François Burgat, blanchisseur d’Al-Qaïda

  23 Août 2016
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François Burgat, blanchisseur d’Al-Qaïda

Les amis de la « révolution syrienne » nous disaient que Bachar Al-Assad était un tyran sanguinaire coupable d’atrocités sans nom. Ils clamaient que le peuple syrien dressé comme un seul homme aurait bientôt raison du « boucher de Damas ». La main sur le cœur, ils juraient que l’opposition démocratique congédierait les djihadistes, préparant la Syrie de demain. Huilée comme un roulement à billes, cette narration, en accréditant la fiction d’une révolution vertueuse, nous étourdissait de ses promesses. Rassurante pour l’esprit, elle distribuait les rôles selon un axe manichéen, confortant la bonne conscience occidentale et justifiant l’ingérence étrangère.

Pour peu, on aurait fini par y adhérer tant la désinformation sur le drame syrien était massive. On nous servit hier le « false flag » d’une attaque chimique attribuée en dépit du bon sens au gouvernement syrien. On nous vend aujourd’hui la photo accusatrice d’un enfant blessé, image cruelle désignant aussitôt le coupable, le frappant d’indignité à la vitesse trompeuse d’une émotion sur commande [*]. Conflit entre le bien et le mal, la « guerre civile » syrienne se coule dans le moule d’un récit préfabriqué, elle se laisse happer par les fausses évidences d’une compassion sélective.

Mais cette fable politique semble avoir épuisé ses charmes. Le mythe d’une opposition laïque et démocratique s’est évanoui comme un écran de fumée. Il ne laisse derrière lui que des vapeurs d’alcool se dissipant peu à peu dans les salons feutrés des grands hôtels de Paris et Doha. Vautrée dans les fauteuils en moleskine, une coterie de patriciens déchus, de renégats vieillissants et de rombières appointées en dollars y devisa longuement sur l’avenir d’un pays qu’elle trahissait. Puis ces héros de pacotille sont partis, les uns après les autres, oubliant leurs rêves de gloire. De cette mauvaise farce, il ne reste rien d’autre que l’odeur rance d’un lendemain de fête triste.

Cette révolution-bidon s’est effondrée comme un château de cartes. Dans le fracas de sa chute, elle a laissé la place à une réalité tenace, de ces réalités qui émergent à marée basse, résistant obstinément aux tentatives de dénégation : la Syrie est un champ de bataille titanesque où s’opposent un Etat souverain soutenu par la majorité de la population et une armée de mercenaires lourdement armés par les maîtres du monde. C’est l’affrontement sans pitié entre deux projets incompatibles. D’un côté, un nationalisme arabe séculier, respectueux des minorités, intransigeant sur l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale. De l’autre, un islamisme rétrograde vendu au plus offrant, décidé à régler leur compte aux minorités récalcitrantes et à instaurer un Etat confessionnel fondé sur une charia rigoriste.

Cette réalité, il faut croire que les défenseurs les plus acharnés de la « révolution syrienne » ont fini par l’admettre. Car ils font leur deuil des modérés en costume-cravate et se rallient sans vergogne aux djihadistes. Le Front Al-Nosra ayant ravalé la façade en rompant son affiliation à la maison-mère, le tabou peut être transgressé. Au lendemain même du changement de label, voilà que commence l’opération de blanchiment. « Al-Nosra », ex-« Al-Qaida » rebaptisé « Fatah Al-Cham » ? Des gens bien, des gens fréquentables ! Un grand chercheur français nous le dit : « Je pense que l’un des grands défis des Occidentaux, c’est d’être capables de mettre le curseur sur des forces politiques que l’on va considérer comme fréquentables, ou dont on va accepter qu’elles font partie de ce lot de forces politiques parmi lesquelles les Syriennes et les Syriens choisiront, le jour venu. Et je pense que oui, l’ex-Front al-Nosra devrait faire partie des forces politiques considérées comme fréquentables », déclare François Burgat sur RFI le 9 août 2016.

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Bruno Guigue
20 août 2016

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  Tutu
  23 Août 2016 22h42

Petit manuel de déstabilisation d’un régime hostile

1°) Être une puissance impériale
2°) Financer tout mouvement d’opposition, aussi minuscule soit-il, revendiquant une démocratie à l’occidentale.
3°) Repérer les futurs possibles leaders et organiser des stages de formation à l’agitation à leur intention
4°) Donner un retentissement international à toute manifestation de l’opposition grâce aux médiats aux ordres.
5°) Mettre en exergue la répression brutale que ne manquera pas de commettre le régime en place.
6°) Placer quelques snipers sur les parcours des manifestants, et tirer à la fois sur la foule et les forces de l’ordre en place.
7°) Dénoncer la barbarie de la répression.
8°) Armer clandestinement des groupuscules étrangers extrémistes animés par une idéologie suicidaire, les appeler rebelles et combattants de la liberté.
9°) Présenter ces groupuscules comme un mouvement populaire.
10°) Organiser aux frontières du pays des bases d’entrainement à la guérilla qui seront présentées comme des camps de réfugiés.
11°) Organiser le blocus de toute voix dissidente par une censure de fait.
12°) Organiser des coordinations d’opposants dans une capitale étrangère, et n’accepter que les informations provenant de cette source.
13°) Bombarder, si le contexte international le permet, l’armée régulière, tout en affirmant qu’il s’agit de protéger la population de la répression du dictateur qui menaçait de massacrer son peuple.

Logiquement, le pouvoir en place tombe à plus ou moins court terme, le chaos s’installe pour de longues années, vous avez atteint votre objectif : vous n’avez plus de pouvoir fort face à vous, vous pouvez piller sans vergogne les richesses du pays, il vous suffira d’entretenir les conflits internes (ethniques, religieux…) en organisant un attentat suicide de temps en temps. Toute couverture médiatique est maintenant superflue.
Toute ressemblance avec une quelconque situation actuelle est évidemment fortuite.
La première victime d’une guerre, c’est la vérité

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