Forum  >  On parle de quoi ? > Dialogue de Moussa/Moise (‘alayhi s-salâm) avec Pharaon (partie 3)

  mercredi 15 avril 2015, 07h24
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Sache que Pharaon possédait une vaste science, et que lorsqu’il demanda à sayidina Moussa (‘alayhi s-salâm) : « Et qu’est-ce que le Seigneur de l’univers ? » [s26.v23], c’était dans le but de le coincer en lui posant une question à laquelle il ne pouvait pas répondre… Pharaon interrogeait au sujet de l’entité même du Vrai, qu’aucune phrase ni expression, qu'aucun signe ni indication ne sauraient désigner : il s’agissait d’une question visant la Réalité (Haqîqa) de l’Essence divine.

 

«"Et qu’est-ce que le Seigneur de l’univers ? " dit Pharaon.
"Le Seigneur des cieux et de la terre et de ce qui existe entre eux, dit [Moussa], si vous êtes dotés d’une certitude absolue !" »
[s26.v23/24] 


Notons donc la Sagesse de sayidina Moussa (‘alayhi s-salâm), qui répondit par quelque chose que ni Pharaon ni personne d’autre ne pouvait nier. Il lui répondit par ce qu’il connaissait, en usant de signes indiquant la Seigneurie (Rouboûbiya) à laquelle s’ajoutent les signes des créatures, et donc de la servitude (‘ouboûdiya)… Ceci parce que, contrairement à la Divinité (Oulouhiya), la Seigneurie implique l’existence d’autre qu’elle-même, ou dit autrement : la Seigneurie implique l’existence de la servitude, c’est-à-dire de créatures adorant leur Seigneur.

En répondant, sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm) désigna dans un premier lieu la Seigneurie, indication à laquelle il ajouta celle du degré le plus élevé (les cieux), puis celle du degré le plus bas (la terre). En ajoutant donc à la Seigneurie la limite de ce qui est élevé et la limite de ce qui est bas, il indiqua à Pharaon l’apparence manifestée de cet univers, afin qu’il accède à la Connaissance du Nom al-Dhâhir (l’Apparent) : « Il dit : "Le Seigneur des cieux et de la terre…" ».

 

Pharaon comprenait parfaitement le sens de cette réponse, mais il voulut montrer à son peuple que son avis avait et continuerait d’avoir le dessus… oubliant par là même que c’est à Allâh qu’appartiennent la Preuve et la Parole ultime.

D’autre part, Pharaon savait pertinemment que sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm) ne lui répondrait pas en traitant de la Réalité (Haqîqa) de l’Essence divine, mais qu’au contraire il le ferait au travers de l’apparence manifeste des Noms et des Attributs, étant donné que l’Essence n’est Connue que par l’ensemble des Noms et Attributs divins… Et de fait, la réponse de sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm) comprenait des indications subtiles pénétrant dans tous cœurs illuminés par la Lumière divine, des indications et des signes du Tawhîd de l’Essence, et il conclut en disant, comme pour adoucir son propos : « si vous êtes dotés d’une certitude absolue ».

 

Cette certitude est l’un des fruits du dévoilement divin. Ces mots veulent donc dire : « si vous êtes dotés d’un dévoilement vous permettant de percevoir d’une vision intérieure, grâce à une foi pure et limpide, la Réalité (Haqîqa) se manifestant dans la perte de la vue physique des yeux. » 

Mais Pharaon malgré sa connaissance de cela était une entité d’entre les entités de la perdition, et sa science n’était rien d’autre que de l’hérésie (zandaqa), car elle ne lui permit pas de suivre le Prophète de son temps (‘alayhi s-salâm). Lorsque donc il prit peur que son peuple ne comprenne la réponse de sayidina Moussa, il s’empressa en disant « à ceux qui l’entouraient : "N’entendez-vous pas ? " » [s26.v25], comme pour prendre en dérision al-Kalîm (‘alayhi s-salâm). 

Sayiduna Moussa, après avoir mentionné les indications de la Seigneurie (Rouboûbiya) à laquelle s’ajoutaient celles de l’univers, mentionna les indications de la Seigneurie à laquelle s’ajoutait cette fois la nafs, disant :  "Votre Seigneur, et le Seigneur de vos plus anciens ancêtres" [s26.v26]

 

Car si l’individu peut oublier ce qui l’entoure, il ne peut en revanche absolument pas s’oublier lui-même. C’est donc comme si sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm) lui disait que cette manifestation des Noms divins qu’il contemple lui-même n’est pas uniquement extérieure à lui, et qu’elle le concerne donc lui aussi… dans le sens: si ce n’était par Lui, vous ne jouiriez d’aucune apparence ni image, et vous ne seriez jamais sortis du néant !

 

A cela, Pharaon répondit, s’adressant à son peuple : "Vraiment, le Messager qui vous a été envoyé est un fou !"  [s26.v27] voulant par là même dissimuler les Réalités ésotériques, de peur qu’elles deviennent claires et évidentes pour les créatures et que les gens ne sortent alors de l’associationnisme illusionnel vers la Lumière de la compréhension.

Sayiduna Moussa al-Kalîm (‘alayhi s-salâm) ajouta alors : "Le Seigneur du levant (machriq) et du couchant (maghrib), ainsi de ce qui se trouve entre eux" [s26.v28]. Le Soleil se lève à l’Est (machriq) et se couche à l’Ouest (maghrib), et si ce n’était grâce au Soleil, tout ce qui se trouve entre l’Est et l’Ouest demeurerait dans l’obscurité. C’est donc comme si sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm) disait que si ce n’était grâce au Soleil de l’Essence, aucune trace des Noms et des Attributs n’aurait pu être apparente. Le tout se trouve plié et enfoui en elle, jusqu’à ce que le Soleil de l’Exclusivité (al-Ahadiya) n’apparaisse. Et si ce n’était grâce à ce Soleil, tous demeureraient dans les ténèbres du néant. En ce sens, je dis dans l’un de mes poèmes :

"Le soleil est apparut de mon cœur, afin qu'apparaisse ce qui est caché de mon univers..." 

Puis, sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm) dit : "si vous êtes dotés de compréhension" [s26.v28] Ici, on remarque un changement dans le type d’expression, puisque après que cette dernière ait été dirigée vers les cœurs, en se référant au dévoilement (kachf) duquel découlait la certitude, elle s’adresse à présent à l’intellect. 

Ces mots veulent donc dire : « si, à défaut d’être des gens dotés de vision et de perception intérieure du cœur, vous êtes des gens se basant exclusivement sur la raison. » 

C’est pour cette raison qu’il convenait davantage, en s’adressant aux cœurs, qu’il mentionne les cieux et la terre, parce qu’il s’agit là du domaine de l’absolu illimité… mais à présent qu’il s’exprime dans le domaine de l’intellect, il les a tous deux limités à ce qui est compris entre l’Est et l’Ouest, parce que l’intellect créé est limité.

 

Le limité et l’absolu découlent tous deux de ce qu’on appelle la comparabilité (tachbîh) et l’incomparabilité (tanzîh), l’un et l’autre étant indissociables. C’est pour cela que dans notre Voie le cheminant (sâlik) doit tout d’abord réaliser la réunion des sept cieux et des sept terres, du Piédestal (kursi) et du Trône (‘Arch), avant qu’enfin il ne puisse voire se lever le Soleil du Tawhîd de l’Essence, et qu’il se retrouve ainsi annihilé, aussi bien vis-à-vis de lui-même que d’autrui. C’est seulement après cela qu’il recevra le Secret par lequel il ouvrira, à l’image de l’usage que l’on a d’une clef, les sens profonds du Tawhîd… sens ésotériques et compréhensions demeurés jusque-là cadenassés et inaccessible à l’intellect. Durant son dhikr, l’aspirant contemple la Lumière fondamentale et primordiale… si donc tu parviens à saisir cette Réalité Lumineuse par la raison, alors place ta confiance toute entière en Allâh, jusqu’à ce que te parvienne Sa Connaissance, aussi bien dans ce qui est limité qu’absolu.

Cette conversation qui eut lieu entre al-Kalîm (‘alayhi s-salâm) et Pharaon fit donc apparaitre l’hérésie (zandaqa) de ce dernier, car il savait pertinemment qui était sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm), ayant pris lui-même la charge de son éducation étant jeune, de même que sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm) connaissait parfaitement Pharaon. Et nous soulignons que la compréhension de Pharaon des sciences de Moussa (‘alayhi s-salâm) n’étaient que par hérésie (zandaqa), et non pas par suivi de ce dernier.
C’est la raison pour laquelle, lorsque le Prophète (‘alayhi s-salâm) mit en évidence que nulle créature n’était exempte de la réalité du Secret de la Persistance par Lui (Qayyoûmiya),
il se mit en colère… car il voulait que ce soit à lui que revienne le centre du cercle du hâ’. Il dit ainsi à Moussa (‘alayhi s-salâm), enflé de haine et d’orgueil : "Si tu adoptes une divinité autre que moi, je te mettrai parmi les prisonniers !"[s26.v29]

C’est donc comme si il lui disait, avec toute la force du "Ana - Moi" factice et mensonger : « Je suis moi aussi parfaitement Connaissant de ce que tu Connais, et les apparences qui émanent de toi et de moi proviennent toutes deux d’une seule et même Source : elles se sont simplement multipliées, de même que le chiffre 1 apparaît multiple dans les différents nombres. (2=1+1, 3=1+1+1… etc) Par ailleurs, sache que le commandement et la domination sont miens, et contre toi ! »

Voilà pourquoi il menaça sayidana Moussa (‘alayhi s-salâm) de l’emprisonner, de manière à ce que la Vérité n’éclate pas.

 

Pharaon connaissait donc le Tawhîd de la Réunion d’une connaissance certaine et absolue, mais il prétendit que ce Tawhîd était sien, et il ne se soumit pas au Message de Moussa (‘alayhi s-salâm) lorsque celui-ci vint à lui, mais demeura sur le suivi de l’hérésie de sa raison. La connaissance sans foi n’est donc d’absolument aucune utilité. 

Quant à la Connaissance Véritable, elle est bâtie sur un excellent goût de l’ésotérique qui mène à la Réalité de la foi. C’est pour cette raison que la grande majorité des Pharaons étaient de grands savants, particulièrement en ce qui concerne la science des étoiles qu’ils considéraient énormément… mais malgré cette connaissance, beaucoup d’entre eux mécrurent et se refusèrent à la Vérité.

Quant au Pharaon de l’époque de Moussa (‘alayhi s-salâm), il connaissait la Source de l’Union. Sayiduna Moussa lui expliqua alors : Ô Pharaon, tu ne parviendras pas à me voiler de la Source de l’Union en tentant de m’emprisonner… parce que Moussa avait bu directement à l’Union de l’Union, depuis le maqâm des véridiques exclusifs (al-siddiqîn), étant donné qu’il avait puisé de l’Arbre Béni… C’est pourquoi l’aspirant ne doit jamais oublier l’Arbre Béni, s’il veut éviter d’aller à sa perte et que sa connaissance ne devienne dans son cas une hérésie (zandaqa) et un éloignement de la Présence divine. N’as-tu pas vu que le plus grands des hérétiques que la terre n’ait jamais connu, l’antéchrist (al-Dajjâl), ne tirera absolument aucun bénéfice de sa science, parce qu’il reniera l’Arbre de la Prophétie et de la Sainteté, en toute connaissance de cause..?

Pharaon savait, il connaissait l’Unicité d’Allâh –ta’ala-, et lorsqu’il se trouvait pris au piège qu’il s’était lui-même monté de toute pièce, il revenait à elle, comme cela s’était produit lorsqu’il avait imploré Allâh de faire couler le Nil de nouveau, et qu’il avait été exaucé, accomplissant ainsi quelque chose d’extraordinaire… De même, le Dajjâl accomplira des choses extraordinaires : les trésors jailliront de la terre et le suivront, il fera voir aux gens le Paradis et l’Enfer, il fera tomber la pluie pour eux… Nous ne disons tout cela que pour que les gens demeurent fermement attachés au Pacte (bay’a) contracté avec le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), qui est la base même de l’Arbre et l’Esprit de ses ramifications !
Le coupé, c’est celui dont le flux ésotérique le reliant à la Source Muhammadienne a été coupé, quand bien même apparaîtrait par sa main un million de miracles.


Pharaon était doté d’une grande autorité parmi les siens, il possédait une science, une compréhension et une intelligence remarquables, mais son refus catégorique d’accepter la Vérité fit de lui un hérétique (zindîq)… Et en aucun cas il ne détenait le Commandement ou le Pouvoir (hukm) d’agir contre un Prophète ou un Messager, comme il se l’imaginait naïvement.

 

Pharaon outrepassa les limites et voulut empiéter sur le degré spirituel de Moussa (‘alayhi s-salâm), et c’est pour cette raison que ce dernier chercha à l’amoindrir aux yeux des gens présents, en faisant apparaitre une preuve ultime, claire et indéniable. Allâh –ta’ala- dit ainsi, par la langue de sayidina Moussa (‘alayhi s-salâm) :
"Et même si je t’apportais une preuve évidente ? " [s26.v30] Pharaon s’enorgueillit et lui répondit :"Apporte-la, si tu es du nombre des véridiques" [s26.v31] Si Pharaon avait au contraire répondu par la négative, il aurait dévoilé aux yeux de tous sa crainte et les gens auraient vu dans son refus la reconnaissance refoulée du Message de Moussa (‘alayhi s-salâm). 

Allâh –ta’ala- dit : « Ainsi chercha-t-il à intimider son peuple et ainsi lui obéirent-ils, car ils étaient des gens pervers » [s43.v54]. Il parvint à les intimider en profitant de leur manque de Connaissance d’Allâh et de la dureté dont il faisait preuve vis-à-vis d’eux. Ils lui obéirent donc, par perversion, et se laissèrent sortir de l’obéissance au Créateur. Mais tous ces voiles ne les couvrirent que parce qu’ils se reposèrent sur leurs propres intellects. 

Celui donc qui se basera sur sa raison concernant la Connaissance de son Seigneur, ne fera que se baser sur une créature tout comme lui, or la créature est totalement incapable de saisir et cerner le Créateur –subhânahu wa ta’ala-. Si au contraire ils avaient suivi l’Esprit du Verbe, ainsi que l’Intellect supérieur, ils auraient été dévoilés, ils auraient goûté à la Réalité (Haqîqa) et auraient accédé à la certitude, par la vision, de même que ce fut le cas des gens de condition spirituelle réalisée (ahlu t-tahqîq).

Pharaon accepta donc que Moussa (‘alayhi s-salâm) rapporte ce qu’il proposait de présenter comme preuve évidente : « Il jeta son bâton, et c’est alors que ce dernier se révéla être un véritable serpent »[s26.v32]. Moussa (‘alayhi s-salâm) jeta le bâton de la nafs, nafs par laquelle Pharaon désobéissait à son Seigneur, et qui se manifesta sous la forme d’un serpent véritable, de façon à montrer quel était véritablement le degré de Pharaon : un égo désobéissant et se refusant à la réalité de la Seigneurie (Rouboûbiya). Voilà pourquoi le bâton apparut sous la forme d’un serpent.

 

Le serpent étant un animal répandu, sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm) apporta une preuve familière à tous. Puis, la désobéissance, en retournant dans la main de Moussa (‘alayhi s-salâm), redevint rectitude en reprenant la forme d’un bâton, nous montrant que si Pharaon avait alors obéi à Moussa, ses péchés lui auraient été pardonnés.

Ce bâton est une indication du Alif al-Mouqaddar, et le brandit un Alif Mouqaddar, c’est-à-dire Moussa (‘alayhi s-salâm), faisant ainsi apparaître le Commandement divin. Ce bâton possède deux apparences premières et fondamentales : l’une est un serpent, l’autre un bâton.
C’est donc comme si sayiduna Moussa (‘alayhi s-salâm) informait Pharaon que c’était lui, le détenteur du Centre et des Secrets, et l’indication de ceci se trouve dans le fait que son serpent avala tous les autres… De sorte qu’on ne vit plus la moindre trace d’aucun serpent, et que ne persiste finalement que le bâton de Moussa (‘alayhi s-salâm), tel qu’il était au début, sans que son poids ni son volume n’ait changé. Ainsi, le Prophète d’Allâh Moussa (‘alayhi s-salâm) triompha, et sa preuve éclata aux yeux de tous. Les sorciers présents reconnurent alors le degré du Kalîm, ils crurent en lui et en ce avec quoi il était venu, et par cela ils furent élevés et honorés.


Quant à Pharaon, Allâh –ta’ala- l’habilla des flux du Nom al-Dârr (Celui qui pourvoit en mal), c’est pourquoi il fut dur, buté, arrogant et vaniteux au point d’appeler les gens à l’adorer, sachant pourtant au fond de lui qu’il n’était rien… Ceci afin que nous comprenions le Alif al-Mouqaddar:
quand le bâton (le Alif al-Mouqaddar) est jeté face à un individu et qu’il se révèle sous une mauvaise apparence, c’est que l’individu en question est un arrogant vaniteux et mauvais… et s’il se révèle sous une belle apparence, c’est que l’individu est bon et obéissant.

Assise du Shaykh Educateur Sidi Mohamed Faouzi al-Karkari
–radiAllâhu ‘anhu-

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