Daniel Cohn-Bendit : la colonisation de la Palestine procède de la radicalisation du judaïsme

  06 Avril 2016
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Daniel Cohn-Bendit : la colonisation de la Palestine procède de la radicalisation du judaïsme

Chaque Samedi soir sur la chaîne principale de la télévision publique française (France 2), Laurent Ruquier dispose d'une émission de 4 heures. Une heure de cette émission est consacrée à l'expression publique d'un invité politique, ce qui en fait l'émission du paysage audiovisuel où les personnes disposent de la plus grande tribune en durée pour s'exprimer.
En conséquence, cette émission est extrêmement commentée ; et on y assiste à de grands moments, on y témoigne de grandes révélations, clashs et petites phrases.

Un commentaire vidéo est disponible en fin d'article.

L'invité politique était Daniel Cohn-Bendit, ex-député européen Europe Écologie - Les Verts. Il est venu défendre la fin du régime parlementaire présidentiel français pour un régime plus en accord avec un fédéralisme européen. Il a également défendu la cause des migrants, une défense, une police et un renseignement européen, le droit à la différence notamment et surtout des musulmans ainsi que la liberté d'expression et les libertés individuelles, dans une période où nos responsables politiques prétendent que "nous sommes en guerre".

 

Résumé de son intervention :

 

J'étais un leader de Mai 68, j'étais député Européen Europe Écologie - Les Verts (EELV) et j'interviens dans l'émission matinale sur la radio Europe 1. J'ai récemment écrit un livre "Et si on arrêtait les conneries, plaidoyer pour une révolution politique". Vous me dites que je suis devenu centriste, en fait, je l'ai toujours été. En mai 68, on m'appelait "Dany le Rouge" non pas parce que j'étais communiste, mais à cause de la couleur rousse de mes cheveux.

 

Aujourd'hui en France, il y a un problème : le président de la République n'a pas de majorité présidentielle même s'il est élu à la majorité et ce ne sont plus la droite ni la gauche qui différencient les électeurs, mais leur rejet du Front National. Le premier parti de France n'est ni le PS, ni LR, mais les 60% de français qui ne veulent pas de Marine le Pen, et qui votent pour son opposant, qu'il soit de gauche ou de droite. En Allemagne, les partis politiques sont obligés de faire des coalitions pour gouverner. Juppé a dit qu'il ouvrirait une alliance de majorité, et je le salue. En France, ce ne sont pas les partis ni le parlement qui décident, mais le Président de la République. Il ne négocie jamais rien avec les autres partis.
Avec le système de gouvernement que je propose dans mon livre, je ne crée pas de bipartisme entre une alliance sociale-libérale qui gouverne et un Front National qui joue le rôle de l'opposition. Les autres partis comme la gauche de la gauche ou même le FN auraient plus de députés. Le gouvernement serait un gouvernement de consensus, et pas un gouvernement d'opposition comme aujourd'hui, où la France se ridiculise avec de faux débats. Prenons l'exemple de la Loi Macron : la droite était prête à voter le texte, et aurait pu voter pour en se disant "on la modifiera une fois qu'on sera au pouvoir", mais ils ont voté contre ! Le gouvernement d'opposition plutôt que le gouvernement de consensus, c'est un faux débat manichéiste, c'est une posture.
On me dit qu'avec mon discours de gouvernement de consensus de la gauche et de la droite, je donne de l'eau au moulin de Marine le Pen qui parle d'"UMPS". Je ne le pense pas. Le FN se renforce déjà sans ce gouvernement de consensus.
On dit souvent des dirigeants politiques "untel n'a pas tenu ses promesses". Ce ne sont pas des promesses mais des propositions ! Par exemple, Angela Merkel a fait campagne contre le salaire minimum en Allemagne. Elle a été élue à 41% -aucun parti politique ne fait ce score en France- et elle a quand même accepté de mettre en place le salaire minimum que proposaient ses concurrents. Les allemands aiment le consensus, pas les français. Pendant les élections, les français aiment qu'on leur mente !
La logique politique aujourd'hui en France est immature. Les politiques ont une envie de l'Élysée que je ne comprends pas. On est rétrogrades de 3 siècles. En France, nous avons besoin d'une évolution culturelle, remettre en cause les chefs politiques, les partis, le président. Par exemple, après Fukushima, A. Merkel qui était pourtant une partisane du nucléaire a reconnu que c'était une erreur. Sur les réfugiés, elle a aussi changé d'avis quand elle a vu la fameuse photo du petit Aylan échoué sur une plage.
A. Merkel a essayé de s'accorder avec les autres pays d'Europe pour accueillir les réfugiés, mais tous les dirigeants politiques lui ont dit non. Ce qu'il se passe aujourd'hui avec les migrants est immoral. Les polonais et les hongrois refusent de les accueillir alors qu'on les avait accueillis lorsqu'ils fuyaient le communisme ou le nazisme. C'est ignoble.
À cause de cette crise des migrants, l'extrême droite monte en Allemagne. Mais il s'était passé exactement la même chose en 1998 après qu'Helmut Kohl ait ouvert les frontières aux bosniaques. L'extrême droite avait fait un score de 13%. Je pense que nous devons débattre, discuter avec ces gens qui disent "je ne veux pas de réfugiés, je ne veux pas de musulmans". En 1938 pendant la conférence d'Evian, il fallait trouver un accord pour que les 500.000 juifs allemands puissent quitter le pays. Les dirigeants des pays d'accueil potentiels ont répondus "on ne peut pas accueillir tous les juifs du monde". Aujourd'hui, la situation est comparable. Nous avons le devoir d'accueillir les personnes qui fuient la guerre.

 

J'ai connu des terroristes rouges allemands comme Andreas Baader de la Fraction armée rouge ou Hans Joachim Klein qui avait participé à la prise d'otages de membres de l'OPEP avec le terroriste Carlos. J-M. Rouillon, un ancien membre d'action directe a salué le courage des hommes qui ont commis les attentats de Bruxelles. Malgré cela, je ne pense pas qu'il y ait un rapprochement entre le terrorisme de gauche des années 70 et le djihadisme d'aujourd'hui. Je me suis battu contre les terroristes. Lorsque je travaillais au journal der Spiegel, Hans Joachim Klein nous a envoyé une lettre disant qu'il voulait se rendre à la police. Les services secrets allemands m'ont demandé de l'aider pour qu'il leur donne des informations sur Carlos. Je l'ai donc aidé à se cacher pendant 23 ans. Il a été arrêté, a écopé d'une peine de prison de 9 ans et a été libéré au bout de 4,5 ans. Dans son procès, je suis cité pour "lui avoir permis de sortir du terrorisme". Aujourd'hui, les terroristes sont des gangsters qui sortent de la criminalité pour se faire sauter, je n'explique pas ce qu'il se passe dans leur tête.
L'Islam n'est pas la seule religion à s'être radicalisé. Aux XVe et XVIe siècles, on a radicalisé le christianisme [Ndr : période des guerres de religion]. On a radicalisé le judaïsme lors de la colonisation d'Israël et du quartier de Jérusalem Méa Shearim. Il y a une blague juive qui dit "si vous avez 2 possibilités, choisissez toujours la 3ème". Ça vient du Talmud. À la question : "est-ce que c'est l'islam qui se radicalise ou la radicalisation qui s'islamise", je réponds "les 2 en même temps".

 

Aujourd'hui, l'Union Européenne est critiquée, notamment au sujet du PNR, les données des dossiers passagers aériens. Dans la première mouture de ce texte, on demandait aux passagers s'ils mangeaient hallal. Heureusement, ça n'a pas été adopté. Ça fait 7 ans que le parlement Européen demande la création d'une police et d'un service de renseignement européen. Les gouvernements d'Europe ont répondu que c'était un domaine qui appartenait à la souveraineté nationale. Je pense qu'il faut plus d'Europe, et que les gens ont peur qu'une police et une armée au sein d'une Europe fédérale soient beaucoup plus efficaces que des services nationaux qui sont le dernier symbole de la souveraineté nationale. En plus, ça ferait des économies : en Europe, il y a 2 millions de militaires. Avec une armée fédérale, on pourrait diminuer les effectifs à 350.000. Les États-Unis ont mis 30 ans à créer le FBI, nous pourrions quand-même mettre moins de temps à créer des services de renseignement européens.

 

Je pense que le candidat qui pourrait représenter une coalition gouvernementale, thèse que je développe dans mon livre, serait Nicolas Hulot. C'est un personnage intéressant, c'est le seul qui n'ait pas de posture idéologique. Il est capable d'organiser une équipe et de mener une campagne électorale. Alain Juppé est un bon candidat qui calmerait la France, mais je n'aime pas son programme économique. Il est opportuniste. Cependant, s'il y avait un second tour de l'élection présidentielle Juppé-Le Pen, ça serait toujours mieux qu'un Sarkozy-Le Pen ou un Hollande-Le Pen, dans lequel cas Juppé aurait du mal à rassembler la droite pour voter contre Marine Le Pen.

 

En France, "libéral" est un gros mot, et quand on qualifie une réforme de libérale, la société la rejette. Le pacte de responsabilité n'a pas fonctionné. Bien que l'idée soit juste, le patronat français n'a pas tenu l'engagement. D'ailleurs, Valls et Aubry avaient précisé que cela fonctionnerait uniquement si le patronat français tenait son engagement.
Je suis pour la flexibilité et la sécurité que génère la loi El-Khomri. J'ai signé une tribune avec Martine Aubry relativisant le pacte de responsabilité à une période où elle avait attaqué Valls sur la déchéance de nationalité et sur le discours qu'il avait tenu à Munich [Ndr : en disant que "La France ne peut pas accueillir plus de réfugiés"].
J'en ai marre de l'étatisme français, je pense que pour ces réformes comme la loi travail El-Khomri et le pacte de responsabilité, ce sont les partenaires sociaux qui doivent trouver une solution.

 

L'Histoire du monde est une vaste bataille. Lorsque vous avez été frappés dans votre quotidien, vous êtes frappés d'actes de guerre, mais nous ne sommes pas "en guerre" contrairement à ce que dit Manuel Valls. L'État Islamique est en guerre contre nous, nous sommes frappés d'actes de guerre, mais nous ne sommes pas en guerre. Il ne faut pas que "nous sommes en guerre" devienne un prétexte pour mener une politique où on déchoit des personnes de leur nationalité, où on réinstaure la peine de mort, où le débat sur la peine de mort pourrait revenir.
Je pense comme Michel Houellebecq qu'il pourrait y avoir un parti politique confessionnel musulman demain en France. Mais contrairement à ce qu'il écrit, je ne pense pas qu'il pourrait avoir la majorité. Au contraire, j'ai peur que la majorité de la France vire à droite.
Je prédis que ni Hollande ni Sarkozy ne seront candidats, et qu'aux États-Unis, Trump ne gagnera pas, fera 30-40% des votes, ce qui est une bonne nouvelle pour Hillary Clinton.
En ce qui concerne le terrorisme, nous pouvons sécuriser les lieux publics, mais il faut savoir qu'en organisant une manifestation publique d'ampleur, nous prenons des risques même si nous faisons tout pour la sécuriser au maximum.

 

Résumé par Protis

Sources :

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  06 Avr 2016 10h47

Comment ce fait il qu’un pédophile notoire qui se nomme Cohn-Bendit, qui ne s’en cache pas puisse encore être en liberté, faire de la politique et faire des interventions télévisées? Ce type devrait être en prison depuis bien longtemps!!!!

      Protis
      06 Avr 2016 11h00

    Regardez la vidéo, vous aurez la réponse.
    Ça fait 40 ans qu’on dit que Cohn-Bendit est un pédophile, rien ne change. Il serait un peu temps aussi de le critiquer sur autre chose comme par exemple son soutient au terrorisme rouge ou son fédéralisme européen.
    C’est ce que je fais dans cette vidéo :
    https://www.youtube.com/watch?v=wufKZAD_sBc

  06 Avr 2016 21h18

Quelle vieille crotte. Agent double, en plus! Le traître ultime, quoi. 🙂