Le sommet de l’OTAN et la bêtise de l’impérialisme occidental

  12 Juillet 2016
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Le sommet de l’OTAN et la bêtise de l’impérialisme occidental

Des exercices militaires de la Russie et de la Chine dans le Nord du Mexique ou le Sud du Canada, voici ce qui constituerait une belle analogie des actions de l'OTAN en Europe, ironise le journaliste John Wight.

Alors que les délégués de l’OTAN se réunissent à Varsovie pour discuter de la soi-disant menace russe, la Russie continue de combattre la menace que représente l’Etat islamique au Moyen-Orient et au-delà. Cela nous oblige à réfléchir et à nous demander quand cette idiotie va-t-elle finir ?

La Russie - avec ses alliés syriens – a joué un rôle crucial dans le combat contre l’Etat islamique en Syrie et l’affaiblissement de cette incarnation moderne des Khmers rouge qui a fait surface en Syrie et en Irak en 2014.

L’OTAN a joué un rôle majeur dans l’explosion du terrorisme et de l’extrémisme dans la région durant cette période. Son intervention dans le conflit en Libye entre mars et octobre 2011 – sous l’égide de l’opération Unified Protector qui remplaçait l’opération Odyssey Dawn – a témoigné de la manipulation grave et volontaire de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, mandatant une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye afin de protéger les civils, pour la transformer en mission de changement de régime avec l’objectif de fournir un soutien aérien aux forces rebelles qui tentaient de renverser Mouammar Kadhafi et son gouvernement.

"La position belliqueuse de l’OTAN envers Moscou n’est pas défensive mais bien offensive"

Sans cette intervention, les rebelles n’auraient pas été capables de vaincre les forces loyales au gouvernement. Rappelons que le convoi de Kadhafi a été touché par une frappe aérienne de l’OTAN, à la suite de quoi le dirigeant libyen, blessé, est tombé entre les mains des rebelles puis avant d’être brutalement tué.

Les archives montrent que, à la suite du meurtre de Kadhafi, la Libye a sombré dans la guerre civile. Autrefois l’un des pays les plus développés d’Afrique et du Moyen-Orient, la Libye est devenu un Etat en déliquescence et un nouveau front dans la lutte contre Daesh.

L’objectif de l’OTAN en Europe, consistant à placer un cordon sanitaire autour de la Russie alors que des avions, des pilotes et des militaires russes mènent la lutte internationale contre l’Etat islamique – une lutte dans l’intérêt non seulement du peuple syrien et des peuples du Moyen-Orient mais aussi des peuples en Europe et en Occident vu la nature de la menace – s’élève à un nouveau niveau d’absurdité. Au moment même où des avions russes bombardent Daesh et d’autres cibles terroristes en Syrie, les troupes, les navires et les avions de l’OTAN conduisent des vastes exercices militaires à travers l’Europe de l’Est et les pays baltes.

"La Russie refuse de laisser l’Occident traiter la souveraineté nationale comme un cadeau qui peut être donné ou repris à la demande de Washington"

Etant donné toute la propagande sur l’«agression russe» et le déluge de récits anti-Poutines, la position belliqueuse de l’OTAN envers Moscou n’est pas défensive mais bien offensive. Cela est dû au fait que la Russie refuse de laisser l’Occident continuer à faire fi du droit international et à traiter la souveraineté nationale comme un cadeau qui peut être donné ou repris à la demande de Washington plutôt que comme le droit inviolable prévu dans la Charte de l’ONU.

La question «quelle serait la réponse [des Etats-Unis] si la Russie et la Chine conduisaient des exercices militaires dans le Nord du Mexique ou le Sud du Canada, près de la frontière américaine, pendant que leurs marines faisaient la même chose dans le golfe du Mexique ?» illustre l’étendue de l’hypocrisie qui se fait passer pour de la démocratie dans les capitales occidentales. De la même façon, quelle serait la réaction des Etats-Unis si la Russie déployait un système de défense anti-missile à Cuba ? Nous connaissons déjà la réponse avec la crise des missiles de Cuba, qui en 1962 a amené le monde au bord de la guerre nucléaire.

Le monde n’a jamais été aussi interconnecté et interdépendant qu’en 2016, sur les plans économique, géopolitique et, plus important encore, lorsqu’il s’agit de faire face à la menace terroriste. Il n’y a donc aucune excuse pour revenir à ces attitudes de guerre froide sur lesquelles s’appuie le sommet de Varsovie. Plutôt qu’une menace à la paix et à la sécurité, la Russie est une économie majeure qui souhaite des relations de gagnant-gagnant avec les pays baltes, ses voisins européens et les Etats-Unis. Néanmoins, ces relations ne peuvent être construites aux dépends de sa propre sécurité et de ses droits légitimes. Les sanctions, les exercices militaires, l’invocation du récit de la guerre froide, les tentatives pour garder un monde unipolaire qui n’est pas durable ne sont que des entraves à la stabilité, à la coexistence pacifique et à la prospérité pour tous.

"Sans l’intervention russe en Crimée, un conflit civil brutal et meurtrier aurait été inévitable"

Si l’on se projette dans l’avenir, en se basant sur les résultats du récent rapport du comité parlementaire du Royaume-Uni sur les relations entre la Russie et le Royaume-Uni, nous avons de bonnes raisons d’être à la fois plein d’espoir mais aussi plein de désespoir. D’un côté, le rapport reconnaît que le «dialogue entre l’OTAN et la Russie est essentiel», et affirme qu’«au long terme, le Royaume-Uni veut de meilleures relations avec la Russie», d’un autre côté, il déclare que «les actions de la Russie en Ukraine démontrent l’impitoyabilité  avec laquelle elle maintient ses projets et sa volonté d’ignorer le droit international».

Les actions de la Russie en Crimée ont été entreprises en réponse au renversement anticonstitutionnel et par la force du gouvernement élu par les Ukrainiens alors que la présence de nationalistes anti-russes et de neo-fascistes prédominait dans le pays. Leurs efforts ont été soutenus et encouragés par divers politiciens occidentaux, annulant ainsi les droits démocratiques des civils en Crimée ainsi que dans l’Est de l'Ukraine qui partage une frontière avec la Russie.

Sans l’intervention russe en Crimée, un conflit civil brutal et meurtrier aurait été le résultat inévitable de la politique du gouvernement anticonstitutionnel de Kiev, qui consistait à étendre le pouvoir de ce dernier à toutes les régions du pays. Lors d’un référendum ayant pour but de déterminer le futur des deux millions d’habitants de Crimée, 80% se sont exprimés en faveur de la sécession de l’Ukraine pour rejoindre la Fédération de Russie. Soulignons qu’un tel référendum n’était pas une option lors de la sécession du Kosovo de la Serbie en 2008. 

Durant tout ce temps, dans le Donbass et d’autres régions de l’Est de l’Ukraine, les rebelles ont continué à se battre pour préserver leurs droits démocratiques violés par le précédemment mentionné coup de 2014 à Kiev. Ce sont des citoyens ukrainiens qui ont des liens linguistiques, ethniques et culturels avec la Russie. Les deux ne s’excluent pas mutuellement et contredisent l’avis qui prévaut à Kiev et dans d’autres capitales occidentales selon lequel être Ukrainien signifie automatiquement haïr la Russie. Ce n’est pas le cas et cela ne l’a jamais été.

"L’expansion de l’OTAN en Europe n’a rien à voir avec la sécurité et a tout à voir avec l’impérialisme"

 

Enfin, l’affirmation «la Russie ignore le droit international» en Ukraine est fausse, alors que l’expansion de l’OTAN en Europe jusqu’aux frontières russes elle, n’a rien à voir avec la sécurité et a tout à voir avec l’impérialisme.

Les délégués de l’OTAN se rencontrent à Varsovie comme des gens qui vivent encore dans le passé. Le présent et le futur exigent de mettre fin à un monde divisé entre les Etats qui affirment leur droit à s’exprimer et ceux qui sont sensés se taire et écouter.

Dans le monde d’aujourd’hui, tous les Etats ont le droit de s’exprimer et tous doivent écouter.

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