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  lundi 16 juin 2014, 18h13
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Farid Ghehiouèche Fondateurs de Cannabis sans frontières

Fondateurs  de Cannabis sans frontières, Farid Ghehiouèche, est un militant reconnu dans le mouvement francophone et au niveau international pour la régulation légale de l'usage de drogues, basée sur le respect des droits humains, la prévention des risques et la réduction des dommages causés par la consommation de substances classées au tableau des stupéfiants.

Depuis sa plus tendre adolescence, Farid Ghehioueche est un adepte invétéré de la fameuse feuille ciselée. Dorénavant, ce militant écologiste est tête de liste en Essonne, dans la 8e circonscription, pour représenter son parti « Cannabis, Santé, Liberté, Justice » aux prochaines élections législatives. Quand bien même Cécile Duflot, la ministre de l’Egalité territoriale et du Logement, aurait annoncé qu’elle militerait pour une dépénalisation, l’homme préfère s’en rouler un petit et nous abreuver de bonnes paroles cannabiques et stupéfiantes autour de ce sujet tant controversé.

 

A quel âge as-tu été confronté pour la première fois au cannabis ?
Farid Ghehioueche : Assez jeune, puisque mon premier joint je l’ai fumé à l’âge de 16 ans. A l’époque, ma mère n’arrêtait pas de me répéter : « Il ne faut pas que tu touches à la schnouffe ». Et lorsque que je me suis retrouvé pour la première fois à 18 ans avec un keuf, en garde à vue, à cause d’une boulette, j’ai commencé à comprendre qu’il y avait un truc qui clochait dans la société et que je n’étais pas du tout compris. Il fallait donc s’engager…


 

Il était donc indispensable de mettre cette drogue au centre du débat démocratique ?
Farid Ghehioueche : Tu sais, si tu tapes mon nom dans Google, tu vas t’apercevoir que cela fait pas mal d’années que je m’intéresse au sujet. J’ai passé notamment 12 ans chez les Verts,  pour faire avancer la question de la réforme politique en matière de drogues, et en particulier celle à l’égard du cannabis. Aujourd’hui, pour les législatives, ce mot est révélateur d’un tas d’hypocrisie et de mensonge. Il faut commencer à se poser les bonnes questions : faut-il continuer à maintenir une politique de prohibition qui est un échec total ? Dans les sixties, on a voulu protéger la jeunesse du fléau du cannabis. Pourtant, actuellement, il n’y a jamais eu autant d’usagers en France. Désormais, beaucoup de parents consomment du cannabis en présence de leur enfant. On doit regarder la réalité en face !

 

Quand tu parles d’hypocrisie, tu penses au fait que l’on puisse acheter des feuilles longues ou des pipes à eau en toute légalité, sans que l’on puisse fumer véritablement du cannabis ?

Farid Ghehioueche : Bon… beaucoup de personnes te diront qu’une pipe à eau peut être utilisée pour d’autres choses. Mais, c’est vrai que dès que tu mets une feuille de cannabis dessus, tu es dans l’illégalité. Là , c’est complétement hypocrite. C’est une lecture de la loi qui est très restrictive. Comme d’habitude, elle est liée à l’arbitraire politique et à la gueule du client. Au même titre, on laisse à Monsieur Bolloré le soin de vendre des feuilles longues, alors que paradoxalement on dit lutter contre le tabac. Ce qui voudrait dire que l’on autorise les gens à faire des cigarettes beaucoup plus longues, ce qui est en soit aberrant. Tout le monde sait très bien que c’est pour fumer des pétards. Il faut donc mettre les deux pieds dans le plat et organiser une politique plus pragmatique et plus tolérante.

 

Certains pays considèrent le cannabis comme une plante sainte et divine. D’autres comme l’incarnation du diable en personne. Pourquoi est-elle, encore aujourd’hui, l’objet de tous les fantasmes ?

Farid Ghehioueche : A force de diaboliser et d’interdire cette plante aux yeux de la prohibition, nous l’avons complètement  mystifiée. Il faut donc réhabiliter le chanvre dans notre vie quotidienne, comme l’a fait Jack Error à l’époque de la conspiration.

 

En utilisant par exemple le cannabis pour élaborer du papier ?
Farid Ghehioueche : Oui, mais pas que ! Je vais prendre un exemple. Pour faire du papier, il nous faut un arbre. Il va mettre 20 ans à pousser pour être rentable. Dans le même volume, il suffirait que je plante 100 plants de cannabis dans un champ, pour qu’en un an de récolte j’ai autant de pâte à papier qu’avec mon arbre. A longueur de temps on nous rabâche qu’il n’existe pas d’alternative au nucléaire, qu’on veut lutter contre le sectaire, qu’on est obligé de continuer à exploiter le pétrole ou le charbon… foutaise ! On pourrait utiliser cette plante comme une panacée. Concrètement, elle a de multiples usages.

 

Quels sont-ils ?

Farid Ghehioueche : Près de 50 000 produits peuvent en être dérivés, en passant par le textile, la chimie ou encore le papier.  On pourrait utiliser l’huile pure de cette plante pour faire tourner nos moteurs. Si l’on veut sauver nos forêts, il faudrait planter davantage de cannabis. Mais aussi, si l’on veut dépolluer l’air et sol, il faudrait planter du cannabis. Quand on parle d’utilité, il faudrait surtout mettre en avant les applications pour la santé, pour les personnes en phase terminale principalement.

Pourtant, quand on fume du cannabis, cela favorise les risques de cancer et réduit nos réflexes au volant. On dit même que cela fait baisser notre mémoire et notre motivation au quotidien…

Farid Ghehioueche : Il y a sans doute un peu de vrai là dedans, mais je vais nier un certain nombre de tes arguments. On sait que le premier facteur d’accidents au volant c’est la vitesse, donc il faudrait peut-être aussi taper sur les doigts des constructeurs automobiles qui mettent sur le marché des engins de la mort. Pour le syndrome motivationnel, le cannabis est un amplificateur d’émotion. Donc si l’on n’est pas bien, cela ne pourra pas aller mieux.  Mais vu qu’on n’a pas d’éducation à la prise de drogue, on préfère incriminer le cannabis alors qu’on ne sait rien de la nature des produits que l’on consomme. A partir du moment où l’on connaitrait la carte d’identité des différents produits, on pourrait commencer à avancer.

 

Comment la dépénaliser ?

Farid Ghehioueche : Je suis pour une légalisation intégrale des drogues et notamment du cannabis.  Il faudrait que l’on envisage la dépénalisation d’usage. Pour ce qui est du cannabis, je pense qu’il faudrait limiter la surface de culture personnelle ou collective, pour éviter ainsi les abus. Je pense qu’il faudrait aussi limiter les quantités d’importation à 5 kg. Pour ce qui est de la délivrance au client, l’instauration d’un cannabis- pro dans des lieux bien spécifiques. Il faut éviter le monopôle d’Etat, qui serait pour moi une hérésie, ou le monopole de quelques grands acteurs économiques.


Penses-tu que c’est en bonne voie avec le nouveau gouvernement ?

Farid Ghehioueche : On pourrait obtenir une certaine forme de dépénalisation : au minimum pour des besoins thérapeutiques, car c’est primordial. Les Pays-Bas tournent autour du pot depuis 20 ans. Je pense qu’au cours de sa campagne, notre président a été obligé d’adopter un profil de droite. Mais je peux te dire qu’avec son nom, François Hollande est un peu mal barré pour échapper à la question. Il ne faut pas oublier non plus que le fils de sa compagne a été choppé par la police avec quelques grammes de beuh sur lui. Si c’est un véritable politicien, ce qu’il semble être, il doit avoir l’art du consensus ! Par exemple, comme avec le film « Intouchables » avec près de 20 millions d’entrées, je pense qu’on peut très bien faire comprendre aux Français que les personnes qui sont atteintes d’une maladie grave peuvent avoir le droit de fumer un petit joint pour se soulager…