général (infrastructures, fonctionnaires) dépendent de l’économie elle-même. Par conséquent, le politique sera toujours subordonné à l’économique, sauf dans quelques cas très spéciaux type Russie, où le politique a l’armée dans sa poche et met tout le monde au pas…. Mais en Russie, faut-il le rappeler, l’État possède les principales entreprises qui le nourrissent…

Donc pour commencer à voir le bout du tunnel, il faudrait récupérer un pays souverain, industrialisé et doté d’une armée forte qui serait détenue par de vrais représentants du peuple. Cependant, pour faire ça, il faut des pépettes… C’est un vrai cercle vicieux dont on risque de ne pas voir le bout…